Introduction

Dans le sport, l’efficacité de la lutte contre la contrefaçon dépend beaucoup de l’anticipation. Les contrefacteurs exploitent les pics de demande liés aux Coupes du monde, tournois internationaux, finales et lancements de nouveaux équipements pour diffuser rapidement des maillots, accessoires et produits dérivés illicites. La même offre peut circuler simultanément sur une marketplace, un réseau social, une plateforme de seconde main ou un site reposant sur un nom de domaine frauduleux.

Une stratégie efficace repose sur quatre priorités :

  • disposer de droits immédiatement opposables,
  • détecter les atteintes suffisamment tôt,
  • préserver une preuve exploitable,
  • coordonner les actions en ligne, douanières et judiciaires.

Cette logique répond à la brièveté des cycles commerciaux du sport : lorsqu’un événement commence, le temps disponible pour identifier les vendeurs, interrompre les ventes et limiter l’atteinte à la marque se réduit fortement.

Pourquoi le sport est-il particulièrement exposé à la contrefaçon ?

Les grands événements concentrent la demande sur une période très courte

La valeur commerciale d’un produit sportif dépend fortement de l’actualité. Une qualification, une finale ou le lancement d’un nouveau maillot peut provoquer une hausse immédiate de la demande. Les contrefacteurs cherchent précisément à capter cette fenêtre avant que l’attention du public ne se déplace. L’EUIPO a estimé que les faux équipements sportifs représentaient environ 851 millions d’euros de ventes perdues chaque année dans l’Union européenne, soit près de 11 % des ventes du secteur. Cette exposition économique s’ajoute aux risques de réputation et de sécurité du consommateur.

Pour replacer cette lutte dans une stratégie plus large de valorisation des actifs sportifs, nous vous invitons à consulter notre analyse : « Comment la propriété intellectuelle protège-t-elle la valeur économique du sport ? »

Les atteintes circulent désormais entre plusieurs canaux

La contrefaçon sportive n’est plus limitée à la vente physique aux abords d’un stade. Des comptes sociaux éphémères peuvent promouvoir une offre, rediriger l’acheteur vers un site frauduleux puis réapparaître sous un autre identifiant. Le live selling complique encore la preuve : le contenu visible peut disparaître en quelques heures alors que les comptes, moyens de paiement, domaines et circuits logistiques demeurent exploitables. Il est donc nécessaire de surveiller non seulement les produits, mais aussi l’infrastructure commerciale qui rend leur diffusion possible.

Comment anticiper la contrefaçon avant un événement sportif ?

Construire un portefeuille de droits réellement mobilisable

La première étape consiste à déterminer quels droits pourront être invoqués immédiatement. Nous cartographions les marques verbales et figuratives, logos, emblèmes, dessins et modèles, créations graphiques, photographies et autres actifs utilisés sur les produits officiels. La couverture territoriale doit correspondre aux marchés de vente, aux pays accueillant les compétitions et aux principales zones d’entrée des marchandises. Les noms de domaine stratégiques doivent également être sécurisés avant le pic de demande.

Préparer les contrôles douaniers avant l’arrivée des marchandises

Une demande d’intervention douanière transforme un portefeuille de droits en outil opérationnel. Elle permet au titulaire de demander la retenue de marchandises soupçonnées de porter atteinte à ses droits. Pour être efficace, le dossier doit fournir aux agents des informations directement utilisables : photographies des produits authentiques, caractéristiques techniques, conditionnements, circuits autorisés et indices connus de contrefaçon. La fragmentation des expéditions liée au commerce électronique rend cette préparation particulièrement importante.

Pour approfondir ce mécanisme, nous vous invitons à consulter notre article sur: « la surveillance douanière en matière de propriété intellectuelle« .

Comment agir rapidement contre les contrefaçons pendant la compétition ?

Préserver la preuve avant de demander le retrait

La suppression d’une annonce ne doit pas conduire à faire disparaître les éléments nécessaires à la preuve de la contrefaçon. Avant tout signalement, il faut conserver : l’URL, l’identifiant du compte, la date, les photographies, le prix, la description, les coordonnées disponibles du vendeur et le parcours transactionnel. En France, la contrefaçon de marque peut être prouvée par tous moyens et la saisie-contrefaçon reste un instrument central lorsque la constitution d’une preuve renforcée est nécessaire.

Combiner plateformes, noms de domaine, douanes et mesures judiciaires

Une stratégie efficace évite de traiter chaque atteinte comme un incident isolé. Après sécurisation de la preuve, les mécanismes de notification des plateformes, notamment le mécanisme de notification et d’action prévu par le règlement sur les services numériques, peuvent être utilisés parallèlement à l’analyse des noms de domaine, aux demandes adressées aux intermédiaires et, lorsque l’urgence le justifie, aux mesures judiciaires. Les informations issues d’une saisie physique doivent en retour enrichir la surveillance numérique afin d’identifier de nouveaux vendeurs ou comptes.

Quels réflexes adopter pour construire une stratégie anti-contrefaçon durable ?

  • Cartographier les marques, designs, créations et produits dérivés à protéger avant chaque saison ou compétition majeure.
  • Adapter les dépôts et la couverture territoriale aux marchés, pays hôtes et principaux points d’entrée des marchandises.
  • Enregistrer les droits auprès des dispositifs douaniers et des programmes de protection des grandes plateformes.
  • Mettre en place une surveillance coordonnée des marketplaces, réseaux sociaux, plateformes de seconde main et noms de domaine.
  • Définir un protocole de conservation de la preuve avant toute demande de retrait ou fermeture de compte.
  • Faire circuler les renseignements entre équipes juridiques, sécurité, e-commerce, douanes et conseils locaux afin que chaque action alimente la suivante.

Conclusion

En matière de sport et contrefaçon, la rapidité d’exécution dépend directement du niveau de préparation. Un portefeuille de droits cohérent, des demandes douanières opérationnelles, une surveillance continue et un protocole de preuve permettent d’intervenir pendant la courte période où les ventes illicites sont les plus dommageables. La stratégie la plus efficace crée un cercle d’information : les signaux détectés en ligne orientent les contrôles physiques, tandis qu’une saisie ou un achat test permet de remonter vers de nouveaux vendeurs, comptes et noms de domaine.

Le cabinet Dreyfus accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.

Dreyfus et Associés est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.

FAQ

Une fédération peut-elle agir si un produit reprend les couleurs de son équipe sans reproduire son logo ?

Cela dépend des droits disponibles et de la présentation du produit. Des couleurs peuvent être protégées dans certaines configurations, notamment lorsqu’elles font l’objet d’un droit de marque valable et distinctif. À défaut, une analyse de la concurrence déloyale, du parasitisme ou d’autres éléments distinctifs repris peut être nécessaire.

Un sponsor peut-il agir contre des produits qui laissent croire à un partenariat officiel avec un événement sportif ?

Oui, si ses propres droits ou intérêts sont affectés. L’usage non autorisé de sa marque peut notamment être analysé au regard du droit des marques, tandis qu’une présentation créant artificiellement une association commerciale peut également soulever des questions de pratiques trompeuses ou de parasitisme.

Qui supporte les frais liés au stockage ou à la destruction de marchandises retenues par les douanes ?

Le règlement européen sur l’intervention des douanes prévoit que certains coûts peuvent être mis à la charge du titulaire des droits qui a demandé l’intervention, sous réserve des règles nationales applicables et des circonstances du dossier. Ce point doit être anticipé dans le budget d’une campagne douanière importante.

Une retenue douanière dans un État membre bloque-t-elle automatiquement les mêmes marchandises dans toute l’Union européenne ?

Une demande d’intervention de portée européenne peut permettre d’activer la coopération dans plusieurs États membres, mais chaque contrôle et chaque retenue sont mis en œuvre par l’autorité douanière compétente sur son territoire. La coordination géographique de la demande reste donc essentielle.

Les clubs et fédérations peuvent-ils agir contre des produits non officiels vendus autour d’un stade ?

Oui, à condition de disposer de droits opposables et de pouvoir caractériser l’atteinte. La commercialisation à proximité d’un événement sportif peut en pratique accroître le risque de confusion avec les produits officiels ou autorisés.

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.