Introduction

L’identité commerciale recouvre l’ensemble des signes par lesquels le public identifie une entreprise tel qu’une dénomination sociale, un nom commercial, une enseigne, une charte graphique ou présence numérique dont la protection obéit à des régimes juridiques distincts souvent plus incertains et moins structurés que le droit des marques. Dans un contexte où le nom et l’image d’une société circulent sans frontière, la sécurisation des signes distinctifs devient une exigence non négociable. Le dépôt de marque n’embrasse pas toute l’identité commerciale, mais il en constitue l’assise la plus solide : il confère un droit exclusif sur un signe déterminé (nom, logo, slogan) pour des produits et services précisément désignés. En l’absence d’enregistrement, un tiers peut déposer un signe identique. À l’inverse, la marque enregistrée permet de former opposition, d’agir en contrefaçon et de consolider un actif incorporel juridiquement maîtrisé.

Pourquoi le dépôt de marque est-il indispensable pour préserver son identité juridique ?

En droit français, la marque est un titre de propriété industrielle régi par les articles L.711-1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Son enregistrement confère à son titulaire un droit exclusif d’exploitation pour les produits et services désignés, dans le respect du principe de spécialité et de territorialité.

Ce droit exclusif produit des effets juridiques immédiats et structurés. Il permet notamment :

  • D’interdire l’usage d’un signe identique ou similaire pour des produits ou services identiques ou similaires ;
  • D’agir contre l’usage d’un signe similaire créant un risque de confusion dans l’esprit du public ;
  • De former opposition contre un dépôt postérieur dans les délais légaux ;
  • D’engager une action en contrefaçon devant les juridictions spécialisées ;
  • D’agir contre des enregistrements de noms de domaine reproduisant ou imitant la marque ;
  • D’exploiter le signe par voie de licence, de franchise ou de cession.

La marque enregistrée constitue ainsi un droit opposable erga omnes. À l’inverse, en l’absence de dépôt, la protection repose sur l’action en concurrence déloyale ou en parasitisme, fondée sur l’article 1240 du Code civil. Ces actions exigent la démonstration d’une faute, d’un préjudice et d’un lien de causalité, une charge probatoire sensiblement plus incertaine. Le dépôt transforme donc un usage commercial en droit de propriété juridiquement consolidé.

Cette protection suppose toutefois une cohérence entre le signe déposé et l’activité réellement exercée. Le choix des classes dans la classification de Nice et la rédaction des libellés doit correspondre à un projet d’exploitation réel, documenté et cohérent. La jurisprudence récente rappelle que le dépôt ne peut être détourné de sa finalité économique. La décision de l’INPI du 13 septembre 2024 (NL 23-0183) relative au dépôt de mauvaise foi confirme qu’un dépôt spéculatif, destiné à bloquer un tiers sans intention sérieuse d’exploitation, est susceptible d’annulation.

Nous vous renvoyons à un article préalablement publié sur le sujet et relatif à cette décision :

https://www.dreyfus.fr/2025/02/10/decision-de-linpi-du-13-septembre-2024-depot-de-marque-de-mauvaise-foi-et-ses-implications/

erreur compromettant depot

Comment intégrer le dépôt de marque dans une stratégie globale de protection ?

Le dépôt de marque ne constitue pas une fin en soi. Pour produire pleinement ses effets, il doit s’inscrire dans une démarche coordonnée couvrant l’ensemble des supports d’identification et d’exploitation du signe.

La cohérence entre marque et noms de domaine est essentielle. Déposer une marque sans réserver les extensions stratégiques (.fr, .com, extensions pays cibles) expose à des enregistrements opportunistes, susceptibles de générer confusion, détournement de trafic ou fraudes. Une stratégie sécurisée implique donc une réservation anticipée et une surveillance active des dépôts concurrents.

Cette protection doit également être articulée avec la conformité numérique. L’exploitation d’une marque sur un site internet ou une plateforme suppose le respect des obligations légales (mentions obligatoires, protection des données personnelles, règles de communication commerciale). Une gestion défaillante peut fragiliser la réputation attachée au signe et compromettre sa valorisation.

La marque est un droit territorial dont l’étendue dépend du titre choisi. Un dépôt auprès de l’INPI confère une protection limitée au territoire français. Un dépôt auprès de l’EUIPO produit un effet unitaire dans l’ensemble de l’Union européenne. Le système international de Madrid permet, quant à lui, d’étendre la protection à des États spécifiquement désignés.

Le choix du périmètre ne peut être dicté par la seule situation actuelle de l’entreprise ; il doit refléter son plan d’exploitation prévisible. Une marque protégée uniquement en France ne permettra pas d’interdire un usage identique en Allemagne ou en Espagne. À l’inverse, une marque de l’Union européenne peut être fragilisée par l’existence d’un droit antérieur dans un seul État membre. La sécurisation juridique implique donc une analyse prospective des marchés visés, des zones de risque concurrentiel et des projets de développement.

Nous vous invitons à consulter un article préalablement publié sur la stratégie de dépôt et de gestion de marques :

https://www.dreyfus.fr/2026/02/11/comment-construire-en-2026-une-strategie-de-depot-et-de-gestion-de-marques-pour-securiser-structurer-et-anticiper-les-risques/

Enfin, la marque enregistrée doit être envisagée comme un actif patrimonial structuré. Elle peut faire l’objet d’une licence, d’une cession, d’un apport ou d’une valorisation dans le cadre d’une opération de financement. Intégrer le dépôt d’une marque dans une stratégie globale revient ainsi à sécuriser non seulement un signe distinctif, mais un élément central du patrimoine immatériel de l’entreprise, maîtrisé dans son périmètre géographique et exploitable sur le plan économique.

Conclusion

En définitive, le dépôt de marque constitue l’acte fondateur de la sécurisation juridique de votre identité commerciale. Correctement préparé, il transforme un simple signe distinctif en un droit exclusif opposable, exploitable et valorisable. Mal anticipé, il expose à des oppositions, nullités ou pertes de droits. La protection d’une marque suppose donc une approche méthodique, prospective et économiquement cohérente. Sécuriser votre marque aujourd’hui, c’est consolider durablement la valeur juridique et financière de votre entreprise.

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Nathalie Dreyfus avec l’aide de toute l’équipe du cabinet Dreyfus

FAQ

1. Peut-on déposer une marque avant de créer sa société ?
Oui. Une personne physique peut déposer une marque avant l’immatriculation de la société. Il conviendra ensuite d’organiser une cession ou un apport au profit de la société afin d’éviter toute difficulté sur la titularité.

2. Faut-il déposer le nom ou le logo en priorité ?
Le dépôt du nom (marque verbale) offre une protection plus large, indépendamment de toute stylisation. Le logo (marque figurative) protège une représentation graphique spécifique. Les deux dépôts peuvent être complémentaires.

3. Une marque protège-t-elle automatiquement le nom de domaine correspondant ?
Non. La marque confère un droit d’interdiction, mais elle ne réserve pas automatiquement le nom de domaine. Celui-ci doit être enregistré séparément.

4.Peut-on modifier une marque après son dépôt ?
Non. Une marque enregistrée ne peut être modifiée substantiellement. Toute modification substantielle impose un nouveau dépôt.

5. Une marque peut-elle être annulée plusieurs années après son enregistrement ?
Oui. Une action en nullité peut être engagée à tout moment si un motif absolu ou relatif existait au moment du dépôt.

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.