Protéger sa marque aux États-Unis : quelle base de dépôt et quelles preuves préparer ?

Une marque française ou européenne ne couvre pas les États-Unis. Pour y bénéficier d’une protection solide, il faut un enregistrement américain, obtenu par un dépôt direct auprès de l’USPTO ou par l’extension d’une marque internationale. Il existe plusieurs fondements justifiant ce dépôt et ils n’entraînent pas les mêmes obligations. Pour une entreprise française, le dépôt doit aussi prévoir l’intervention du conseil habilité et la conservation des preuves nécessaires, y compris après l’enregistrement de la marque.
La préparation doit commencer avant la commercialisation, la signature d’un contrat de distribution ou l’impression des emballages. Un signe disponible en Europe peut rencontrer des droits antérieurs aux États-Unis, tandis qu’un libellé européen peut devoir être adapté aux exigences américaines. Une stratégie internationale de protection des marques relie ces vérifications aux objectifs du lancement. Elle évite notamment de croire qu’une priorité de six mois garantit l’enregistrement ou dispense durablement d’exploiter la marque. Pour les directions juridiques et leurs conseils, un dossier cohérent facilite les échanges avec le correspondant américain et le suivi des notifications de l’office tout au long de la procédure.
L’essentiel en vidéo (41 secondes)
L’expertise et le périmètre de l’analyse
Une expertise en propriété intellectuelle permet d’apprécier, avant tout dépôt, la disponibilité du signe et la base du dépôt. Les qualités de Nathalie Dreyfus se vérifient dans les annuaires officiels : l’annuaire 2026 de la Cour d’appel de Paris (PDF), en marques et modèles et dessins, l’annuaire de la Cour de cassation, édition 2025 (PDF), et l’annuaire du CNCEJ. L’inscription concerne des spécialités précises ; une consultation privée se distingue d’une expertise ordonnée par un juge. La mission est définie selon le dossier et les compétences nécessaires.
Rechercher les droits antérieurs avant de choisir la procédure
La recherche d’antériorités ne doit pas se limiter à vérifier si un signe identique apparaît dans un registre. Elle porte également sur les signes similaires, les produits et services et les usages pertinents. Aux États-Unis, une marque simplement exploitée, même non enregistrée, peut aussi faire obstacle à un dépôt. Une recherche d’antériorités en droit des marques doit donc intégrer le contexte commercial, plutôt que promettre une disponibilité sur la seule base d’une recherche identique.
Il convient de déterminer le titulaire, le signe à déposer et les activités réellement envisagées. Déposer le nom seul (marque verbale) ou le logo ne protège pas la même chose. Deux points posent souvent difficulté. D’abord, la demande doit être déposée au nom du véritable titulaire de la marque : aux États-Unis, une demande déposée par une personne qui n’en est pas le propriétaire (par exemple le dirigeant au lieu de la société, ou le distributeur) est nulle et ne peut pas être corrigée. Ensuite, la marque déposée doit correspondre à celle qui figure sur les produits : si le logo évolue entre le dépôt et le lancement, la preuve d’usage peut être refusée. Le calendrier du lancement doit laisser le temps d’examiner ces points avant de prendre des engagements difficiles à modifier.
Les bases de dépôt à distinguer
Section 1(a) : un usage déjà établi
Cette base suppose que la marque est déjà effectivement utilisée pour vendre les produits ou services aux États-Unis (« use in commerce »). Il faut pouvoir justifier les déclarations et fournir un specimen, c’est-à-dire une preuve de cet usage réel (étiquette, emballage, page de vente en ligne, par exemple), pour chaque produit ou service concerné. Le choix ne se fonde pas simplement sur l’existence d’une société ou d’un site accessible depuis les États-Unis. Les explications de l’USPTO sur les bases de dépôt permettent de cadrer la demande.
Section 1(b) : une intention réelle d’utiliser la marque
Lorsque l’usage n’a pas encore commencé, une intention réelle d’exploitation peut servir de base. Cette intention doit être prise au sérieux et documentée. La marque n’est enregistrée qu’une fois l’usage effectif prouvé. Cette preuve doit être fournie dans les six mois de l’avis d’acceptation de l’USPTO (« Notice of Allowance »), délai prorogeable par périodes de six mois dans la limite de trois ans au total. Le lancement commercial, les contrats et les préparatifs utiles doivent être conservés, sans fabriquer un usage pour compléter le dossier.
Sections 44(d) et 44(e) : priorité et enregistrement étranger
La section 44(d)permet de bénéficier de la date du premier dépôt étranger, à condition de déposer la demande américaine dans les six mois. . Elle ne constitue pas, seule, une base permettant l’enregistrement final. Elle doit être associée à une autre base : usage, intention d’usage ou enregistrement étranger. La section 44(e) s’appuie sur un enregistrement dans le pays d’origine du déposant. Cette voie évite de prouver l’usage avant l’enregistrement, mais le déposant doit avoir une intention réelle d’exploiter la marque aux États-Unis et devra en prouver l’usage pour la maintenir.
Section 66(a) : désigner les États-Unis par le système de Madrid
Le titulaire d’une marque peut l’étendre aux États-Unis grâce au système de Madrid de marque internationale. La désignation reste soumise à l’examen américain et ne garantit pas l’acceptation du libellé ou du signe. Il faut coordonner le dossier de base, l’enregistrement international et la réponse aux éventuels refus, au lieu de traiter le système de Madrid comme un titre automatiquement accepté partout.
Prévoir l’intervention d’un avocat américain habilité
L’USPTO impose un avocat américain habilité aux déposants domiciliés à l’étranger. Pour une demande Madrid sous la section 66(a), cette représentation est requise au stade d’un refus ou d’une autre notification nécessitant une réponse. Les coordonnées et pouvoirs doivent être organisés selon la procédure concernée.
Le conseil français peut coordonner la stratégie et les documents avec le correspondant américain. Cette coordination ne remplace pas l’habilitation requise pour intervenir devant l’USPTO.
Préparer une preuve d’usage réelle et adaptée
L’USPTO distingue la représentation de la marque, qui identifie le signe demandé, et le specimen, qui montre son usage réel. Sa documentation officielle sur les specimens précise qu’une maquette, un emballage projeté ou une image numériquement modifiée ne constitue pas une preuve d’usage acceptable. Une publicité peut convenir pour des services sans être suffisante pour des produits.
La collecte doit porter sur les produits et services effectivement revendiqués. Les étiquettes, emballages ou pages commerciales doivent montrer un usage pertinent. Une facture isolée ne doit pas être présumée suffisante. Conserver les dates, les versions et les conditions d’exploitation permet au correspondant de vérifier les éléments avant toute déclaration.
Anticiper les coûts et le maintien des droits
Selon les informations officielles de l’USPTO, le tarif électronique de base est de 350 USD par classe pour les demandes concernées sous les sections 1 et 44. Des suppléments et démarches ultérieures peuvent s’ajouter. Ce montant ne comprend pas les honoraires et ne doit pas être appliqué comme un prix unique à une désignation Madrid, pour laquelle une taxe individuelle propre aux États-Unis est payée à l’OMPI.
Le budget doit inclure la recherche, la rédaction, le conseil, les réponses éventuelles, la preuve d’usage et le suivi. Les taxes se revérifient à la date de l’opération. Le maintien d’un titre direct implique notamment une déclaration d’usage entre les cinquième et sixième anniversaires et des formalités aux neuvième et dixième anniversaires, puis périodiquement, conformément au calendrier officiel de maintien.
Une extension Madrid impose aussi des formalités américaines, notamment une déclaration d’usage sous la section 71 entre les cinquième et sixième anniversaires, en plus du renouvellement décennal de la marque internationale. Les calendriers peuvent avoir des points de départ différents. Un tableau doit donc distinguer l’enregistrement américain, la marque internationale et les engagements contractuels, sans supposer que le paiement à l’OMPI règle toutes les obligations aux États-Unis.
La collaboration entre les conseils français et américain
Le conseil en propriété industrielle français rapproche le projet, les titres existants et les documents commerciaux. L’avocat américain vérifie la base admissible, les exigences locales et les réponses à l’office. Les avocats intervenant sur les contrats de distribution s’assurent de la cohérence des engagements. Cette répartition évite de présenter une déclaration d’usage comme une simple formalité et permet de préciser les responsabilités de chacun.
Cas pratique illustratif
Une entreprise fictive dispose d’une marque française et prépare une vente de cosmétiques aux États-Unis. Un distributeur demande une preuve de protection avant de signer. L’équipe veut revendiquer la priorité du dépôt français et utiliser une maquette d’emballage comme preuve d’usage, alors que les produits ne sont pas encore commercialisés et que le libellé n’a pas été revu.
Les conseils examineraient la date du dépôt étranger afin de vérifier si une revendication de la priorité française reste encore ouverte, la base d’enregistrement envisageable et les préparatifs du lancement. La maquette ne serait pas utilisée comme preuve d’usage. Le signe et les produits seraient vérifiés avant de choisir entre les voies pertinentes, avec un calendrier des preuves à fournir. Le contrat définirait les usages du distributeur et la collecte des documents nécessaires.
Le résultat recherché serait une procédure cohérente avec l’état réel du projet, plutôt qu’une déclaration prématurée. Le suivi relierait l’office, le lancement et les échéances de maintien. Cet exemple est illustratif ; il ne décrit pas une affaire cliente et ne garantit ni l’acceptation de la demande ni un délai d’enregistrement.
Un parcours de dépôt en cinq étapes

- Rechercher les antériorités. Examiner signes, produits et usages américains.
- Choisir la base juridique. Vérifier usage, intention et titres étrangers.
- Déposer avec le conseil. Confirmer titulaire, libellé et représentation.
- Documenter l’usage. Relier preuves et contrats de distribution.
- Maintenir et surveiller. Planifier déclarations et surveillance des marques.
FAQ sur les marques aux États-Unis
Une priorité française suffit-elle pour obtenir l’enregistrement ?
Non. La priorité doit être distinguée de la base permettant l’enregistrement. Les conditions des sections applicables doivent être satisfaites ; le simple fait d’avoir déposé en France ne règle pas l’examen américain.
Une base étrangère dispense-t-elle définitivement d’usage ?
Non. Certaines voies permettent un enregistrement sans specimen préalable, mais les obligations américaines de maintien demeurent. L’intention d’exploitation et les déclarations futures doivent être préparées dès la stratégie initiale.
Peut-on utiliser une maquette ou un visuel retouché comme specimen ?
Non. Une image destinée à montrer un usage futur ne démontre pas un usage réel. Les maquettes et modifications numériques ne doivent pas être présentées comme des preuves commerciales. Le dossier doit être contrôlé avec le conseil local.
Madrid supprime-t-il le besoin d’un conseil américain ?
Non. Dès que l’USPTO émet une notification exigeant une réponse (par exemple un refus provisoire), un avocat américain doit intervenir. Il faut organiser la représentation et les délais du dossier, même si la demande internationale a été déposée par un autre circuit.
Pourquoi faire confiance au cabinet Dreyfus
Le cabinet Dreyfus coordonne la stratégie de marque avec les intervenants habilités, en reliant le lancement, les preuves et les échéances de maintien des droits.
Conclusion
Le dépôt américain doit être adapté à la réalité de l’usage et au portefeuille existant. Pour cadrer la recherche, le fondement juridique du dépôt et la coordination avec le correspondant local, contactez le cabinet Dreyfus pour un premier échange confidentiel.
Le cabinet Dreyfus et Associés est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.






