Introduction
Le 12 août 2026, l'ICANN a clôturé la fenêtre de candidatures de son nouveau programme d'extensions génériques de premier niveau (gTLD), le « 2026 Round ». Plus de 1 600 candidatures ont été déposées, un chiffre qui confirme un appétit fort pour de nouveaux espaces de nommage sur Internet, quatorze ans après le précédent round de 2012. Pour les entreprises et les titulaires de droits de propriété intellectuelle, cette nouvelle vague d'extensions constitue autant une opportunité stratégique qu'une source potentielle de nouveaux risques de contrefaçon et de cybersquatting en ligne.
Un round historique : plus de 1 600 candidatures déposées
Une fenêtre de dépôt de quinze semaines
Ouverte le 30 avril 2026, la fenêtre de candidatures s'est achevée le 12 août 2026 après quinze semaines, avec un afflux massif de dossiers dans les derniers jours. Plus de 1 100 candidatures principales comportaient également une demande de chaîne de remplacement, une option permise par le programme dans certaines circonstances. Ces chiffres restent provisoires : ils ne seront définitivement validés qu'après réception, par l'ICANN, des frais d'évaluation exigés, dont l'échéance était fixée au 19 août 2026 (ou sept jours après réception de la facture, selon la date la plus tardive).
Pour approfondir les évolutions du programme des nouveaux gTLD entre 2012 et 2026, nous vous invitons à consulter notre article précédemment publié : " Le programme des nouveaux gTLD : qu’est-ce qui a changé depuis 2012 ? ".
Une ouverture inédite aux scripts non latins
Fait marquant de ce round : l'ICANN accepte pour la première fois à cette échelle des candidatures rédigées dans 27 scripts non latins, parmi lesquels l'arabe, le chinois, le devanagari ou le thaï. Cette ouverture linguistique vise à rendre le système des noms de domaine plus accessible aux milliards d'internautes qui n'utilisent pas l'alphabet latin au quotidien. Le coût de base d'une candidature s'élève à 227 000 dollars américains, un montant qui peut augmenter significativement selon les exigences d'évaluation propres à chaque type de chaîne demandée.
Calendrier et étapes clés : du Reveal Day à la délégation
Après la clôture des candidatures, plusieurs étapes structurent le processus d'évaluation, jusqu'à la délégation effective des nouvelles extensions.
| Étape | Échéance |
| Clôture de la fenêtre de candidatures | 12 août 2026 |
| Paiement des frais d'évaluation | 19 août 2026 au plus tard |
| Vérification administrative des dossiers | En cours |
| Reveal Day (publication des candidatures) | Au plus tard 9 semaines après la clôture |
| Annonce du calendrier détaillé des étapes suivantes | Mi-septembre 2026 |
| Période de dépôt des objections | Second semestre 2026 |
À noter : cette date de Reveal Day, soit la publication des candidatures reçues, constitue un moment charnière pour les titulaires de droits, puisqu'elle révèlera à la fois les chaînes demandées et les éventuels conflits entre candidatures identiques ou similaires.
Contention et procédures d'objection
Lorsque plusieurs candidats demandent une chaîne identique ou trop proche, l'ICANN prévoit des mécanismes de résolution de la contention, notamment des enchères, toute négociation privée entre candidats étant prohibée. Par ailleurs, le Centre d'arbitrage et de médiation de l'OMPI a été désigné comme prestataire exclusif pour deux procédures d'objection pré-délégation fondées sur des droits de tiers : l'objection pour atteinte à des droits légitimes (Legal Rights Objection, ou LRO) et l'objection pour confusion de chaînes (String Confusion Objection, ou SCO). L'OMPI avait déjà administré 69 procédures LRO lors du round de 2012, ce qui en fait l'instance de référence pour les titulaires de marques souhaitant s'opposer à une candidature portant atteinte à leurs droits.
Pour aller plus loin sur les mécanismes d’objection et les prestataires de résolution des litiges du nouveau round, nous vous invitons à consulter notre article précédemment publié : " ICANN annonce les prestataires de résolution de litiges pour le prochain round de nouveaux gTLDs : ce que les entreprises doivent savoir ".
Quels risques et opportunités pour les titulaires de marques ?
Des risques accrus de cybersquatting et d'atteinte à la marque
L'ouverture de nouvelles extensions, en particulier dans des scripts non latins, multiplie les combinaisons possibles autour d'une même marque. Un titulaire de droits peut ainsi se retrouver confronté à des demandes d'extensions reproduisant ou évoquant sa marque dans une langue ou un alphabet qu'il ne surveillait pas jusqu'ici. Cas client type : une entreprise du secteur du luxe ou de la cosmétique, dont la marque est mondialement connue, pourrait découvrir lors du Reveal Day qu'une chaîne proche de sa dénomination a été demandée par un tiers non affilié, dans un script qu'elle n'avait pas anticipé.
Des opportunités stratégiques à ne pas négliger
À l'inverse, ce round constitue une occasion pour certaines entreprises de solliciter leur propre extension de marque (« .brand »), à l'image de .airbus ou .bnpparibas, afin de disposer d'un contrôle total sur l'espace de nommage associé à leur identité. Une extension de marque permet notamment de s'affranchir de certaines obligations de Sunrise tout en conservant la maîtrise du registre.
Pour une analyse plus détaillée des enjeux stratégiques liés aux extensions « .marque », nous vous invitons à consulter notre article : " Extension .marque : Guide complet pour les entreprises avant la vague ICANN 2026 ".
Feuille de route pratique
- Surveiller la publication du Reveal Day pour identifier toute chaîne conflictuelle avec vos droits
- Vérifier l'enregistrement de vos marques auprès du Trademark Clearinghouse (TMCH) pour bénéficier des mécanismes de protection (Sunrise, Claims)
- Évaluer, avec votre conseil, l'opportunité de déposer une Legal Rights Objection (LRO) auprès de l'OMPI dans les délais impartis
- Anticiper une éventuelle procédure de contention si plusieurs candidatures visent une chaîne identique à vos droits
- Mettre à jour votre stratégie de surveillance des noms de domaine (UDRP compris) pour couvrir les nouvelles extensions à venir
Pour plus d’informations sur la surveillance des noms de domaine et la prévention du cybersquatting, nous vous invitons à consulter notre article : " Surveillance des noms de domaine : protéger votre marque contre le cybersquatting ".
Conclusion
Le round gTLD 2026 marque une étape majeure dans l'évolution du système des noms de domaine, avec plus de 1 600 candidatures déposées et une ouverture inédite aux scripts non latins. Pour les titulaires de marques, l'enjeu est double : anticiper les risques de conflits et de cybersquatting liés à ces nouvelles extensions, tout en explorant les opportunités qu'elles offrent en matière de stratégie de marque. N'attendez pas le Reveal Day pour agir : nos équipes se tiennent à votre disposition pour évaluer l'impact de ce round gTLD 2026 sur vos droits et bâtir, avec vous, une stratégie de protection adaptée.
À retenir : plus de 1 600 candidatures déposées ; Reveal Day attendu sous 9 semaines ; l'OMPI est le prestataire exclusif des objections LRO et SCO ; le Trademark Clearinghouse reste l'outil clé de protection préventive des marques.
Le cabinet Dreyfus accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.
Nathalie Dreyfus, avec l'aide de toute l'équipe du cabinet Dreyfus.
FAQ
Une extension « .brand » est-elle réservée aux grandes multinationales ?
Non, mais son coût (frais de candidature à partir de 227 000 dollars, auxquels s'ajoutent les frais annuels de gestion du registre) la réserve en pratique aux entreprises disposant d'un budget PI conséquent ; les PME peuvent néanmoins se faire représenter par un partenaire technique mutualisé pour réduire ces coûts.
Une entreprise qui n'a pas candidaté en 2026 pourra-t-elle obtenir sa propre extension plus tard ?
Rien ne le garantit à court terme : l'ICANN a laissé passer quatorze ans entre le round de 2012 et celui de 2026, sans engagement sur la date d'un prochain cycle. Une entreprise intéressée doit donc suivre les annonces de l'ICANN et anticiper ses démarches bien en amont.
Que risque-t-on si sa marque n'est pas enregistrée au Trademark Clearinghouse au moment du lancement d'une nouvelle extension ?
Le titulaire perd le bénéfice de la période de Sunrise, qui permet d'enregistrer un nom de domaine correspondant à sa marque avant l'ouverture au public, et devra alors surveiller a posteriori d'éventuels enregistrements litigieux, avec un risque accru de devoir agir en contentieux.
Une PME peut-elle déposer seule une Legal Rights Objection, ou faut-il obligatoirement un avocat ?
La procédure devant l'OMPI n'impose pas la représentation par un avocat, mais la technicité de l'argumentation (preuve de droits antérieurs, risque de confusion, absence de droit ou d'intérêt légitime du candidat) rend un accompagnement par un conseil spécialisé fortement recommandé.
Une décision de contention (enchère) peut-elle faire l'objet d'un recours ?
Les décisions rendues sur les Legal Rights Objections peuvent être contestées selon les règles d'appel de l'OMPI applicables au round 2026, entrées en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2026 ; en revanche, l'issue d'une enchère de contention entre candidatures n'est en principe pas susceptible d'un tel recours.
Quelle différence entre une String Confusion Objection et une opposition de marque classique devant l'INPI ou l'EUIPO ?
La String Confusion Objection ne porte que sur la confusion entre deux chaînes de caractères candidates à une extension, avant toute délégation, alors que l'opposition devant l'INPI ou l'EUIPO porte sur l'enregistrement d'une marque proprement dite et peut intervenir à tout moment de la vie de celle-ci.
Combien de temps s'écoule, en pratique, entre le dépôt d'une candidature et la mise en service effective d'une nouvelle extension ?
L'expérience du round de 2012 montre que ce délai peut varier fortement : certaines extensions non contestées ont été déléguées en un peu plus d'un an, tandis que celles ayant fait l'objet d'objections ou de procédures de contention ont parfois nécessité plusieurs années supplémentaires.
Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.
