Guide pratique pour les directions juridiques et entreprises internationales

Une marque protégée dans votre pays d’origine ne vous donne pas automatiquement de droits en France. Avant de lancer un produit, un service ou une plateforme sur le marché français, il faut choisir la bonne voie de protection, sécuriser le titulaire et le libellé, anticiper les oppositions, organiser les preuves d’usage et préparer la défense du signe. Ce guide couvre le cycle complet d’une marque française, du cadrage initial à l’exécution des droits.

Mis à jour le 29 septembre 2026. Temps de lecture estimé : 24 minutes.

Guide Dreyfus du droit des marques en France pour les entreprises étrangères
Un cadre opérationnel pour déposer, exploiter, surveiller et défendre une marque en France.

Le marché français est dense. L’INPI a reçu 103 645 demandes de marques en 2025, soit une hausse de 14,1 % en un an. Les personnes morales étrangères représentaient 10 % des dépôts. Cette activité augmente la valeur d’une stratégie structurée, mais aussi le risque de collision entre signes, de procédure d’opposition et de portefeuille trop large ou mal adapté.

Ce guide complète la page consacrée au droit des marques du cabinet Dreyfus. Il adopte le point de vue d’une entreprise située hors de France qui doit articuler son portefeuille d’origine avec les règles françaises, européennes et internationales.

1. Comprendre ce que protège une marque en France

Une marque est un signe qui distingue les produits ou services d’une entreprise de ceux d’autres opérateurs. Elle peut notamment prendre la forme d’un mot, d’un logo, d’une combinaison de couleurs, d’une forme, d’un son, d’un mouvement, d’un motif, d’un hologramme ou d’un contenu multimédia, à condition que sa représentation permette aux autorités et au public de déterminer clairement et précisément l’objet de la protection.

Le droit porte sur le signe tel qu’il a été déposé, pour les produits et services désignés et dans le territoire couvert. Il n’accorde pas un monopole général sur un mot. L’analyse d’une atteinte tient notamment compte du signe, des produits ou services, du public pertinent, des conditions d’usage et du risque de confusion. Une marque renommée peut bénéficier d’une protection plus large, mais cette renommée doit être établie par des éléments concrets.

Une marque étrangère n’est pas automatiquement opposable en France

Un enregistrement américain, britannique, chinois ou canadien ne produit pas, à lui seul, les effets d’un titre français. Pour disposer d’un droit enregistré couvrant la France, l’entreprise doit obtenir une protection territoriale pertinente, directement ou par désignation. Certaines marques notoirement connues peuvent être protégées dans les conditions prévues par la Convention de Paris, et d’autres signes non enregistrés peuvent constituer des droits antérieurs, mais ces mécanismes ne remplacent pas une stratégie de dépôt.

Le dépôt n’efface pas les autres droits

La disponibilité ne se limite pas aux marques identiques. Une dénomination sociale, un nom commercial, une enseigne, un nom de domaine dont la portée n’est pas seulement locale, une indication géographique, un droit d’auteur, un nom patronymique ou le nom d’une entité publique peuvent aussi créer un risque. La recherche doit donc être juridique et commerciale, pas seulement lexicale.

2. Choisir entre marque française, marque de l’Union européenne et système de Madrid

Le premier choix structurant porte sur la voie de protection. Une entreprise peut combiner plusieurs titres, mais chaque dépôt doit avoir une fonction identifiable. Déposer partout sans hiérarchie augmente les coûts, les renouvellements et l’exposition aux contestations pour défaut d’usage.

Comparaison entre la marque française INPI, la marque de l'Union européenne EUIPO et le système de Madrid OMPI
La meilleure voie dépend du marché réel, des antériorités, du portefeuille existant et du niveau de risque accepté.
Voie Territoire Atout principal Point de vigilance
Marque française, INPI France Titre ciblé, adapté à une entrée prioritaire sur le marché français Ne protège pas automatiquement les autres pays de l’Union européenne
Marque de l’Union européenne, EUIPO Les 27 États membres de l’Union européenne Un titre unitaire et une seule procédure Une antériorité pertinente dans un seul État peut compromettre la demande pour l’ensemble de l’Union
Enregistrement international, OMPI Membres désignés du système de Madrid Gestion centralisée à partir d’une marque de base Chaque office désigné applique son droit et peut émettre un refus provisoire
Dépôts nationaux coordonnés Pays sélectionnés Protection ajustée aux risques et pratiques locales Davantage de procédures, de correspondants et d’échéances à piloter

Quand privilégier un dépôt français ?

Le dépôt INPI est souvent pertinent lorsque la France constitue le premier marché européen, lorsqu’une difficulté identifiée dans un autre État fragiliserait une marque de l’Union européenne, ou lorsqu’une protection nationale ciblée répond au budget et au calendrier commercial. Il peut aussi constituer une base pour une extension internationale, sous réserve des conditions du système de Madrid.

Quand envisager une marque de l’Union européenne ?

La marque de l’Union européenne est adaptée lorsque l’activité vise réellement plusieurs États membres et qu’une recherche à l’échelle de l’Union ne révèle pas un obstacle majeur. Son caractère unitaire simplifie la gestion, mais élargit le champ des antériorités susceptibles d’être invoquées. Si la demande échoue dans certains cas, une conversion en demandes nationales peut être étudiée, avec un coût et des conditions propres.

Quand utiliser le système de Madrid ?

Le système de Madrid permet à une entreprise qui possède le lien requis avec un membre du système et une marque de base de demander une protection dans plusieurs territoires par une procédure centralisée. L’OMPI vérifie les conditions de forme, puis chaque office désigné examine la protection selon son droit. Le certificat international ne signifie donc pas que la marque est définitivement acceptée dans chaque pays.

3. Sécuriser le signe et le titulaire avant le lancement

Choisir le bon titulaire

Le titulaire doit correspondre à la réalité économique et contractuelle du groupe. Déposer au nom du distributeur français, d’un dirigeant ou d’une filiale qui ne contrôle pas la marque peut compliquer les licences, les levées de fonds, les restructurations et les actions en contrefaçon. Avant le dépôt, il faut examiner la chaîne de propriété, les contrats intragroupe, les accords de distribution et la politique de facturation des redevances.

Lorsque le logo ou le nom a été créé par une agence, un consultant ou un salarié dans un autre pays, il faut aussi vérifier les droits d’auteur et les cessions. Un paiement de facture ne transfère pas nécessairement tous les droits exploitables en France. La marque et le droit d’auteur peuvent se cumuler, avec des titulaires ou des périmètres différents.

Écarter les motifs absolus de refus ou de nullité

Un signe doit être distinctif pour les produits et services concernés. Les termes descriptifs, usuels, trompeurs, contraires à l’ordre public ou composés exclusivement d’éléments imposés par la nature ou la fonction du produit peuvent être refusés ou annulés. Un nom évocateur acceptable dans un pays peut être descriptif en français. Il faut donc analyser la compréhension du public français, les traductions, la prononciation et les connotations locales.

Effectuer une recherche d’antériorités à plusieurs niveaux

Méthode de recherche d'antériorités d'une marque avant un lancement en France
Une recherche utile relie registres, marché, sociétés, noms de domaine et droits non enregistrés.

Une recherche à l’identique constitue seulement un premier filtre. Une analyse sérieuse couvre les ressemblances visuelles, phonétiques et conceptuelles, les produits et services proches, les signes exploités sur le marché, les sociétés, les domaines et les droits pertinents. L’INPI recommande d’approfondir la recherche initiale par une recherche de similarités. Dreyfus propose également une analyse de similarité de marques assistée par l’intelligence artificielle, qui doit rester complétée par une qualification juridique du risque.

Le livrable attendu n’est pas une liste brute de résultats. Il doit classer les risques, expliquer les hypothèses, identifier les titulaires actifs, examiner l’usage et proposer une décision : déposer, modifier le signe, limiter le libellé, négocier, acheter un droit ou abandonner le projet.

4. Rédiger une liste de produits et services qui résistera dans le temps

La liste des produits et services détermine le périmètre juridique de la marque. Les classes de Nice organisent cette liste, mais une classe n’est pas un droit en soi. Deux produits peuvent relever de classes différentes et rester proches, tandis que des éléments d’une même classe peuvent être sans rapport commercial.

Le libellé doit couvrir l’offre prévue, les extensions réalistes et les fonctions essentielles du modèle économique. Il doit aussi rester défendable. Un dépôt très large augmente les coûts et peut exposer le titre à une déchéance partielle lorsque l’usage sérieux n’est pas démontré. À l’inverse, un libellé trop étroit peut laisser hors protection une évolution prévisible du service, notamment pour les logiciels, les plateformes, les services numériques et les modèles par abonnement.

La liste ne peut pas être élargie après le dépôt. Une évolution substantielle exige généralement un nouveau dépôt. Ce principe justifie un atelier court avec les équipes produit, marketing, juridique et commerciales avant la validation.

5. Déposer une marque française auprès de l’INPI

Calendrier d'une procédure de dépôt de marque française auprès de l'INPI
Une procédure sans incident peut aboutir après un délai minimal d’environ cinq mois, mais une objection ou une opposition modifie le calendrier.

Les informations à préparer

Le dossier doit notamment identifier le déposant, le signe, le type de marque, les produits et services, le mandataire lorsqu’il intervient et, le cas échéant, la priorité revendiquée. Une entreprise ayant déposé la même marque dans un État membre de l’Union de Paris ou de l’Organisation mondiale du commerce peut revendiquer cette priorité en France dans un délai de six mois, sous réserve des conditions applicables.

La représentation des entreprises étrangères

L’article R. 712-2 du Code de la propriété intellectuelle prévoit que les personnes qui n’ont pas leur domicile ou leur siège dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen doivent constituer un mandataire satisfaisant aux conditions requises. Une adresse de correspondance ne remplace pas un établissement réel. Le cabinet doit également vérifier les règles propres aux procédures ultérieures, notamment opposition, nullité, déchéance, renouvellement ou inscription au registre.

Publication, examen et opposition

L’INPI publie normalement la demande au Bulletin officiel de la propriété industrielle dans un délai d’environ six semaines. Cette publication ouvre un délai de deux mois pendant lequel les titulaires de droits antérieurs peuvent former opposition. L’INPI examine parallèlement les conditions de forme et les motifs absolus. En l’absence d’obstacle, l’enregistrement intervient après un délai minimal d’environ cinq mois.

L’INPI ne réalise pas pour le déposant une recherche complète de droits antérieurs. Une demande peut donc être publiée puis contestée. Depuis le 2 juillet 2026, le délai de prise de décision applicable aux oppositions et aux procédures d’annulation de marques a été aligné à quatre mois après la fin de l’instruction. Les calendriers internes doivent intégrer cette évolution sans confondre ce délai de décision avec la durée totale de la procédure.

Répondre à une objection ou une opposition

Une objection exige une réponse ciblée sur le motif soulevé, parfois accompagnée d’une limitation du libellé. Une opposition impose d’évaluer les droits invoqués, leur usage, la similitude des signes et des produits ou services, ainsi que l’intérêt d’une négociation. Le demandeur peut, lorsque les conditions sont réunies, exiger la preuve de l’usage sérieux d’une marque antérieure enregistrée depuis au moins cinq ans. La procédure d’opposition de marque reste soumise à des délais et exigences de recevabilité stricts.

6. Exploiter la marque et constituer un dossier de preuve

Une marque française peut être déposée sans fournir un spécimen d’usage. Cette différence est importante pour les entreprises habituées au système américain. Après l’enregistrement, l’absence d’usage sérieux pendant une période ininterrompue de cinq ans expose toutefois le titre à une déchéance totale ou partielle.

Dossier de preuves d'usage sérieux d'une marque française
La preuve doit relier le signe, les produits ou services, le territoire, les dates et l’importance de l’exploitation.

Le dossier de preuve doit être construit pendant l’exploitation, pas après la réception d’une contestation. Il peut réunir factures, catalogues, captures datées, campagnes publicitaires, statistiques de vente, contrats de distribution, emballages, bons de livraison, participation à des salons et éléments permettant d’identifier le territoire. Les documents doivent montrer un usage public et externe conforme à la fonction de la marque, pas un usage symbolique destiné à maintenir artificiellement le droit.

Le signe utilisé peut différer de la forme enregistrée si les variations n’en altèrent pas le caractère distinctif. Cette appréciation est factuelle. Lors d’un changement de logo, une entreprise devrait comparer l’ancien et le nouveau signe, décider si un nouveau dépôt est nécessaire et conserver une chronologie des supports.

Licences, distributeurs et usage avec consentement

L’usage par un licencié ou un distributeur peut bénéficier au titulaire lorsqu’il est effectué avec son consentement. Le contrat doit organiser la qualité, les territoires, les produits, les canaux numériques, la conservation des preuves et la remontée des incidents. Il doit également préciser qui peut agir, négocier ou signaler une atteinte. Une licence mal documentée peut fragiliser la cohérence du dossier.

7. Maintenir un titre opposable et correctement inscrit

Une marque française est protégée pour dix ans à compter du dépôt et peut être renouvelée indéfiniment. Le renouvellement doit être présenté pendant l’année qui précède l’expiration. Un délai supplémentaire de six mois existe à compter du lendemain de l’échéance, avec une redevance supplémentaire. L’absence d’alerte ne prolonge pas le titre, la responsabilité du calendrier reste donc essentielle.

Un changement de nom, d’adresse, de forme sociale, une fusion, une cession, une licence ou une sûreté peut nécessiter une inscription. Avant une action, une opération de financement ou une cession, il faut rapprocher les registres de la réalité juridique du groupe. L’INPI rappelle qu’une chaîne de titularité correctement inscrite contribue à rendre le droit opposable aux tiers.

Événement Risque si le registre n’est pas mis à jour Action recommandée
Fusion ou changement de dénomination Incohérence entre le titulaire réel et le registre Préparer les pièces et inscrire l’événement
Cession intragroupe Chaîne de propriété difficile à démontrer Formaliser la cession et assurer la continuité des inscriptions
Licence Droits d’action et usage mal documentés Définir le consentement, le contrôle qualité et l’opposabilité
Nouveau logo Écart entre la marque enregistrée et la forme exploitée Analyser l’altération du caractère distinctif et déposer si nécessaire
Extension de l’offre Produits ou services non couverts Comparer le libellé existant avec la nouvelle activité

8. Surveiller les dépôts et traiter les conflits

Les offices n’alertent pas systématiquement chaque titulaire de tous les dépôts similaires. Une surveillance doit couvrir les registres pertinents, puis qualifier les résultats selon le risque commercial réel. L’objectif n’est pas d’adresser une mise en demeure à chaque signal, mais de repérer les atteintes capables d’affaiblir la distinctivité, de détourner les clients ou de compliquer l’expansion.

L’opposition

En France, l’opposition contre une demande de marque française doit être formée dans les deux mois suivant sa publication au BOPI. Elle peut reposer sur différents droits antérieurs ayant effet en France, sous les conditions prévues par le Code. Pour une marque de l’Union européenne, la période d’opposition est de trois mois après publication. Les délais ne sont pas interchangeables.

La nullité

Une marque enregistrée peut être annulée si elle ne respectait pas les conditions de validité lors de son dépôt ou si elle portait atteinte à un droit antérieur. La nullité peut notamment être fondée sur l’absence de caractère distinctif, le caractère descriptif ou trompeur, la mauvaise foi ou un droit antérieur. Lorsqu’elle est prononcée, elle produit en principe un effet rétroactif.

La déchéance

La déchéance sanctionne notamment l’absence d’usage sérieux pendant cinq ans, la dégénérescence du signe ou le caractère devenu trompeur du fait du titulaire. Elle peut être partielle et ne concerner que certains produits ou services. Depuis 2020, les demandes principales en nullité ou en déchéance relevant de sa compétence peuvent être formées en ligne devant l’INPI, sous réserve des règles de compétence et des procédures judiciaires connexes.

9. Défendre une marque en France

Une stratégie d’exécution efficace commence par la qualification des faits. Le titulaire doit confirmer le titre invoqué, son titulaire, son territoire, les produits ou services couverts, son usage et l’acte reproché. Il doit ensuite choisir une réponse proportionnée, compatible avec le calendrier commercial et la conservation de la preuve.

Échelle de réponse pour défendre une marque en France contre une atteinte
La réponse peut combiner surveillance, preuve, négociation, plateformes, douanes, mesures d’urgence et action au fond.

Préserver la preuve avant de contacter l’auteur de l’atteinte

Une capture d’écran isolée peut être insuffisante. Selon le dossier, il peut être nécessaire de documenter l’URL, la date, le parcours d’achat, le vendeur, les volumes, les publicités, les paiements, les livraisons et la société exploitante. Un constat de commissaire de justice, un achat probatoire, une expertise technique ou une saisie-contrefaçon peuvent être envisagés. La saisie-contrefaçon est une mesure puissante, autorisée sur requête, dont l’exécution et les suites obéissent à un formalisme strict. L’action au fond doit notamment être engagée dans le délai réglementaire applicable après les opérations.

Choisir entre négociation, retrait et contentieux

Une mise en demeure n’est pas toujours le premier acte pertinent. Une approche discrète peut préserver une saisie, une retenue douanière ou l’identification du réseau. À l’inverse, un accord de coexistence ou un engagement de cessation peut résoudre un conflit circonscrit. La décision doit intégrer la solidité du droit, le risque de demande reconventionnelle en nullité ou déchéance, la preuve de l’usage, le préjudice, la solvabilité et l’effet attendu sur le marché.

Activer les douanes

La demande d’intervention douanière permet d’attirer l’attention des services sur des marchandises suspectes. La douane française indique que la demande est gratuite, valable un an et renouvelable. Une retenue peut durer jusqu’à dix jours ouvrables, ou trois jours pour les denrées périssables, afin de permettre au titulaire de qualifier l’atteinte et de décider des suites. Une demande fondée sur le règlement européen et une demande nationale peuvent être complémentaires.

Agir devant les juridictions

Une action civile peut viser l’interdiction, le retrait des circuits commerciaux, la destruction, la communication d’informations et la réparation du préjudice. Des mesures provisoires peuvent être sollicitées lorsque les conditions sont réunies. En matière de marque, l’action en contrefaçon se prescrit par cinq ans à compter du jour où le titulaire a connu ou aurait dû connaître le dernier fait lui permettant de l’exercer. L’avocat conduit la procédure judiciaire, avec l’appui du CPI et des techniciens utiles au dossier.

10. Intégrer les noms de domaine, les plateformes et la publicité numérique

Un titre enregistré ne retire pas automatiquement un nom de domaine ou une annonce. La protection en ligne doit relier surveillance, identification, conservation de la preuve et choix du bon mécanisme. Selon le cas, l’entreprise peut utiliser une procédure de plateforme, contacter un hébergeur ou un bureau d’enregistrement, engager une procédure UDRP ou SYRELI, négocier un transfert ou agir devant une juridiction.

Les priorités doivent être mesurables. Un tableau de bord utile distingue les atteintes à fort impact, les vendeurs récurrents, les domaines actifs, les comptes publicitaires, les récidives et les résultats obtenus. Il évite de confondre le nombre de retraits avec la réduction réelle du risque. Le dispositif doit aussi s’articuler avec la protection des noms de domaine et la politique de distribution.

11. La feuille de route des 90 jours précédant un lancement en France

Feuille de route de 90 jours pour protéger une marque avant un lancement en France
Le dépôt est une étape du lancement, pas son point de départ ni son aboutissement.
Période Décisions Livrables
J-90 à J-61 Titulaire, signes, marchés, canaux, noms de domaine et scénarios de dépôt Carte des actifs, recherche préliminaire, matrice France, UE, Madrid
J-60 à J-31 Recherche approfondie, libellé, priorité, contrats de création et distribution Avis de disponibilité, liste de produits et services, décisions de dépôt
J-30 au lancement Dépôts, surveillance, preuves des créations, règles d’usage et plan d’incident Accusés de dépôt, guide de marque juridique, protocole de réaction
Après le lancement Suivi de la procédure, opposition, collecte d’usage, douanes et surveillance en ligne Tableau des échéances, dossier de preuves, reporting des atteintes

12. Les erreurs les plus coûteuses pour une entreprise étrangère

  1. Annoncer le nom avant la recherche. Une campagne publique réduit les options de repli et augmente les coûts d’un changement.
  2. Supposer que la marque du pays d’origine suffit. La protection reste territoriale.
  3. Choisir l’EUIPO uniquement parce qu’il couvre davantage de pays. Le titre unitaire élargit aussi le champ des conflits.
  4. Déposer au nom du distributeur ou d’une mauvaise entité du groupe. La récupération du titre peut devenir contentieuse.
  5. Copier une liste de produits et services étrangère. Les pratiques de classification et le modèle économique doivent être adaptés.
  6. Ne conserver aucune preuve d’usage en France. Les factures globales sans ventilation territoriale sont souvent difficiles à exploiter.
  7. Oublier d’inscrire une fusion ou une cession. Le registre ne reflète plus la chaîne réelle de propriété.
  8. Réagir en ligne sans préserver la preuve. Le contenu disparaît et l’identification du vendeur devient plus difficile.
  9. Laisser le distributeur gérer seul les atteintes. Les objectifs commerciaux et la stratégie juridique peuvent diverger.
  10. Traiter dépôt, douanes et protection en ligne comme trois projets séparés. Les informations et preuves doivent circuler entre les équipes.

13. Cas pratique : lancement français d’une marque technologique étrangère

La situation suivante est un cas pédagogique composite. Elle ne décrit pas un client identifiable.

Une société technologique non établie dans l’Espace économique européen prépare un lancement français sous une marque déjà enregistrée dans son pays. Elle envisage une marque de l’Union européenne, car son plan commercial couvre à terme cinq États membres. Une recherche révèle toutefois une marque nationale proche en Allemagne, un nom de société français similaire et un distributeur qui a réservé plusieurs noms de domaine locaux.

L’équipe décide de distinguer les risques. Elle sécurise d’abord les contrats et le transfert des domaines, affine le libellé pour refléter les fonctions réelles du logiciel, analyse la coexistence avec le signe français et négocie une limitation avec le titulaire allemand. Le dépôt de l’Union européenne est effectué après cet accord, tandis qu’un dépôt français distinct protège une variante destinée uniquement au marché français. Un système de collecte des preuves d’usage est intégré au CRM et aux factures dès le lancement.

Cette méthode évite trois erreurs fréquentes : déposer trop tôt, confondre classes et proximité juridique, et attendre une opposition pour organiser la preuve. La valeur du conseil réside dans la coordination du lancement, pas dans la seule transmission d’un formulaire.

14. Pourquoi confier la stratégie française au cabinet Dreyfus

Dreyfus est un cabinet parisien de conseils en propriété industrielle fondé en 2004. Il intervient sur les marques françaises, de l’Union européenne et internationales, les oppositions, la nullité et la déchéance, les noms de domaine, la protection des marques en ligne, les douanes et les litiges. Son réseau international d’avocats spécialisés en propriété intellectuelle permet de coordonner les dossiers qui dépassent la France et l’Union européenne.

Atouts du cabinet Dreyfus pour accompagner une stratégie de marque internationale en France
Une coordination locale, européenne et internationale sur l’ensemble du cycle de la marque.

Questions fréquentes des entreprises étrangères

Une société étrangère peut-elle être titulaire d’une marque française ?

Oui. Une personne morale étrangère peut déposer et détenir une marque française. Les conditions de représentation dépendent toutefois de son siège ou de son établissement. Une entreprise située hors de l’Union européenne et de l’Espace économique européen doit constituer un mandataire pour la procédure d’enregistrement devant l’INPI.

Faut-il utiliser la marque en France avant le dépôt ?

Non. Le dépôt français n’exige pas de spécimen d’usage. En revanche, l’usage antérieur peut révéler des risques, créer des preuves utiles ou porter atteinte à un tiers. Après l’enregistrement, une absence d’usage sérieux pendant cinq ans expose la marque à une déchéance.

Une marque de l’Union européenne suffit-elle pour la France ?

Oui, une marque de l’Union européenne produit ses effets en France. Elle peut être adaptée à une activité réellement européenne. Son caractère unitaire signifie aussi qu’un obstacle pertinent dans un État membre peut affecter la demande pour l’ensemble de l’Union. Le choix doit résulter d’une recherche et d’un scénario territorial.

Combien de temps prend l’enregistrement d’une marque française ?

Sans objection ni opposition, l’INPI indique un délai minimal d’environ cinq mois. La demande est normalement publiée dans les six semaines du dépôt, puis un délai d’opposition de deux mois s’ouvre. Une irrégularité, une objection, une opposition ou une suspension peut allonger la procédure.

Peut-on ajouter des produits ou services après le dépôt ?

Non. La liste peut être limitée, mais elle ne peut pas être élargie après le dépôt. Une nouvelle activité non couverte nécessite généralement une nouvelle demande. Il faut donc concilier précision, projet commercial réaliste et capacité future à prouver l’usage.

Que se passe-t-il si une opposition est déposée ?

Le demandeur doit analyser la recevabilité, les droits invoqués, la similitude, l’usage de la marque antérieure et les options de règlement. Selon le dossier, il peut contester, limiter sa demande, négocier un accord ou retirer certains produits et services. L’absence de réponse peut entraîner la perte de la demande pour tout ou partie du libellé visé.

Un distributeur français peut-il déposer la marque pour notre compte ?

Cette solution est généralement risquée. Le titulaire enregistré contrôle le titre et peut compliquer une rupture commerciale. Sauf justification particulière et garanties contractuelles très solides, la marque devrait être détenue par l’entité du groupe qui pilote réellement l’actif.

Comment préparer une action contre des contrefaçons importées ?

Il faut disposer d’un titre en vigueur, d’informations permettant d’identifier les produits authentiques et suspects, d’un contact réactif et d’une demande d’intervention douanière adaptée. Le protocole doit prévoir la qualification rapide des retenues, la procédure de destruction simplifiée et l’escalade judiciaire si nécessaire.

Quand solliciter un expert judiciaire en marques ?

Une consultation privée peut être utile en amont d’un litige pour structurer la preuve, comparer des signes, évaluer un portefeuille ou préparer un dossier technique. Elle ne constitue pas une expertise ordonnée par une juridiction. Le rôle, l’indépendance et la mission doivent être définis clairement avec l’avocat et le client.

Le cabinet Dreyfus et Associés est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.

Sources officielles et références