Introduction

Le titre d’un livre, d’un film, d’un podcast, d’un jeu vidéo ou d’une création numérique concentre souvent une part essentielle de sa valeur. Il permet au public de reconnaître l’œuvre, facilite sa promotion et peut devenir le point de départ d’une franchise ou d’une gamme de produits dérivés. Pourtant, aucun mécanisme juridique ne garantit, à lui seul, une protection absolue du titre.

Une stratégie efficace repose généralement sur plusieurs niveaux : le droit d’auteur lorsque le titre est original, le droit des marques lorsqu’il désigne une origine commerciale, les contrats et, lorsque les circonstances le justifient, la concurrence déloyale ou le parasitisme.

La protection du titre d’une œuvre par le droit d’auteur

L’originalité constitue la condition déterminante. En France, l’article L. 112-4 du Code de la propriété intellectuelle prévoit qu’un titre original est protégé comme l’œuvre elle-même. Cette protection naît automatiquement, sans enregistrement, dès lors que le titre résulte de choix créatifs libres et révèle une physionomie propre.

La nouveauté ne suffit pas. Un titre peut n’avoir jamais été employé auparavant tout en restant banal, descriptif ou exclusivement composé de termes usuels. À l’inverse, une association surprenante, une construction inhabituelle, un détournement ou un contraste sémantique peuvent caractériser une démarche créative.

L’auteur qui revendique la protection d’un titre par le droit d’auteur doit caractériser précisément les choix libres et créatifs qui lui confèrent son originalité. Une affirmation générale selon laquelle le titre serait « unique » ou « personnel » demeure insuffisante.

L’importance de dater la création du titre

Le droit d’auteur existe sans dépôt, mais un contentieux suppose de démontrer la date de création et l’identité du titulaire. Il est donc recommandé de conserver les recherches préparatoires, versions successives, échanges éditoriaux et fichiers horodatés.

Le service e-Soleau de l’INPI, un constat ou un dépôt auprès d’un commissaire de justice ou d’un notaire, ou encore l’enregistrement auprès d’une société d’auteurs permettent de renforcer la preuve d’antériorité. Ces démarches ne créent pas le droit d’auteur et ne prouvent pas, à elles seules, l’originalité ; elles établissent principalement l’existence d’un contenu à une date déterminée.

Déposer le titre d’une œuvre comme marque

Le titre doit fonctionner comme un indicateur d’origine commerciale. Le dépôt d’une marque poursuit une finalité différente. Une marque ne protège pas le titre parce qu’il identifie une œuvre : elle le protège lorsqu’il permet au public de distinguer les produits ou services d’une entreprise de ceux de ses concurrents.

Le signe doit notamment être distinctif, disponible et non exclusivement descriptif des produits ou services revendiqués. Le droit français exclut ainsi les marques dépourvues de caractère distinctif ou exclusivement composées d’indications décrivant une caractéristique des produits ou services.

Cette distinction est fondamentale. Un titre peut être original au sens du droit d’auteur, mais descriptif pour certains produits. Inversement, un titre non protégeable par le droit d’auteur peut constituer une marque valable s’il remplit une fonction commerciale distinctive.

Le dépôt est particulièrement utile lorsque le titre désigne une collection, une série ou une franchise ; plusieurs livres, films, podcasts ou jeux commercialisés sous une bannière commune ; des services de production, d’édition, de divertissement ou de formation ; une gamme de produits dérivés ; un univers appelé à être exploité sur plusieurs supports.

Une recherche d’antériorités doit être conduite avant le lancement, en examinant les marques identiques et similaires, les titres déjà exploités, les dénominations sociales, les noms commerciaux, les noms de domaine et les droits d’auteur antérieurs. L’article L. 711-3 du Code de la propriété intellectuelle reconnaît expressément plusieurs de ces droits comme des antériorités susceptibles de faire obstacle à une marque.

Décision ANIMAL FARM et 1984 : quelles limites pour les marques portant sur des titres célèbres ?

Les faits

Le 6 mars 2018, la succession de Sonia Brownell Orwell a demandé l’enregistrement des signes verbaux ANIMAL FARM et 1984 comme marques de l’Union européenne. Les demandes visaient notamment des supports audiovisuels et numériques, des publications, des produits imprimés, des jeux ainsi que des services d’éducation et de divertissement.

Après un refus partiel de l’EUIPO en 2019, les recours ont été renvoyés devant la Grande Chambre de recours en raison des divergences entourant l’enregistrement des titres d’œuvres célèbres. Les affaires ont finalement été jointes.

La décision de la Grande Chambre de recours

Dans sa décision « ANIMAL FARM and 1984 » du 27 mai 2026 (R 1719/2019-G et R 1922/2019-G), la Grande Chambre de l’EUIPO confirme le refus pour les produits et services directement susceptibles de contenir, transmettre, adapter ou exploiter le contenu des romans.

Selon elle, une partie significative du public reconnaîtra immédiatement ANIMAL FARM et 1984 comme les titres des œuvres de George Orwell. Pour des livres, enregistrements, publications numériques, jeux ou services de divertissement, ces signes seront donc compris comme une indication du contenu ou du sujet proposé, et non comme l’identification de l’entreprise qui le commercialise.

Le raisonnement repose sur la différence entre deux fonctions :

  • le titre individualise une œuvre intellectuelle ;
  • la marque garantit l’origine commerciale des produits ou services.

La célébrité d’un titre n’interdit pas automatiquement son enregistrement. Elle peut toutefois renforcer la perception du signe comme la désignation d’une œuvre plutôt que comme une marque. Pour renverser cette perception, le déposant doit démontrer que le public a été habitué, par l’usage, à reconnaître le titre comme un véritable signe d’origine.

La portée pratique de la décision

La décision ne signifie pas que tous les titres d’œuvres sont exclus du droit des marques. L’appréciation reste liée aux produits et services revendiqués.

Un même titre pourrait être refusé pour des livres ou des contenus audiovisuels, mais accepté pour des produits suffisamment éloignés du contenu de l’œuvre.

La décision invite donc les déposants à raisonner produit par produit et service par service. Il convient d’éviter les demandes excessivement larges, de sélectionner les catégories correspondant à un projet d’exploitation réel et de déterminer, pour chacune d’elles, si le titre sera perçu comme un contenu ou comme une marque.

Quelle stratégie adopter pour sécuriser le titre d’un livre, d’un film ou d’un podcast ?

La protection d’un titre ne repose pas sur une formalité unique. Elle suppose de combiner plusieurs mesures juridiques et opérationnelles afin de vérifier que le titre peut être utilisé, d’en établir la titularité, d’organiser son éventuelle protection comme marque et de prévenir les usages concurrents. Cette stratégie doit être mise en œuvre le plus tôt possible, idéalement avant toute annonce publique ou campagne de communication. Il s’agirait ainsi de prendre les mesures suivantes :

1. Effectuer une recherche d’antériorité

2. Organiser la preuve et la titularité

3. Construire une stratégie de marque proportionnée

4. Réserver l’écosystème numérique

5. Surveiller et faire respecter les droits

Conclusion

La protection d’un titre doit être conçue avant sa divulgation commerciale. Le droit d’auteur protège les titres originaux ; la marque protège ceux qui remplissent une fonction distinctive ; la concurrence déloyale et le parasitisme peuvent sanctionner certains comportements fautifs. La décision ANIMAL FARM et 1984 rappelle néanmoins qu’un titre, même mondialement célèbre, ne devient pas automatiquement une marque.

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FAQ

Le titre d’une œuvre est-il automatiquement protégé ?

Il est automatiquement protégé par le droit d’auteur uniquement s’il est original. Aucun dépôt n’est alors exigé, mais la preuve de sa création et de sa date demeure essentielle.

Peut-on utiliser le même titre qu’un autre livre ou film ?

Une coexistence est parfois possible, sous réserve qu’aucun droit antérieur ne s’y oppose et que l’usage du titre ne crée pas de risque de confusion. Cette appréciation dépend notamment du genre des œuvres, de leur public, de leur présentation et de la notoriété du titre antérieur.

Combien de temps le titre d’une œuvre est-il protégé ?

Lorsqu’il est original, le titre bénéficie en principe de la durée de protection applicable à l’œuvre, soit jusqu’à soixante-dix ans après le décès de l’auteur.

Une enveloppe e-Soleau protège-t-elle le titre ?

L’e-Soleau ne confère aucun monopole. Elle permet d’horodater un document et de renforcer la preuve de son existence à une date donnée.

Comment protéger un titre à l’international ?

La stratégie doit être définie territoire par territoire, en combinant les règles locales de droit d’auteur, les dépôts nationaux ou régionaux de marques, les noms de domaine et les contrats. Une marque de l’Union européenne peut couvrir l’ensemble des États membres, sous réserve de satisfaire aux conditions d’enregistrement dans toute l’Union.

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.