Depuis le 2 juillet 2026, une entreprise qui surveille le registre français des marques peut découvrir un dépôt potentiellement conflictuel effectué par une personne physique sans avoir accès à son adresse complète. Le Bulletin officiel de la propriété industrielle et le Registre national des marques n’affichent désormais, pour un déposant particulier, que ses nom, prénoms, commune et pays de résidence. La réforme protège la vie privée des déposants, mais elle modifie très concrètement la manière dont un titulaire de droits antérieurs organise sa réaction.
Le changement résulte du décret n° 2026-576 du 30 juin 2026, qui modernise plusieurs procédures de l’Institut national de la propriété industrielle. L’enjeu est moins de retrouver à tout prix une adresse postale que de préserver le calendrier de défense : en matière d’opposition, le délai est strict et court. La stratégie doit donc être pensée à partir de l’échéance procédurale, puis compléter cette protection par des démarches amiables ou d’identification lorsque celles-ci sont utiles.
Ce que change le décret n° 2026-576 pour les déposants personnes physiques
L’adresse complète n’est plus publiée au BOPI
L’article R. 712-8 du Code de la propriété intellectuelle, dans sa version applicable depuis le 2 juillet 2026, prévoit que lorsque le déposant est une personne physique, les informations publiées permettant de l’identifier sont limitées à ses nom, prénoms, commune et pays de résidence. Le changement porte donc sur la publicité du dépôt : l’adresse précise du particulier n’est plus rendue accessible dans la publication du BOPI. Elle s’applique aux procédures en cours conformément aux dispositions transitoires du décret.
La même limitation s’applique au Registre national des marques
L’article R. 714-2 du Code de la propriété intellectuelle applique la même logique au Registre national des marques. Les personnes morales ne bénéficient pas de cette limitation : l’adresse de leur siège demeure une donnée d’identification du titulaire ou du demandeur.
L’adresse reste néanmoins une donnée de dépôt
L’occultation ne signifie pas que l’INPI ne recueille plus l’adresse du déposant. Les directives de dépôt de l’INPI continuent d’exiger une adresse complète pour identifier une personne physique. La réforme distingue ainsi deux questions :
les informations nécessaires à l’Office pour traiter le dossier et
les informations rendues publiques. Cette distinction est essentielle pour comprendre la portée exacte du dispositif.
Pourquoi l’occultation de l’adresse modifie la stratégie face à un dépôt gênant
Avant la réforme, la connaissance d’une adresse permettait souvent d’envoyer rapidement une mise en demeure par voie postale afin de rechercher un retrait, une limitation de la liste des produits et services ou un accord de coexistence. Depuis le 2 juillet 2026, cette prise de contact peut être plus difficile lorsque le déposant agit en son nom propre.
Le principal risque consiste alors à consacrer trop de temps à l’identification du déposant et à laisser expirer le délai d’opposition. Or, l’article L. 712-4 du Code de la propriété intellectuelle prévoit un délai de deux mois suivant la publication de la demande d’enregistrement pour former opposition. L’INPI rappelle également que l’opposition à une marque française doit être formée dans ce délai strict, exclusivement en ligne.
Dans ce contexte, le dépôt d’une opposition formelle peut constituer un réflexe stratégique particulièrement utile. Il permet de préserver les droits de l’opposant dans le délai impératif de deux mois, sans qu’il soit nécessaire de déposer immédiatement l’intégralité de l’argumentation. En application de l’article R. 712-14 du Code de la propriété intellectuelle, l’exposé des moyens ainsi que certaines pièces peuvent en effet être fournis dans un délai supplémentaire d’un mois suivant l’expiration du délai d’opposition.
Ce mécanisme permet ainsi de sécuriser la procédure tout en ménageant un temps supplémentaire pour identifier et contacter le déposant, engager des négociations et rechercher une solution amiable, telle qu’un retrait total ou partiel de la demande, une limitation des produits et services ou la conclusion d’un accord de coexistence. En cas d’accord, l’opposition pourra ensuite, selon les circonstances, être retirée ou devenir sans objet.
L’occultation de l’adresse ne doit donc pas conduire à différer l’action : lorsque le délai d’opposition approche, il peut être préférable de former l’opposition afin de préserver les droits antérieurs, puis d’utiliser le délai complémentaire pour poursuivre parallèlement les démarches amiables.
Quelles stratégies mettre en place pour sécuriser ses droits ?
1. Détecter tôt et, si nécessaire, former directement opposition
La première adaptation est organisationnelle : la surveillance des nouvelles demandes françaises, mais aussi des marques de l’Union européenne et des enregistrements internationaux pertinents, doit permettre d’identifier un conflit dès sa publication. Lorsque les conditions de l’opposition sont réunies, la procédure peut être engagée sans connaître l’adresse postale du déposant : l’Office assure lui-même les notifications dans le cadre de la procédure.
L’opposition peut notamment être fondée, selon les conditions prévues par le Code, sur une marque antérieure, une dénomination ou raison sociale, un nom commercial, une enseigne ou un nom de domaine dont la portée n’est pas seulement locale. Les modalités de la procédure figurent notamment aux articles L. 712-4 et R. 712-13 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
L’engagement d’une opposition n’exclut pas la négociation. L’article R. 712-17 du Code de la propriété intellectuelle prévoit notamment une suspension sur demande conjointe des parties pendant quatre mois, renouvelable deux fois. La procédure peut ainsi protéger le calendrier tout en laissant une place à une solution amiable.
2. Rechercher un canal de contact sans retarder la procédure
L’absence d’adresse publique ne rend pas tout contact impossible. Lorsqu’un déposant exploite déjà le signe contesté, il peut exister des coordonnées professionnelles:
sur un site Internet,
dans les mentions légales,
sur un profil professionnel,
dans un registre d’entreprise,
dans la documentation commerciale.
Un courriel ou un formulaire de contact peut permettre d’ouvrir une discussion, sous réserve de conserver la preuve des échanges et d’adopter une formulation juridiquement mesurée.
La logique doit toutefois rester parallèle et non successive : la négociation ne doit pas suspendre de fait le délai d’opposition. Lorsqu’un accord intervient, l’opposition peut ensuite être retirée ou adaptée selon les engagements convenus.
3. Utiliser les sources d’identification licites lorsque l’adresse devient réellement nécessaire
Dans certains dossiers, l’adresse précise reste nécessaire, par exemple pour organiser la signification d’un acte judiciaire ou conduire des investigations ciblées. Plusieurs sources peuvent alors être examinées en fonction de la situation : Registre national des entreprises, registre du commerce, mentions légales d’un site marchand, bases publiques pertinentes ou procédure de divulgation lorsqu’un nom de domaine en .fr est concerné.
À défaut, une mesure d’instruction avant tout procès peut, si ses conditions sont réunies, être envisagée sur le fondement de l’article 145 du Code de procédure civile. Ce texte permet au juge d’ordonner des mesures légalement admissibles lorsqu’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige. Il ne crée pas un droit automatique à la communication d’une adresse : la demande doit être justifiée, proportionnée et dirigée vers la personne ou l’organisme susceptible de détenir l’information recherchée.
4. Si l’opposition n’est plus possible, examiner l’action en nullité
Lorsque le délai d’opposition est expiré et que la marque a été enregistrée, une demande en nullité peut constituer la voie adaptée si les conditions légales sont réunies. Les demandes fondées sur certains droits antérieurs relèvent de l’INPI lorsqu’elles sont introduites à titre principal, conformément aux articles L. 716-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’adresse publique du titulaire n’est donc pas, en elle-même, une condition d’accès à la procédure administrative.
L’absence de délai général de prescription pour certaines demandes en nullité ne doit cependant pas conduire à attendre : l’article L. 716-2-8 du Code de la propriété intellectuelle prévoit notamment une forclusion par tolérance lorsque le titulaire d’un droit antérieur a toléré pendant cinq années consécutives, en connaissance de cause, l’usage d’une marque postérieure enregistrée, sauf mauvaise foi.
Pour les titulaires de droits, la réforme renforce l’intérêt d’une surveillance structurée du registre français. Le point décisif n’est plus la possibilité d’envoyer immédiatement une lettre à l’adresse figurant au BOPI, mais la capacité à détecter le dépôt, qualifier le droit antérieur pertinent et décider rapidement si une opposition doit être engagée.
Anticiper le délai de deux mois : la surveillance doit être calibrée pour remonter les demandes dès leur publication.
Centraliser les preuves : titres de marque, éléments de renommée, preuves d’usage et documents relatifs aux autres droits antérieurs doivent pouvoir être mobilisés rapidement.
Coordonner procédure et négociation : une opposition peut préserver les droits tout en permettant une discussion parallèle avec le déposant.
Vérifier les règles de représentation : les personnes n’ayant ni domicile ni siège dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen peuvent être tenues de constituer un mandataire répondant aux conditions du Code de la propriété intellectuelle.
Les entreprises étrangères souhaitant protéger et défendre leurs marques en France peuvent également consulter notre guide spécialement consacré aux règles du droit français des marques qui leur sont applicables : Guide du droit des marques en France pour les entreprises étrangères.
Conclusion
La confidentialité accrue de l’adresse des déposants personnes physiques modifie moins les droits substantiels des titulaires de marques que la chronologie de leur réaction. Face à un dépôt gênant, la priorité est désormais de sécuriser le délai d’opposition, puis d’utiliser les canaux amiables, les sources publiques et, si nécessaire, les outils judiciaires pour identifier ou contacter le déposant. Une surveillance active et une stratégie procédurale préparée en amont deviennent donc encore plus importantes.
Le cabinet Dreyfus accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.
Nathalie Dreyfus avec l’aide de toute l’équipe du cabinet Dreyfus
FAQ
Que faire si le délai d’opposition est déjà expiré ?
L’expiration du délai d’opposition ne signifie pas nécessairement qu’aucune action n’est plus possible. Si la marque litigieuse est enregistrée, son titulaire peut notamment, selon les droits antérieurs invoqués et les circonstances, faire l’objet d’une demande en nullité devant l’INPI. Une prise de contact amiable avec le titulaire de la marque reste également envisageable afin de rechercher un retrait, une limitation des produits et services ou un accord de coexistence.
Le masquage s’applique-t-il lorsqu’une marque a plusieurs co-déposants ?
La limitation de publicité s’attache à la qualité de personne physique. Ainsi, lorsqu’un dépôt comporte plusieurs titulaires, les données publiques de chaque co-déposant doivent être appréciées selon sa nature : personne physique ou personne morale. L’existence d’une copropriété de marque ne transforme pas une personne physique en personne morale.
Comment éviter une erreur en cas d’homonymie entre plusieurs déposants particuliers ?
Il est prudent de ne jamais identifier un dossier sur le seul nom du déposant. Le numéro de demande, la date de dépôt, le signe, les classes, les produits et services revendiqués, la commune et le pays constituent des éléments de recoupement indispensables avant toute démarche contentieuse ou amiable.
Un titulaire établi hors de l’Union européenne peut-il former seul une opposition devant l’INPI ?
Non, lorsqu’il n’est ni domicilié ni établi dans un État membre de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen. Dans ce cas, il doit désigner un mandataire habilité à le représenter devant l’INPI. Il peut notamment s’agir d’un conseil en propriété industrielle ou d’un avocat. Le Code de la propriété intellectuelle prévoit également, sous certaines conditions, la possibilité de recourir à d’autres représentants habilités, notamment certains professionnels établis dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen.
Le masquage de l’adresse modifie-t-il le coût de l’opposition devant l’INPI ?
Non. La mesure de confidentialité n’a pas modifié, en elle-même, la redevance d’opposition. À la date de publication du présent article, l’INPI indique un coût de 400 euros pour une opposition fondée sur un droit antérieur, auquel s’ajoutent 150 euros par droit antérieur supplémentaire invoqué.
Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.
Données ICANN publiées le 7 octobre 2026 | Situation susceptible d’évoluer
Introduction
Le 7 octobre 2026, l’ICANN, organisation à but non lucratif de droit californien qui coordonne le système des identifiants uniques d'Internet, notamment les adresses IP et les noms de domaine, a rendu publiques 1 615 candidatures à de nouvelles extensions Internet (gTLD), déposées par 481 candidats. Cette publication, appelée Reveal Day, ne signifie pas que les extensions peuvent déjà être enregistrées : elle ouvre surtout une phase décisive d’analyse des risques pour les entreprises, avant le lancement de la période de commentaires et d’objections du 17 novembre 2026 au 16 mars 2027. Les chiffres demeurent provisoires jusqu’au String Confirmation Day.
Pour les entreprises, l’objectif n’est pas d’enregistrer leur marque dans toutes les nouvelles extensions Internet, mais d’identifier celles qui pourraient porter atteinte à leurs droits ou présenter un risque d’utilisation frauduleuse. Il convient notamment de vérifier si certaines extensions reprennent leur marque et de déterminer si elles seront réservées à une entreprise ou accessibles au public. Selon les risques identifiés, plusieurs mesures peuvent être envisagées : contester une candidature, surveiller les nouveaux noms de domaine, inscrire sa marque à la Trademark Clearinghouse pour bénéficier de mécanismes de protection ou procéder à des enregistrements préventifs dans les extensions les plus pertinentes.
Reveal Day 2026 : 1 615 candidatures, des .marque et une forte concurrence
Les données publiées le 7 octobre 2026 par l’ICANN recensent 333 candidatures .marque, 16 communautaires, 15 géographiques, 21 en écritures internationalisées et 9 candidatures à variantes. Le programme d’accompagnement des candidats (Applicant Support Program) représente 51 dossiers. Les demandes proviennent principalement d’Amérique du Nord (864) et d’Europe (506), devant l’Asie-Pacifique (218), l’Afrique (16) et l’Amérique latine et les Caraïbes (11).
La liste préliminaire publiée par l’ICANN fait apparaître 263 ensembles de candidatures concurrentes (contention sets) de ce type. L’extension .agent est la plus disputée, avec 13 candidatures ; .bit, .api, .brand et .hub en réunissent chacune une dizaine. Ces chiffres sont encore susceptibles de changer avec les chaînes de remplacement et l’examen des similitudes entre extensions.
À quoi sert une extension .marque (« dotBrand ») ?
Une extension « .marque » permet à une entreprise de disposer de sa propre extension Internet et de contrôler les noms de domaine qui y sont enregistrés. Les candidatures pour .openai, .adidas ou .michelin illustrent cette démarche, qui vise notamment à renforcer la sécurité des sites officiels. Toutefois, cette protection ne permet pas d’empêcher la création de sites frauduleux sous d’autres extensions.
Intelligence artificielle, marques et Europe : les nouvelles lignes de force
Les entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle ont demandé de nouvelles extensions correspondant à leurs produits, comme .chatgpt (OpenAI), .gemini (Google) ou .claude (Anthropic), mais aussi à des termes techniques, comme .agent ou .api. OpenAI a, à elle seule, déposé 15 candidatures. Or, certains termes peuvent être utilisés par plusieurs entreprises ou désigner des activités différentes. Il convient donc d’examiner chaque candidature pour déterminer si elle porte réellement atteinte aux droits d’une autre entreprise, notamment en raison d’un risque de confusion.
Par comparaison, le Reveal Day de 2012 avait suscité 1 930 candidatures, contre 1 615 cette année. La série 2026 compte moins de dossiers géographiques et nettement moins de dossiers en écritures internationalisées (21, contre 116 en 2012), et les nouvelles candidatures se concentrent davantage sur les opérateurs de registres et les plateformes numériques. Cette comparaison doit toutefois être nuancée : les entreprises déjà titulaires d’une extension obtenue en 2012 n’avaient pas à déposer une nouvelle candidature. Pour approfondir cette évolution, nous vous invitons à lire « Le programme des nouveaux gTLD : qu’est-ce qui a changé depuis 2012 ? ».
En France, les candidatures de groupes comme Michelin, Air Liquide, BPCE, Atos et Sodexo soulignent l’intérêt industriel du .marque. La faible représentation des acteurs français ne signifie pas que les entreprises françaises seraient peu exposées : un registre générique étranger peut concerner directement leur marché.
Objections ICANN : quels recours avant le 16 mars 2027 ?
Une Legal Rights Objection n’est pas une procédure UDRP
La Legal Rights Objection (LRO) est une procédure administrée par l’OMPI qui permet de contester une candidature à une nouvelle extension Internet susceptible de porter atteinte à des droits antérieurs, notamment une marque. Elle se distingue de la procédure UDRP, qui concerne les litiges relatifs à des noms de domaine déjà enregistrés. Le Guide du candidat 2026, module 4 distingue quatre fondements d’objection :
confusion entre chaînes,
atteinte à des droits antérieurs (Legal Rights Objection, LRO),
intérêt public limité,
atteinte à une communauté.
Une LRO suppose d’établir la qualité pour agir et le risque d’atteinte au droit invoqué, au regard des critères propres à cette procédure. Une marque préexistante ne confère donc pas un droit de veto sur tout terme identique.
Il faut également distinguer les niveaux du système de nommage : la LRO vise une candidature d’extension avant sa délégation, tandis que l’UDRP traite, après enregistrement, des noms de domaine litigieux de second niveau, par exemple « marque.extension ». Un commentaire public argumenté peut être déposé pendant la même période afin d’attirer l’attention des évaluateurs, mais il ne remplace pas une objection formelle.
Que deviennent les extensions demandées par plusieurs candidats ?
Lorsque plusieurs entreprises demandent une même extension Internet, une seule peut l’obtenir. Pour les départager, plusieurs solutions sont possibles : accorder la priorité à une candidature représentant une communauté, permettre à un candidat de retirer sa demande ou de choisir une autre extension, ou organiser une enchère si le conflit persiste. Contrairement à la série de 2012, le programme 2026 interdit les enchères privées, les coentreprises et tout autre arrangement entre candidats visant à résoudre ces conflits à l’amiable, sous peine notamment de disqualification. Comme le précise le Guide du candidat 2026 de l’ICANN (module 5, section 5.2.3), ces conflits doivent être résolus selon les procédures prévues par l’ICANN, notamment par une évaluation de priorité communautaire ou, en dernier recours, par une enchère organisée par l’ICANN.
Calendrier et plan d’action pour les titulaires de marques
7 octobre 2026 : publication des chaînes demandées, des candidats et des conflits préliminaires.
8–21 octobre 2026 : période d’activation éventuelle d’une chaîne de remplacement.
17 novembre 2026 : String Confirmation Day et ouverture des commentaires et objections.
16 mars 2027 : échéance de la période annoncée par l’ICANN pour les commentaires et objections, sous réserve des modalités propres à chaque procédure.
À partir de 2027 : évaluations, règlement des contentions, contractualisation puis délégation progressive des extensions retenues.
Quelles mesures prendre dès la publication des candidatures ?
Auditer les chaînes : croiser la liste officielle des candidatures avec les marques, produits, noms commerciaux et variantes linguistiques du portefeuille ; examiner aussi l’identité et le modèle du candidat.
Hiérarchiser les conflits : réunir les certificats de marque, preuves d’usage, éléments de renommée et indices de confusion ; évaluer le fondement et les frais d’une éventuelle LRO avant le 16 mars.
Préparer les ouvertures au public : vérifier l’opportunité d’un enregistrement dans la TrademarkClearinghouse pour bénéficier, lorsque les conditions sont remplies, des périodes Sunrise et du mécanisme Trademark Claims. Ces services n’interdisent pas automatiquementl’enregistrement par un tiers.
Définir une politique défensive ciblée : réserver prioritairement les noms utiles aux clients et exposés à la fraude ; surveiller les autres extensions et préparer, le cas échéant, des actions UDRP contre les enregistrements abusifs.
Le Reveal Day des nouveaux gTLD 2026 confirme l’essor des extensions .marque et des chaînes liées à l’intelligence artificielle, mais il ouvre surtout une fenêtre de décision juridique jusqu’au 16 mars 2027. Les entreprises doivent identifier leurs risques prioritaires dès maintenant, sans confondre objection à une extension, réservation de noms de domaine et traitement ultérieur du cybersquatting.
Le cabinet Dreyfus accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.
Nathalie Dreyfus avec l’aide de toute l’équipe du cabinet Dreyfus.
FAQ
Combien coûte la création d’une nouvelle extension Internet en 2026 ?
Les frais de candidature fixés par l’ICANN s’élèvent à 227 000 dollars américains par extension. À ce montant peuvent s’ajouter les frais d’évaluation supplémentaires, les coûts techniques et les dépenses liées à l’exploitation du registre. Un programme d’accompagnement prévoit toutefois des réductions pour certains candidats remplissant les conditions d’éligibilité.
Le titulaire d’un nom de domaine en .com bénéficie-t-il d’une priorité sur les nouvelles extensions ?
La détention d’un nom de domaine en .com ne confère aucun droit automatique sur son équivalent dans une nouvelle extension. Par exemple, une entreprise possédant « entreprise.com » ne devient pas nécessairement titulaire de « entreprise.shop ». L’attribution dépend des règles du registre concerné et des éventuels droits antérieurs invoqués.
Les nouvelles extensions Internet améliorent-elles le référencement sur Google ?
Les nouvelles extensions ne bénéficient d’aucun avantage automatique en matière de référencement naturel. Google traite les nouveaux gTLD de la même manière que les extensions traditionnelles, telles que .com ou .org. Le choix d’une extension pertinente peut toutefois contribuer à rendre une adresse Internet plus facilement identifiable par les utilisateurs.
Les nouvelles extensions utilisant des caractères non latins sont-elles compatibles avec tous les services Internet ?
Les extensions utilisant notamment les alphabets arabe, chinois ou cyrillique peuvent rencontrer des difficultés de compatibilité avec certains logiciels, formulaires et services de messagerie. L’ICANN encourage leur reconnaissance universelle, mais des vérifications techniques restent nécessaires avant leur utilisation professionnelle, particulièrement pour les adresses électroniques.
Existe-t-il une procédure plus rapide que l’UDRP pour agir contre un nom de domaine frauduleux ?
La procédure Uniform Rapid Suspension (URS) permet, pour les extensions auxquelles elle s’applique, d’obtenir rapidement la suspension d’un nom de domaine en cas d’atteinte manifeste aux droits d’un titulaire de marque. Contrairement à l’UDRP, elle ne permet pas d’obtenir le transfert du nom de domaine.
Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.
Guide pratique pour les directions juridiques et entreprises internationales
Une marque protégée dans votre pays d’origine ne vous donne pas automatiquement de droits en France. Avant de lancer un produit, un service ou une plateforme sur le marché français, il faut choisir la bonne voie de protection, sécuriser le titulaire et le libellé, anticiper les oppositions, organiser les preuves d’usage et préparer la défense du signe. Ce guide couvre le cycle complet d’une marque française, du cadrage initial à l’exécution des droits.
Mis à jour le 29 septembre 2026. Temps de lecture estimé : 24 minutes.
Un cadre opérationnel pour déposer, exploiter, surveiller et défendre une marque en France.
Le droit des marques en France en 2026, en vidéo
Cette vidéo du cabinet Dreyfus présente les points clés du droit des marques en France en 2026 pour les entreprises étrangères. Elle complète le guide avec une synthèse accessible des choix de dépôt, des règles d’usage et des moyens de défense.
Le marché français est dense. L’INPI a reçu 103 645 demandes de marques en 2025, soit une hausse de 14,1 % en un an. Les personnes morales étrangères représentaient 10 % des dépôts. Cette activité augmente la valeur d’une stratégie structurée, mais aussi le risque de collision entre signes, de procédure d’opposition et de portefeuille trop large ou mal adapté.
Ce guide complète la page consacrée au droit des marques du cabinet Dreyfus. Il adopte le point de vue d’une entreprise située hors de France qui doit articuler son portefeuille d’origine avec les règles françaises, européennes et internationales.
1. Comprendre ce que protège une marque en France
Une marque est un signe qui distingue les produits ou services d’une entreprise de ceux d’autres opérateurs. Elle peut notamment prendre la forme d’un mot, d’un logo, d’une combinaison de couleurs, d’une forme, d’un son, d’un mouvement, d’un motif, d’un hologramme ou d’un contenu multimédia, à condition que sa représentation permette aux autorités et au public de déterminer clairement et précisément l’objet de la protection.
Le droit porte sur le signe tel qu’il a été déposé, pour les produits et services désignés et dans le territoire couvert. Il n’accorde pas un monopole général sur un mot. L’analyse d’une atteinte tient notamment compte du signe, des produits ou services, du public pertinent, des conditions d’usage et du risque de confusion. Une marque renommée peut bénéficier d’une protection plus large, mais cette renommée doit être établie par des éléments concrets.
Une marque étrangère n’est pas automatiquement opposable en France
Un enregistrement américain, britannique, chinois ou canadien ne produit pas, à lui seul, les effets d’un titre français. Pour disposer d’un droit enregistré couvrant la France, l’entreprise doit obtenir une protection territoriale pertinente, directement ou par désignation. Certaines marques notoirement connues peuvent être protégées dans les conditions prévues par la Convention de Paris, et d’autres signes non enregistrés peuvent constituer des droits antérieurs, mais ces mécanismes ne remplacent pas une stratégie de dépôt.
Le dépôt n’efface pas les autres droits
La disponibilité ne se limite pas aux marques identiques. Une dénomination sociale, un nom commercial, une enseigne, un nom de domaine dont la portée n’est pas seulement locale, une indication géographique, un droit d’auteur, un nom patronymique ou le nom d’une entité publique peuvent aussi créer un risque. La recherche doit donc être juridique et commerciale, pas seulement lexicale.
2. Choisir entre marque française, marque de l’Union européenne et système de Madrid
Le premier choix structurant porte sur la voie de protection. Une entreprise peut combiner plusieurs titres, mais chaque dépôt doit avoir une fonction identifiable. Déposer partout sans hiérarchie augmente les coûts, les renouvellements et l’exposition aux contestations pour défaut d’usage.
La meilleure voie dépend du marché réel, des antériorités, du portefeuille existant et du niveau de risque accepté.
Voie
Territoire
Atout principal
Point de vigilance
Marque française, INPI
France
Titre ciblé, adapté à une entrée prioritaire sur le marché français
Ne protège pas automatiquement les autres pays de l’Union européenne
Marque de l’Union européenne, EUIPO
Les 27 États membres de l’Union européenne
Un titre unitaire et une seule procédure
Une antériorité pertinente dans un seul État peut compromettre la demande pour l’ensemble de l’Union
Enregistrement international, OMPI
Membres désignés du système de Madrid
Gestion centralisée à partir d’une marque de base
Chaque office désigné applique son droit et peut émettre un refus provisoire
Dépôts nationaux coordonnés
Pays sélectionnés
Protection ajustée aux risques et pratiques locales
Davantage de procédures, de correspondants et d’échéances à piloter
Quand privilégier un dépôt français ?
Le dépôt INPI est souvent pertinent lorsque la France constitue le premier marché européen, lorsqu’une difficulté identifiée dans un autre État fragiliserait une marque de l’Union européenne, ou lorsqu’une protection nationale ciblée répond au budget et au calendrier commercial. Il peut aussi constituer une base pour une extension internationale, sous réserve des conditions du système de Madrid.
Quand envisager une marque de l’Union européenne ?
La marque de l’Union européenne est adaptée lorsque l’activité vise réellement plusieurs États membres et qu’une recherche à l’échelle de l’Union ne révèle pas un obstacle majeur. Son caractère unitaire simplifie la gestion, mais élargit le champ des antériorités susceptibles d’être invoquées. Si la demande échoue dans certains cas, une conversion en demandes nationales peut être étudiée, avec un coût et des conditions propres.
Quand utiliser le système de Madrid ?
Le système de Madrid permet à une entreprise qui possède le lien requis avec un membre du système et une marque de base de demander une protection dans plusieurs territoires par une procédure centralisée. L’OMPI vérifie les conditions de forme, puis chaque office désigné examine la protection selon son droit. Le certificat international ne signifie donc pas que la marque est définitivement acceptée dans chaque pays.
3. Sécuriser le signe et le titulaire avant le lancement
Choisir le bon titulaire
Le titulaire doit correspondre à la réalité économique et contractuelle du groupe. Déposer au nom du distributeur français, d’un dirigeant ou d’une filiale qui ne contrôle pas la marque peut compliquer les licences, les levées de fonds, les restructurations et les actions en contrefaçon. Avant le dépôt, il faut examiner la chaîne de propriété, les contrats intragroupe, les accords de distribution et la politique de facturation des redevances.
Lorsque le logo ou le nom a été créé par une agence, un consultant ou un salarié dans un autre pays, il faut aussi vérifier les droits d’auteur et les cessions. Un paiement de facture ne transfère pas nécessairement tous les droits exploitables en France. La marque et le droit d’auteur peuvent se cumuler, avec des titulaires ou des périmètres différents.
Écarter les motifs absolus de refus ou de nullité
Un signe doit être distinctif pour les produits et services concernés. Les termes descriptifs, usuels, trompeurs, contraires à l’ordre public ou composés exclusivement d’éléments imposés par la nature ou la fonction du produit peuvent être refusés ou annulés. Un nom évocateur acceptable dans un pays peut être descriptif en français. Il faut donc analyser la compréhension du public français, les traductions, la prononciation et les connotations locales.
Effectuer une recherche d’antériorités à plusieurs niveaux
Une recherche utile relie registres, marché, sociétés, noms de domaine et droits non enregistrés.
Une recherche à l’identique constitue seulement un premier filtre. Une analyse sérieuse couvre les ressemblances visuelles, phonétiques et conceptuelles, les produits et services proches, les signes exploités sur le marché, les sociétés, les domaines et les droits pertinents. L’INPI recommande d’approfondir la recherche initiale par une recherche de similarités. Dreyfus propose également une analyse de similarité de marques assistée par l’intelligence artificielle, qui doit rester complétée par une qualification juridique du risque.
Le livrable attendu n’est pas une liste brute de résultats. Il doit classer les risques, expliquer les hypothèses, identifier les titulaires actifs, examiner l’usage et proposer une décision : déposer, modifier le signe, limiter le libellé, négocier, acheter un droit ou abandonner le projet.
4. Rédiger une liste de produits et services qui résistera dans le temps
La liste des produits et services détermine le périmètre juridique de la marque. Les classes de Nice organisent cette liste, mais une classe n’est pas un droit en soi. Deux produits peuvent relever de classes différentes et rester proches, tandis que des éléments d’une même classe peuvent être sans rapport commercial.
Le libellé doit couvrir l’offre prévue, les extensions réalistes et les fonctions essentielles du modèle économique. Il doit aussi rester défendable. Un dépôt très large augmente les coûts et peut exposer le titre à une déchéance partielle lorsque l’usage sérieux n’est pas démontré. À l’inverse, un libellé trop étroit peut laisser hors protection une évolution prévisible du service, notamment pour les logiciels, les plateformes, les services numériques et les modèles par abonnement.
La liste ne peut pas être élargie après le dépôt. Une évolution substantielle exige généralement un nouveau dépôt. Ce principe justifie un atelier court avec les équipes produit, marketing, juridique et commerciales avant la validation.
5. Déposer une marque française auprès de l’INPI
Une procédure sans incident peut aboutir après un délai minimal d’environ cinq mois, mais une objection ou une opposition modifie le calendrier.
Les informations à préparer
Le dossier doit notamment identifier le déposant, le signe, le type de marque, les produits et services, le mandataire lorsqu’il intervient et, le cas échéant, la priorité revendiquée. Une entreprise ayant déposé la même marque dans un État membre de l’Union de Paris ou de l’Organisation mondiale du commerce peut revendiquer cette priorité en France dans un délai de six mois, sous réserve des conditions applicables.
La représentation des entreprises étrangères
L’article R. 712-2 du Code de la propriété intellectuelle prévoit que les personnes qui n’ont pas leur domicile ou leur siège dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen doivent constituer un mandataire satisfaisant aux conditions requises. Une adresse de correspondance ne remplace pas un établissement réel. Le cabinet doit également vérifier les règles propres aux procédures ultérieures, notamment opposition, nullité, déchéance, renouvellement ou inscription au registre.
Publication, examen et opposition
L’INPI publie normalement la demande au Bulletin officiel de la propriété industrielle dans un délai d’environ six semaines. Cette publication ouvre un délai de deux mois pendant lequel les titulaires de droits antérieurs peuvent former opposition. L’INPI examine parallèlement les conditions de forme et les motifs absolus. En l’absence d’obstacle, l’enregistrement intervient après un délai minimal d’environ cinq mois.
L’INPI ne réalise pas pour le déposant une recherche complète de droits antérieurs. Une demande peut donc être publiée puis contestée. Depuis le 2 juillet 2026, le délai de prise de décision applicable aux oppositions et aux procédures d’annulation de marques a été aligné à quatre mois après la fin de l’instruction. Les calendriers internes doivent intégrer cette évolution sans confondre ce délai de décision avec la durée totale de la procédure.
Répondre à une objection ou une opposition
Une objection exige une réponse ciblée sur le motif soulevé, parfois accompagnée d’une limitation du libellé. Une opposition impose d’évaluer les droits invoqués, leur usage, la similitude des signes et des produits ou services, ainsi que l’intérêt d’une négociation. Le demandeur peut, lorsque les conditions sont réunies, exiger la preuve de l’usage sérieux d’une marque antérieure enregistrée depuis au moins cinq ans. La procédure d’opposition de marque reste soumise à des délais et exigences de recevabilité stricts.
6. Exploiter la marque et constituer un dossier de preuve
Une marque française peut être déposée sans fournir un spécimen d’usage. Cette différence est importante pour les entreprises habituées au système américain. Après l’enregistrement, l’absence d’usage sérieux pendant une période ininterrompue de cinq ans expose toutefois le titre à une déchéance totale ou partielle.
La preuve doit relier le signe, les produits ou services, le territoire, les dates et l’importance de l’exploitation.
Le dossier de preuve doit être construit pendant l’exploitation, pas après la réception d’une contestation. Il peut réunir factures, catalogues, captures datées, campagnes publicitaires, statistiques de vente, contrats de distribution, emballages, bons de livraison, participation à des salons et éléments permettant d’identifier le territoire. Les documents doivent montrer un usage public et externe conforme à la fonction de la marque, pas un usage symbolique destiné à maintenir artificiellement le droit.
Le signe utilisé peut différer de la forme enregistrée si les variations n’en altèrent pas le caractère distinctif. Cette appréciation est factuelle. Lors d’un changement de logo, une entreprise devrait comparer l’ancien et le nouveau signe, décider si un nouveau dépôt est nécessaire et conserver une chronologie des supports.
Licences, distributeurs et usage avec consentement
L’usage par un licencié ou un distributeur peut bénéficier au titulaire lorsqu’il est effectué avec son consentement. Le contrat doit organiser la qualité, les territoires, les produits, les canaux numériques, la conservation des preuves et la remontée des incidents. Il doit également préciser qui peut agir, négocier ou signaler une atteinte. Une licence mal documentée peut fragiliser la cohérence du dossier.
7. Maintenir un titre opposable et correctement inscrit
Une marque française est protégée pour dix ans à compter du dépôt et peut être renouvelée indéfiniment. Le renouvellement doit être présenté pendant l’année qui précède l’expiration. Un délai supplémentaire de six mois existe à compter du lendemain de l’échéance, avec une redevance supplémentaire. L’absence d’alerte ne prolonge pas le titre, la responsabilité du calendrier reste donc essentielle.
Un changement de nom, d’adresse, de forme sociale, une fusion, une cession, une licence ou une sûreté peut nécessiter une inscription. Avant une action, une opération de financement ou une cession, il faut rapprocher les registres de la réalité juridique du groupe. L’INPI rappelle qu’une chaîne de titularité correctement inscrite contribue à rendre le droit opposable aux tiers.
Événement
Risque si le registre n’est pas mis à jour
Action recommandée
Fusion ou changement de dénomination
Incohérence entre le titulaire réel et le registre
Préparer les pièces et inscrire l’événement
Cession intragroupe
Chaîne de propriété difficile à démontrer
Formaliser la cession et assurer la continuité des inscriptions
Licence
Droits d’action et usage mal documentés
Définir le consentement, le contrôle qualité et l’opposabilité
Nouveau logo
Écart entre la marque enregistrée et la forme exploitée
Analyser l’altération du caractère distinctif et déposer si nécessaire
Extension de l’offre
Produits ou services non couverts
Comparer le libellé existant avec la nouvelle activité
8. Surveiller les dépôts et traiter les conflits
Les offices n’alertent pas systématiquement chaque titulaire de tous les dépôts similaires. Une surveillance doit couvrir les registres pertinents, puis qualifier les résultats selon le risque commercial réel. L’objectif n’est pas d’adresser une mise en demeure à chaque signal, mais de repérer les atteintes capables d’affaiblir la distinctivité, de détourner les clients ou de compliquer l’expansion.
L’opposition
En France, l’opposition contre une demande de marque française doit être formée dans les deux mois suivant sa publication au BOPI. Elle peut reposer sur différents droits antérieurs ayant effet en France, sous les conditions prévues par le Code. Pour une marque de l’Union européenne, la période d’opposition est de trois mois après publication. Les délais ne sont pas interchangeables.
La nullité
Une marque enregistrée peut être annulée si elle ne respectait pas les conditions de validité lors de son dépôt ou si elle portait atteinte à un droit antérieur. La nullité peut notamment être fondée sur l’absence de caractère distinctif, le caractère descriptif ou trompeur, la mauvaise foi ou un droit antérieur. Lorsqu’elle est prononcée, elle produit en principe un effet rétroactif.
La déchéance
La déchéance sanctionne notamment l’absence d’usage sérieux pendant cinq ans, la dégénérescence du signe ou le caractère devenu trompeur du fait du titulaire. Elle peut être partielle et ne concerner que certains produits ou services. Depuis 2020, les demandes principales en nullité ou en déchéance relevant de sa compétence peuvent être formées en ligne devant l’INPI, sous réserve des règles de compétence et des procédures judiciaires connexes.
9. Défendre une marque en France
Une stratégie d’exécution efficace commence par la qualification des faits. Le titulaire doit confirmer le titre invoqué, son titulaire, son territoire, les produits ou services couverts, son usage et l’acte reproché. Il doit ensuite choisir une réponse proportionnée, compatible avec le calendrier commercial et la conservation de la preuve.
La réponse peut combiner surveillance, preuve, négociation, plateformes, douanes, mesures d’urgence et action au fond.
Préserver la preuve avant de contacter l’auteur de l’atteinte
Une capture d’écran isolée peut être insuffisante. Selon le dossier, il peut être nécessaire de documenter l’URL, la date, le parcours d’achat, le vendeur, les volumes, les publicités, les paiements, les livraisons et la société exploitante. Un constat de commissaire de justice, un achat probatoire, une expertise technique ou une saisie-contrefaçon peuvent être envisagés. La saisie-contrefaçon est une mesure puissante, autorisée sur requête, dont l’exécution et les suites obéissent à un formalisme strict. L’action au fond doit notamment être engagée dans le délai réglementaire applicable après les opérations.
Choisir entre négociation, retrait et contentieux
Une mise en demeure n’est pas toujours le premier acte pertinent. Une approche discrète peut préserver une saisie, une retenue douanière ou l’identification du réseau. À l’inverse, un accord de coexistence ou un engagement de cessation peut résoudre un conflit circonscrit. La décision doit intégrer la solidité du droit, le risque de demande reconventionnelle en nullité ou déchéance, la preuve de l’usage, le préjudice, la solvabilité et l’effet attendu sur le marché.
Activer les douanes
La demande d’intervention douanière permet d’attirer l’attention des services sur des marchandises suspectes. La douane française indique que la demande est gratuite, valable un an et renouvelable. Une retenue peut durer jusqu’à dix jours ouvrables, ou trois jours pour les denrées périssables, afin de permettre au titulaire de qualifier l’atteinte et de décider des suites. Une demande fondée sur le règlement européen et une demande nationale peuvent être complémentaires.
Agir devant les juridictions
Une action civile peut viser l’interdiction, le retrait des circuits commerciaux, la destruction, la communication d’informations et la réparation du préjudice. Des mesures provisoires peuvent être sollicitées lorsque les conditions sont réunies. En matière de marque, l’action en contrefaçon se prescrit par cinq ans à compter du jour où le titulaire a connu ou aurait dû connaître le dernier fait lui permettant de l’exercer. L’avocat conduit la procédure judiciaire, avec l’appui du CPI et des techniciens utiles au dossier.
10. Intégrer les noms de domaine, les plateformes et la publicité numérique
Un titre enregistré ne retire pas automatiquement un nom de domaine ou une annonce. La protection en ligne doit relier surveillance, identification, conservation de la preuve et choix du bon mécanisme. Selon le cas, l’entreprise peut utiliser une procédure de plateforme, contacter un hébergeur ou un bureau d’enregistrement, engager une procédure UDRP ou SYRELI, négocier un transfert ou agir devant une juridiction.
Les priorités doivent être mesurables. Un tableau de bord utile distingue les atteintes à fort impact, les vendeurs récurrents, les domaines actifs, les comptes publicitaires, les récidives et les résultats obtenus. Il évite de confondre le nombre de retraits avec la réduction réelle du risque. Le dispositif doit aussi s’articuler avec la protection des noms de domaine et la politique de distribution.
11. La feuille de route des 90 jours précédant un lancement en France
Le dépôt est une étape du lancement, pas son point de départ ni son aboutissement.
Période
Décisions
Livrables
J-90 à J-61
Titulaire, signes, marchés, canaux, noms de domaine et scénarios de dépôt
Carte des actifs, recherche préliminaire, matrice France, UE, Madrid
J-60 à J-31
Recherche approfondie, libellé, priorité, contrats de création et distribution
Avis de disponibilité, liste de produits et services, décisions de dépôt
J-30 au lancement
Dépôts, surveillance, preuves des créations, règles d’usage et plan d’incident
Accusés de dépôt, guide de marque juridique, protocole de réaction
Après le lancement
Suivi de la procédure, opposition, collecte d’usage, douanes et surveillance en ligne
Tableau des échéances, dossier de preuves, reporting des atteintes
12. Les erreurs les plus coûteuses pour une entreprise étrangère
Annoncer le nom avant la recherche. Une campagne publique réduit les options de repli et augmente les coûts d’un changement.
Supposer que la marque du pays d’origine suffit. La protection reste territoriale.
Choisir l’EUIPO uniquement parce qu’il couvre davantage de pays. Le titre unitaire élargit aussi le champ des conflits.
Déposer au nom du distributeur ou d’une mauvaise entité du groupe. La récupération du titre peut devenir contentieuse.
Copier une liste de produits et services étrangère. Les pratiques de classification et le modèle économique doivent être adaptés.
Ne conserver aucune preuve d’usage en France. Les factures globales sans ventilation territoriale sont souvent difficiles à exploiter.
Oublier d’inscrire une fusion ou une cession. Le registre ne reflète plus la chaîne réelle de propriété.
Réagir en ligne sans préserver la preuve. Le contenu disparaît et l’identification du vendeur devient plus difficile.
Laisser le distributeur gérer seul les atteintes. Les objectifs commerciaux et la stratégie juridique peuvent diverger.
Traiter dépôt, douanes et protection en ligne comme trois projets séparés. Les informations et preuves doivent circuler entre les équipes.
13. Cas pratique : lancement français d’une marque technologique étrangère
La situation suivante est un cas pédagogique composite. Elle ne décrit pas un client identifiable.
Une société technologique non établie dans l’Espace économique européen prépare un lancement français sous une marque déjà enregistrée dans son pays. Elle envisage une marque de l’Union européenne, car son plan commercial couvre à terme cinq États membres. Une recherche révèle toutefois une marque nationale proche en Allemagne, un nom de société français similaire et un distributeur qui a réservé plusieurs noms de domaine locaux.
L’équipe décide de distinguer les risques. Elle sécurise d’abord les contrats et le transfert des domaines, affine le libellé pour refléter les fonctions réelles du logiciel, analyse la coexistence avec le signe français et négocie une limitation avec le titulaire allemand. Le dépôt de l’Union européenne est effectué après cet accord, tandis qu’un dépôt français distinct protège une variante destinée uniquement au marché français. Un système de collecte des preuves d’usage est intégré au CRM et aux factures dès le lancement.
Cette méthode évite trois erreurs fréquentes : déposer trop tôt, confondre classes et proximité juridique, et attendre une opposition pour organiser la preuve. La valeur du conseil réside dans la coordination du lancement, pas dans la seule transmission d’un formulaire.
14. Pourquoi confier la stratégie française au cabinet Dreyfus
Dreyfus est un cabinet parisien de conseils en propriété industrielle fondé en 2004. Il intervient sur les marques françaises, de l’Union européenne et internationales, les oppositions, la nullité et la déchéance, les noms de domaine, la protection des marques en ligne, les douanes et les litiges. Son réseau international d’avocats spécialisés en propriété intellectuelle permet de coordonner les dossiers qui dépassent la France et l’Union européenne.
Une coordination locale, européenne et internationale sur l’ensemble du cycle de la marque.
Questions fréquentes des entreprises étrangères
Une société étrangère peut-elle être titulaire d’une marque française ?
Oui. Une personne morale étrangère peut déposer et détenir une marque française. Les conditions de représentation dépendent toutefois de son siège ou de son établissement. Une entreprise située hors de l’Union européenne et de l’Espace économique européen doit constituer un mandataire pour la procédure d’enregistrement devant l’INPI.
Faut-il utiliser la marque en France avant le dépôt ?
Non. Le dépôt français n’exige pas de spécimen d’usage. En revanche, l’usage antérieur peut révéler des risques, créer des preuves utiles ou porter atteinte à un tiers. Après l’enregistrement, une absence d’usage sérieux pendant cinq ans expose la marque à une déchéance.
Une marque de l’Union européenne suffit-elle pour la France ?
Oui, une marque de l’Union européenne produit ses effets en France. Elle peut être adaptée à une activité réellement européenne. Son caractère unitaire signifie aussi qu’un obstacle pertinent dans un État membre peut affecter la demande pour l’ensemble de l’Union. Le choix doit résulter d’une recherche et d’un scénario territorial.
Combien de temps prend l’enregistrement d’une marque française ?
Sans objection ni opposition, l’INPI indique un délai minimal d’environ cinq mois. La demande est normalement publiée dans les six semaines du dépôt, puis un délai d’opposition de deux mois s’ouvre. Une irrégularité, une objection, une opposition ou une suspension peut allonger la procédure.
Peut-on ajouter des produits ou services après le dépôt ?
Non. La liste peut être limitée, mais elle ne peut pas être élargie après le dépôt. Une nouvelle activité non couverte nécessite généralement une nouvelle demande. Il faut donc concilier précision, projet commercial réaliste et capacité future à prouver l’usage.
Que se passe-t-il si une opposition est déposée ?
Le demandeur doit analyser la recevabilité, les droits invoqués, la similitude, l’usage de la marque antérieure et les options de règlement. Selon le dossier, il peut contester, limiter sa demande, négocier un accord ou retirer certains produits et services. L’absence de réponse peut entraîner la perte de la demande pour tout ou partie du libellé visé.
Un distributeur français peut-il déposer la marque pour notre compte ?
Cette solution est généralement risquée. Le titulaire enregistré contrôle le titre et peut compliquer une rupture commerciale. Sauf justification particulière et garanties contractuelles très solides, la marque devrait être détenue par l’entité du groupe qui pilote réellement l’actif.
Comment préparer une action contre des contrefaçons importées ?
Il faut disposer d’un titre en vigueur, d’informations permettant d’identifier les produits authentiques et suspects, d’un contact réactif et d’une demande d’intervention douanière adaptée. Le protocole doit prévoir la qualification rapide des retenues, la procédure de destruction simplifiée et l’escalade judiciaire si nécessaire.
Quand solliciter un expert judiciaire en marques ?
Une consultation privée peut être utile en amont d’un litige pour structurer la preuve, comparer des signes, évaluer un portefeuille ou préparer un dossier technique. Elle ne constitue pas une expertise ordonnée par une juridiction. Le rôle, l’indépendance et la mission doivent être définis clairement avec l’avocat et le client.
Le cabinet Dreyfus et Associés est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.
La nouvelle loi chinoise sur les marques, adoptée en juin 2026 et appelée à entrer en vigueur le 1er janvier 2027, comporte 87 articles. Elle entend notamment lutter contre l’accaparement de marques, les dépôts frauduleux, les pratiques excessives de certains titulaires et les dysfonctionnements des agences de marques.
La réforme ne se limite pas à sanctionner les fraudeurs. Elle impose aux entreprises de démontrer davantage de cohérence entre leur portefeuille, leur activité réelle et leurs besoins commerciaux.
Un contrôle accru des demandes de marques
Les autorités chinoises entendent distinguer plus nettement les dépôts répondant à une logique économique légitime des stratégies d’accumulation spéculative. La mauvaise foi peut notamment résulter d’un nombre anormalement élevé de demandes, de l’imitation répétée de marques appartenant à des tiers, de l’appropriation de ressources publiques ou de la violation consciente de droits antérieurs.
Une entreprise ne devrait donc plus déposer des listes extensives de signes et de produits sans pouvoir justifier leur utilité. Nous recommandons de documenter, dès le dépôt :
le projet d’exploitation en Chine ;
la relation entre les produits désignés et l’activité envisagée ;
les relations éventuelles avec des distributeurs, partenaires ou fabricants locaux.
Une responsabilité renforcée des agences et des titulaires
La jurisprudence récente démontre qu’un titulaire ne peut déléguer son programme d’enforcement sans contrôle. Dans une affaire examinée par la juridiction spécialisée de Shanghai, le titulaire ayant remis des autorisations en blanc à une agence engagée dans des actions judiciaires répétitives et lucratives a été considéré comme conjointement responsable des abus commis.
Il s’agirait donc de définir les infractions visées, les mesures autorisées, les règles de validation des procédures et les modalités de suivi. La protection d’une marque ne saurait justifier une politique contentieuse automatisée ou disproportionnée.
Appréciation plus exigeante de la validité d’une marque par les tribunaux
La jurisprudence chinoise adopte une approche plus exigeante, mais également plus factuelle, des motifs absolus de refus.
D’une part, les marques trompeuses doivent présenter un risque objectivement démontré. L’article 10 de la loi chinoise interdit notamment les signes susceptibles de tromper le public sur la qualité, l’origine ou les caractéristiques des produits. Toutefois, une simple association d’idées ne suffit pas toujours.
La marque « MAMBA FOREVER », déposée pour des logiciels de jeux, a ainsi été admise. Son association avec Kobe Bryant ne décrivait pas les caractéristiques intrinsèques des produits et ne démontrait aucun risque concret de tromperie. De même, des termes promotionnels figurant dans une marque de couches pour bébés n’ont pas été considérés comme trompeurs lorsqu’ils correspondaient aux attentes ordinaires des consommateurs.
À l’inverse, une marque réunissant l’année « 1837 », des références à des crus prestigieux et l’expression « THE FINEST TEAS OF THE WORLD » a été refusée. Son utilisation a par la suite donné lieu à une amende administrative de 400 000 RMB, démontrant qu’un motif absolu peut affecter non seulement l’enregistrement, mais également l’usage du signe.
D’autre part, la perception contemporaine du public devient déterminante. Un signe initialement neutre peut acquérir une connotation illicite. Le terme chinois BIQUGE, devenu dans le secteur de la littérature en ligne une référence générique à certaines plateformes diffusant des contenus piratés, a été invalidé en raison de son incidence défavorable sur l’ordre public et la protection du droit d’auteur.
Il convient par conséquent d’examiner les significations sectorielles, les usages sur les réseaux sociaux, les mots codés employés sur les plateformes et les éventuelles connotations apparues après le dépôt.
Sanction de la mauvaise foi et de l’usurpation de marque
La lutte contre l’usurpation de marque en Chine demeure une priorité, mais les juridictions cherchent désormais à éviter que cette politique ne pénalise les titulaires de bonne foi.
La connaissance d’une marque acquise dans le cadre d’une relation avec un distributeur peut caractériser la mauvaise foi. Une exploitation commerciale ultérieure, même prolongée, ne régularise pas nécessairement un dépôt frauduleux. En revanche, lorsqu’une marque initialement déposée de mauvaise foi est ensuite rachetée par son véritable propriétaire, certaines décisions refusent de faire supporter à celui-ci les conséquences de la fraude originelle.
Une décision particulièrement significative a ordonné au déposant frauduleux de retirer ses demandes pendantes et de faire radier ses enregistrements. Cette injonction civile pourrait réduire la dépendance des titulaires envers une succession de procédures administratives d’opposition, d’invalidation et de recours.
Les produits virtuels peuvent être rapprochés des produits physiques. Dans l’affaire G. Patton, l’utilisation d’une marque automobile sur des habillages de véhicules dans un jeu vidéo a été confrontée aux droits couvrant des véhicules réels. Le tribunal a retenu qu’une différence de nature physique ne suffisait pas à exclure toute similarité lorsque les produits demeuraient économiquement corrélés et susceptibles d’être attribués à la même entreprise.
Les entreprises actives dans la mode, l’automobile, le sport ou le divertissement devraient donc intégrer à leur stratégie les contenus numériques, jeux vidéo, avatars, objets virtuels et environnements immersifs.
La classification ne l’emporte pas sur la réalité du marché. Dans l’affaire Jinwei, une boisson alcoolisée a été jugée susceptible de créer un risque de confusion avec une marque connue pour des boissons non alcoolisées. Les juges ont analysé les emballages, les circuits de distribution et les consommateurs concernés plutôt que de s’arrêter aux classes d’enregistrement.Cette approche confirme qu’une veille limitée aux produits strictement identiques est insuffisante.
L’upcycling peut constituer une contrefaçon. La transformation de sacs de seconde main portant les monogrammes d’une maison de luxe en nouveaux articles n’a pas bénéficié de l’épuisement des droits. Lorsque le produit est substantiellement modifié et que la marque devient l’argument commercial central, l’opération peut constituer une contrefaçon, en particulier en l’absence d’avertissement clair sur l’absence de lien avec le titulaire.
Les recours à privilégier en Chine
Une stratégie efficace associe désormais plusieurs fondements :
la loi sur les marques pour les signes identiques ou similaires ;
la concurrence déloyale pour les imitations de présentation, les noms commerciaux et les comportements parasitaires ;
Les juridictions se montrent plus réceptives aux dommages-intérêts punitifs, notamment en présence d’une récidive, d’un refus de cesser les actes ou d’une activité de grande ampleur.
La Chine a également renforcé la protection pénale des marques de services, à la suite de l’interprétation judiciaire publiée en 2025 par la Cour populaire suprême et le Parquet populaire suprême.
Conclusion
L’actualité du droit des marques en Chine confirme quatre orientations, l’encadrement plus strict des dépôts, l’appréciation concrète du marché, la diversification des recours et des sanctions plus dissuasives. Un audit régulier du portefeuille chinois doit ainsi couvrir les marques enregistrées, les demandes en cours, les traductions chinoises, les actifs numériques, les partenaires locaux et les preuves d’usage.
Le cabinet Dreyfus accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.
Faut-il déposer une version chinoise de la marque ?
Cette démarche est vivement recommandée lorsque le public, les distributeurs ou les médias utilisent une translittération ou une traduction chinoise. À défaut, un tiers pourrait s’approprier la dénomination employée localement.
Comment faire annuler une marque déposée de mauvaise foi ?
Le titulaire peut envisager une opposition, une invalidation, une action fondée sur les droits antérieurs ou, selon les circonstances, une action civile en concurrence déloyale. La preuve des relations antérieures et de la connaissance de la marque est déterminante.
Une marque enregistrée peut-elle être annulée si elle n’est pas utilisée ?
Oui. Une marque peut faire l’objet d’une demande de déchéance lorsqu’elle n’a pas été utilisée pendant trois années consécutives sans motif légitime. Le titulaire doit alors être en mesure de produire des preuves d’usage datées, localisées et directement rattachées aux produits ou services couverts.
Quels documents faut-il conserver pour prouver l’usage d’une marque en Chine ?
Il est recommandé de conserver les factures, contrats de distribution, documents douaniers, catalogues, publicités, captures de plateformes de vente et photographies d’emballages. Ces éléments doivent faire apparaître la marque, les produits concernés, les dates d’exploitation et, autant que possible, le territoire chinois.
Une entreprise peut-elle agir contre l’utilisation de sa marque dans un nom commercial chinois ?
Oui. L’intégration d’une marque antérieure dans une dénomination sociale ou un nom commercial peut être contestée lorsqu’elle crée un risque de confusion ou révèle une volonté de tirer profit de la réputation du titulaire. Une action fondée sur la concurrence déloyale peut compléter les recours fondés sur le droit des marques.
Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.
Les marques ne se limitent plus aujourd’hui à un nom ou à un logo. Les entreprises cherchent désormais à protéger des éléments plus innovants de leur identité, tels qu’un son, une couleur, une animation ou encore une forme. Ces signes, appelés marques non traditionnelles, occupent une place croissante dans les stratégies de branding, notamment dans les secteurs du luxe, des technologies et du numérique.
Si le droit français admet désormais ce type de protection, leur enregistrement reste soumis à des conditions strictes, principalement en matière de distinctivité. Les récentes jurisprudences françaises et européennes montrent ainsi que la protection de ces marques nécessite une stratégie juridique particulièrement rigoureuse.
Pourquoi les marques non traditionnelles sont devenues stratégiques ?
La protection des marques ne se limite plus aujourd’hui à un nom ou à un logo. Dans les secteurs du luxe, de la mode, des cosmétiques, du numérique ou du divertissement, les entreprises cherchent désormais à protéger des éléments sensoriels ou visuels capables d’identifier immédiatement leurs produits ou services : un jingle, une couleur, une animation, une forme de packaging, un motif ou encore une séquence audiovisuelle.
Le cadre juridique français applicable
Cette évolution a conduit le droit français à reconnaître progressivement les marques non traditionnelles, notamment depuis la réforme issue de la Directive (UE) 2015/2436, transposée par la loi PACTE du 22 mai 2019. Désormais, l’article L.711-1 du Code de la propriété intellectuelle n’exige plus une représentation graphique du signe : il suffit que celui-ci puisse être représenté dans le registre de manière claire et précise. Cette réforme a notamment rendu possible l’enregistrement des marques sonores, de mouvement, multimédias ou encore d’hologrammes grâce à la possibilité d’enregistrement de nouveaux formats.
Toutefois, cette ouverture ne signifie pas que tout signe original devient automatiquement protégeable. Les juridictions françaises et européennes restent particulièrement exigeantes concernant le caractère distinctif de ces marques.
Le droit français adopte une définition très large de la marque. L’article L.711-1 CPI permet de protéger tout signe capable de distinguer les produits ou services d’une entreprise de ceux de ses concurrents.
Les principales catégories de marques non traditionnelles:
La difficulté principale réside toutefois dans la perception du public. Contrairement à une marque verbale classique, le consommateur ne perçoit pas spontanément une couleur, une forme ou un son comme une indication d’origine commerciale.
Les offices et tribunaux appliquent donc un contrôle particulièrement strict afin d’éviter qu’un acteur économique monopolise des éléments nécessaires à la concurrence ou simplement décoratifs.
Les marques sonores: une protection admise mais rigoureuse
Les marques sonores connaissent un essor important avec le développement des plateformes numériques, des assistants vocaux et des applications mobiles. Une identité sonore forte peut aujourd’hui être aussi identifiable qu’un logo.
Le dépôt s’effectue généralement sous forme de fichier MP3. Toutefois, tous les sons ne sont pas protégeables. En effet, un son ou une séquence sonore trop courte, banale ou fonctionnelle ne pourra pas être enregistré comme une marque.
Ce fut le cas dans l’affaire Ardagh Metal Beveragedu 7 juillet 2021 concernant le dépôt d’une combinaison de sons à l’ouverture d’une canette de boisson gazeuse (Tribunal de l’Union européenne, 7 juillet 2021, aff. T-668/19). Dans cette affaire, le Tribunal a refusé l’enregistrement d’un son composé de l’ouverture d’une canette suivie d’un pétillement. Les juges considèrent que le consommateur perçoit ce bruit comme un son fonctionnel lié au produit lui-même, et non comme une marque.
Cette décision rappelle une règle fondamentale : un son doit être perçu comme un indicateur d’origine commerciale et non comme un simple élément technique ou usuel.
À l’inverse, des jingles originaux ou des signatures sonores exploitées de manière constante peuvent bénéficier d’une protection efficace.
Les marques de couleur: une protection particulièrement encadrée
Les marques de couleur figurent parmi les catégories les plus difficiles à protéger. Les juridictions considèrent en effet que les couleurs doivent rester disponibles pour les concurrents.
Le contentieux relatif au dépôt par Christian Louboutin d’une marque semi-figurative représentent une semelle de chaussure rouge constitue l’exemple le plus emblématique.
Dans un premier temps, la Cour d’appel de Paris puis la Cour de cassation (Cass. com., 30 mai 2012, n°11-20.724) avaient annulé la marque au motif que sa représentation manque de précision. Après un nouveau dépôt avec un code Pantone précis et une délimitation claire du positionnement de la couleur sur la chaussure, les juridictions ont reconnu finalement la validité de la marque.
Cette affaire montre qu’une couleur peut être protégée lorsqu’elle est :
précisément définie ;
appliquée de façon constante ;
identifiée par le public comme une signature commerciale.
La jurisprudence rappelle également qu’une couleur peut perdre son caractère distinctif. Dans l’affaire du « Pink Pantone 212 » (Cass. com., 10 juillet 2007, n°06-15.593), la Cour de cassation prononce la déchéance de la marque en considérant que cette couleur était devenue banale dans le secteur laitier.
Les marques tridimensionnelles: la difficulté de protéger une forme
Les marques tridimensionnelles protègent la forme d’un produit ou de son emballage. Elles concernent fréquemment les flacons de parfum, les bouteilles, les contenants cosmétiques ou certains packagings alimentaires.
Toutefois, les juridictions considèrent généralement que le consommateur perçoit une forme comme celle du produit lui-même et non comme une marque. La forme doit donc s’écarter significativement des usages du secteur.
L’affaire Guerlain illustre parfaitement cette exigence. Dans son arrêt du 14 juillet 2021 (TUE, aff. T-488/20), le Tribunal de l’Union européenne valide la protection du célèbre rouge à lèvres Guerlain en raison de sa forme particulièrement inhabituelle et immédiatement mémorisable.
À l’inverse, les formes imposées par une fonction technique demeurent exclues de la protection en vertu de l’article L.711-2 CPI. Même une forte notoriété ne permet pas de contourner cette interdiction.
Les marques de position, de motif et multimédias
Les marques de position protègent l’emplacement spécifique d’un signe sur un produit. Elles sont particulièrement utilisées dans les secteurs du luxe et de la mode.
L’affaire Louboutin précédemment mentionnée démontre que la validité d’une telle marque dépend largement de la précision du dépôt et de la constance de l’exploitation commerciale.
Les marques de motif soulèvent des problématiques similaires. Les juridictions cherchent à déterminer si le motif est perçu comme une véritable signature commerciale ou comme une simple décoration.
Dans l’arrêt relatif au dépôt d’une marque sur le tartan Burberry (CA Paris, 26 octobre 2011, n°09/24801), la Cour reconnaît la distinctivité du motif en raison de son agencement géométrique spécifique. Toutefois, elle limite strictement l’étendue du monopole afin d’éviter une appropriation excessive des motifs à carreaux.
Les marques multimédias et de mouvement connaissent quant à elles une croissance importante avec le développement des interfaces numériques, des plateformes de streaming et des contenus audiovisuels. Ces signes peuvent désormais être protégés à condition que l’animation ou la séquence audiovisuelle soit perçue comme un indicateur d’origine commerciale.
Les difficultés de protection et de contentieux des marques non-traditionnelles
Malgré les évolutions récentes du droit européen, les marques olfactives demeurent pratiquement impossibles à enregistrer.
Dans l’arrêt Sieckmann (CJUE, 12 décembre 2002, C-273/00), la Cour de justice considère qu’une odeur ne peut être représentée de manière suffisamment claire et précise ni par une formule chimique, ni par une description écrite, ni par un échantillon physique.
Cette position est confirmée dans l’affaire de « l’odeur de fraise mûre » (Tribunal de l’UE, 27 octobre 2005, aff. T-305/04), les juges estimant qu’une perception olfactive reste fondamentalement subjective.
En pratique, les entreprises privilégient donc d’autres mécanismes de protection tels que :
La protection des marques non traditionnelles suppose une approche globale mêlant propriété intellectuelle, stratégie marketing et anticipation contentieuse.
Avant tout dépôt, il est indispensable de procéder à des recherches approfondies dans les bases de l’INPI, de l’EUIPO et de l’OMPI afin d’identifier les éventuels droits antérieurs.
L’entreprise doit également préparer très tôt les preuves de distinctivité acquise :
Investissements publicitaires ;
Campagnes marketing ;
Études consommateurs ;
Sondages ;
Chiffres de vente ;
Preuves d’usage intensif.
En pratique, une stratégie efficace repose rarement sur une seule marque. Les entreprises combinent généralement plusieurs outils complémentaires : marques verbales, dessins et modèles, droit d’auteur, concurrence déloyale et parasitisme.
Conclusion
La protection des marques non traditionnelles en France constitue aujourd’hui un levier stratégique majeur pour les entreprises souhaitant renforcer leur identité de marque. Toutefois, la jurisprudence française et européenne démontre que ces signes restent soumis à un contrôle particulièrement strict, notamment en matière de distinctivité.
Les affaires Louboutin, Guerlain ou encore Burberry montrent que les juridictions recherchent systématiquement un équilibre entre protection de l’innovation marketing et préservation de la liberté concurrentielle.
Une stratégie efficace suppose donc une approche rigoureuse intégrant précision du dépôt, cohérence de l’exploitation, preuve de distinctivité et articulation avec les autres droits de propriété intellectuelle.
Le cabinet Dreyfus accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.
Le rachat ou la cession d’une marque non traditionnelle est-il soumis à des règles particulières ?
La cession d’une marque non traditionnelle (couleur, forme, son) doit s’accompagner d’un maintien rigoureux des conditions d’exploitation ayant permis sa distinctivité ; un changement substantiel d’usage par le nouveau titulaire peut fragiliser la validité du signe, voire exposer la marque à une action en déchéance.
Combien de temps dure la procédure d’enregistrement d’une marque non traditionnelle ?
Elle est généralement plus longue qu’un dépôt classique, l’examen de la distinctivité étant plus approfondi ; il faut souvent compter plusieurs mois, voire plus d’un an en cas d’objections de l’office ou de procédure d’opposition.
Quel est le coût d’un dépôt de marque traditionnelle en France ?
Le coût varie selon le type de signe et la complexité du dossier (constitution des preuves de distinctivité, honoraires de conseil), mais reste globalement comparable aux dépôts de marques classiques, avec des frais d’examen potentiellement plus élevés en cas de contestation.
Une marque non traditionnelle peut-elle perdre sa protection après son enregistrement ?
Oui, comme toute marque, elle peut faire l’objet d’une action en déchéance, notamment pour défaut d’exploitation pendant cinq ans ou pour dégénérescence (lorsque le signe devient l’appellation usuelle du produit).
Une entreprise peut-elle s’opposer à l’enregistrement d’une marque non traditionnelle jugée trop proche de la sienne ?
Oui, toute entreprise titulaire d’un droit antérieur peut former une opposition si elle estime que le signe déposé porte atteinte à ses droits.
Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.
Le droit des marques de l’Union européenne entre dans une phase exigeante. Avec l’entrée en vigueur, le 1er juillet 2026, de la nouvelle édition des Directives de l’EUIPO relatives aux marques, les entreprises doivent revoir leur manière de déposer, rédiger et défendre leurs marques de l’Union européenne. Les Directives ne constituent pas un texte législatif, mais elles sont le principal référentiel pratique de l’Office pour les déposants, les examinateurs et les conseils.
La nouvelle édition des Directives de l’EUIPO modifie la manière dont une entreprise doit concevoir sa stratégie de marque dans l’Union européenne.
IA, biens virtuels et Web3 : la fin des libellés trop généraux
L’EUIPO confirme que les biens virtuels doivent être désignés avec clarté et précision. Le terme « virtual goods » ou « biens virtuels » pris isolément n’est pas suffisamment précis, sauf si le type de biens virtuels est précisé, par exemple des vêtements virtuels.
Cette exigence est centrale pour les entreprises actives dans l’intelligence artificielle, les logiciels SaaS, la blockchain, les actifs numériques, les jeux vidéo, les plateformes immersives et le Web3. Un libellé tel que « logiciels d’intelligence artificielle » peut paraître souple commercialement, mais il est juridiquement insuffisant s’il ne décrit pas la fonction du logiciel. Il sera préférable d’être précis et de viser, par exemple, des « logiciels fondés sur l’intelligence artificielle pour l’analyse d’images médicales », des « cosmétiques virtuels téléchargeables pour environnements virtuels » ou des « logiciels d’authentification d’actifs numériques au moyen de la blockchain ».
L’EUIPO précise également que les biens virtuels relèvent, en principe, du contenu numérique et sont classés en classe 9, et non dans la classe correspondant au produit physique équivalent. L’Office reconnaît toutefois que les biens ou services physiques et leurs équivalents virtuels peuvent être perçus de manière proche dans certains cas, l’analyse demeurant concrète et circonstanciée.
Slogans publicitaires : une distinctivité à démontrer
Les slogans peuvent être enregistrés comme marques de l’Union européenne. Toutefois, ils doivent être perçus comme une indication d’origine commerciale, et non comme un simple message promotionnel. Les Directives de l’EUIPO rappellent que les slogans ne doivent pas être soumis à des critères plus stricts que les autres signes, conformément à la jurisprudence de la Cour de justice.
En pratique, un slogan composé de termes courants, laudatifs ou immédiatement compréhensibles comme une promesse commerciale restera fragile. La nouvelle pratique commune CP17 sur la distinctivité des slogans, adoptée en novembre 2025, participe à l’harmonisation européenne de l’appréciation de ces signes.
Une entreprise souhaitant protéger un slogan devra donc s’interroger sur sa capacité réelle à identifier une origine commerciale. Un slogan banalement incitatif sera plus exposé au refus. À l’inverse, une formule présentant une construction inhabituelle, une tension conceptuelle, une originalité linguistique ou un rattachement fort à un univers de marque bénéficiera d’une meilleure position.
Indications géographiques : un nouveau risque pour les marques
L’une des évolutions les plus importantes concerne les indications géographiques. Le règlement (UE) 2023/2411 a instauré une protection européenne des indications géographiques pour les produits artisanaux et industriels. Depuis le 1er décembre 2025, les producteurs situés dans l’Union européenne ou hors de l’Union peuvent demander l’enregistrement de telles indications géographiques.
Ce changement est considérable. La protection des indications géographiques n’est plus limitée, dans l’esprit des opérateurs économiques, aux vins, spiritueux, produits agricoles ou denrées alimentaires. Elle concerne désormais des secteurs tels que la joaillerie, le textile, le verre, la porcelaine ou encore le mobilier.
Pour les déposants de marques, le risque est clair : un signe peut être contesté non seulement en raison d’une marque antérieure, mais aussi parce qu’il entre en conflit avec une indication géographique protégée ou parce qu’il évoque indûment une origine géographique protégée. Les Directives de l’EUIPO consacrent des développements spécifiques aux conflits entre marques et indications géographiques, notamment au titre des articles 7(1)(j) et 8(6) du règlement sur la marque de l’Union européenne.
Opposition, preuve d’usage et mauvaise foi : des procédures plus structurées
Les évolutions 2026 ont également une incidence sur les litiges. En opposition, la preuve d’usage demeure un outil stratégique majeur. La pratique de l’EUIPO rappelle que la preuve d’usage peut être demandée par le déposant et qu’elle constitue un moyen de défense dans la procédure d’opposition.
Cette règle impose une véritable stratégie procédurale. La première réponse à une opposition ne doit pas être rédigée mécaniquement. Elle doit permettre d’évaluer si l’opposant peut réellement démontrer l’usage sérieux de sa marque antérieure, pour les produits et services pertinents, sur le territoire concerné et pendant la période applicable.
La mauvaise foi constitue un autre terrain d’attention. Les Directives confirment qu’elle est examinée dans le cadre des procédures en nullité, sur le fondement de l’article 59(1)(b) du règlement sur la marque de l’Union européenne, afin de sanctionner les dépôts abusifs contraires aux pratiques honnêtes en matière commerciale.
Sont particulièrement sensibles les dépôts défensifs excessifs, les dépôts répétés destinés à contourner l’exigence d’usage sérieux, les dépôts parasitaires, les dépôts de blocage ou les stratégies de captation d’un signe appartenant à l’univers économique d’un tiers.
Chambres de recours de l’EUIPO : des règles de procédure actualisées
Les règles de procédure révisées des chambres de recours de l’EUIPO ne modifient pas les conditions substantielles de protection des marques, mais elles ont une incidence pratique sur la conduite des recours, notamment en matière de délais, de suspensions, de médiation et de frais.
Selon les règles révisées applicables aux chambres de recours de l’EUIPO, si tous les droits antérieurs sur lesquels une opposition ou une demande en nullité est fondée ont cessé d’exister, l’opposition ou la demande en nullité peut être rejetée comme non fondée, avec des conséquences sur les frais.
Les règles révisées alignent notamment la pratique des chambres de recours sur celle de l’EUIPO en première instance pour les demandes conjointes de prolongation et de suspension. Les demandes conjointes de prolongation peuvent désormais être accordées pour une durée supérieure à six mois. La première suspension conjointe est accordée par défaut pour six mois, tandis que les demandes ultérieures sont accordées pour 18 mois, ou pour la période restante dans la limite maximale de deux ans par instance, avec une possibilité de retrait unilatéral.
En pratique, ces changements renforcent l’importance d’une gestion rigoureuse des délais en appel. Lorsqu’un délai est interrompu en raison d’une médiation, il continue à courir lorsque la procédure reprend, sans recommencer depuis le début. Les parties devront également formaliser clairement leurs accords sur les coûts, car une simple déclaration unilatérale non prouvée ne suffira plus à empêcher la chambre de recours de statuer d’office sur les frais.
Par ailleurs, une série de modifications encadre également les recours relatifs aux indications géographiques protégeant les produits artisanaux et industriels, notamment sur les aspects procéduraux, linguistiques et de représentation.
Ce que les entreprises doivent faire
Les entreprises doivent adapter leur stratégie de marque de l’Union européenne autour de plusieurs réflexes :
Rédiger des libellés précis, en particulier pour l’IA, les logiciels, les actifs numériques et les environnements virtuels.
Élargir les recherches d’antériorités aux marques, noms commerciaux, noms de domaine et indications géographiques.
Préparer la preuve, notamment les captures datées, factures, supports publicitaires, chiffres de vente et éléments de perception du public.
Auditer les slogans, afin d’évaluer leur capacité à fonctionner comme marques.
Revoir les portefeuilles existants, notamment les marques trop larges, anciennes ou insuffisamment exploitées.
Anticiper les oppositions, en évaluant l’usage réel des droits antérieurs invoqués.
Conclusion : le droit des marques de l’UE récompense désormais l’anticipation
La principale nouveauté en matière de droit des marques de l’Union européenne tient au passage d’une logique de dépôt large à une logique de dépôt précis, documenté et cohérent. Les entreprises ne doivent plus seulement vérifier si un signe est disponible ; elles doivent s’assurer que leur stratégie de dépôt résistera à l’examen, à l’opposition et à l’exploitation future.
Le cabinet Dreyfus accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.
Quel est le risque de déposer une marque pour des activités numériques en utilisantuniquement des libellés traditionnels ?
Une entreprise qui protège uniquement des produits ou services traditionnels peut constater que son enregistrement ne couvre pas clairement les nouveaux usages numériques. Cela est particulièrement pertinent pour les biens virtuels, les environnements en ligne, les services liés à la blockchain et les outils fondés sur l’intelligence artificielle.
Une stratégie de marque peut-elle désormais nécessiter une protection à la fois physique et virtuelle ?
Oui. Dans certains secteurs, notamment la mode, les cosmétiques, le luxe, le divertissement et la vente au détail, il peut être utile de protéger à la fois les produits physiques et leurs équivalents numériques. Toutefois, le libellé doit être soigneusement adapté à chaque catégorie.
Pourquoi faut-il vérifier les indications géographiques avant de déposer une marque ?
Parce qu’un signe peut être refusé ou contesté s’il entre en conflit avec une indication géographique protégée. Ce risque est désormais plus large, car la protection européenne s’étend à certains produits artisanaux et industriels, et non plus seulement aux produits alimentaires, vins ou produits agricoles.
Pourquoi les nouvelles règles relatives à la suspension et à la médiation sont-elles importantes ?
Elles ont une incidence sur le calendrier des procédures de recours. Les parties doivent être vigilantes lorsqu’elles demandent une suspension ou entrent en médiation, car les délais restants ne recommencent pas à courir lorsque la procédure reprend. La gestion des délais devient donc particulièrement importante.
Pourquoi faut-il être particulièrement attentif à la comparaison entre produits physiques et biens virtuels ?
Parce que les biens virtuels ne sont pas automatiquement considérés comme similaires à leurs équivalents physiques. L’analyse dépendra notamment du secteur concerné, des habitudes du marché et de la perception du public.
Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.
Dans une opération de fusion-acquisition, la valeur d’une entreprise repose de plus en plus sur ses actifs immatériels. Or, les marques, qui concentrent à la fois identité commerciale, notoriété et parts de marché, sont souvent les actifs les plus mal documentés du dossier de cession. Portefeuilles fragmentés entre entités historiques, enregistrements périmés, chaînes de titre incomplètes, conflits latents non divulgués : les écueils sont nombreux et peuvent, au mieux, peser sur la valorisation, au pire, bloquer l’opération ou entraîner des contentieux post-closing coûteux.
Le cabinet Dreyfus & Associés intervient régulièrement en due diligence de propriété intellectuelle lors d’opérations de M&A, de levées de fonds et de carve-outs. Cet article synthétise les points de vigilance essentiels et les meilleures pratiques pour que les marques deviennent un levier de la transaction, et non un obstacle.
1. La marque : un actif stratégique sous-estimé dans les transactions
Au-delà du logo : ce que représente réellement une marque dans une M&A
Une marque n’est pas un simple élément graphique. Elle est le fondement juridique qui rend la valeur de marque transmissible, opposable aux tiers et défendable devant les tribunaux. Dans le contexte d’une transaction, la marque remplit trois fonctions simultanées : elle sécurise l’accès aux marchés (le titulaire enregistré peut faire valoir ses droits), elle ancre la valorisation financière (les méthodes de redevances et de surprofits s’appliquent à des droits enregistrés), et elle conditionne la continuité opérationnelle après le closing, notamment pour l’accès aux plateformes de commerce en ligne.
Un portefeuille de marques solide et correctement structuré peut transformer un investissement classique en un actif à fort potentiel stratégique. A contrario, l’absence de protection ou des conflits non révélés peuvent entraîner une révision significative du prix d’acquisition, voire l’abandon de l’opération. La marque agit alors comme un filtre d’analyse essentiel lors des due diligences en propriété intellectuelle.
Les portefeuilles reflètent l’histoire, et ses imperfections
Même les marques les plus connues accumulent, au fil du temps, des incohérences administratives. Des années de renouvellements, de cessions d’entités, de restructurations et de pratiques locales hétérogènes créent des écarts entre ce que les équipes internes croient posséder et ce qui figure réellement sur les registres officiels. Les problèmes les plus courants sont :
des enregistrements au nom d’entités dissoutes ou absorbées, sans cession formalisée
des adresses ou dénominations obsolètes sur les registres nationaux
des marques apparemment actives sur les listes internes mais en réalité expirées
des dépôts réalisés par des équipes précédentes ne correspondant plus à la structure actuelle
des chaînes de titre incomplètes, rendant l’opposabilité de certains droits incertaine à l’égard des tiers
Ces anomalies ralentissent la due diligence, compliquent l’exécution des formalités d’inscription et peuvent bloquer l’accès aux places de marché en ligne, qui exigent des certificats à jour concordant avec le titulaire légal actuel.
2. Due diligence marques : ce qu’il faut vraiment vérifier
Vérifier les registres officiels, pas seulement la data room
La pratique courante consiste à s’appuyer sur les annexes de marques fournies par le vendeur. C’est insuffisant. Une due diligence rigoureuse en propriété intellectuelle exige une vérification directe sur les registres officiels (INPI, EUIPO, OMPI, USPTO et les offices nationaux des marchés prioritaires) pour croiser les données et déceler les écarts.
Les dix points de contrôle à couvrir systématiquement :
Exhaustivité du portefeuille, couvrant marques verbales, figuratives, translittérations et dépôts spécifiques par produit ou marché. Voir : Recherches d’antériorité de marques
Titularité, vérification dans chaque juridiction que l’entité correcte est inscrite, identification des entités historiques ou dissoutes. Voir : Cessation d’entreprise et droits de PI
Statut des enregistrements, vérification que chaque enregistrement est actif et non vulnérable à une action en déchéance pour non-usage, susceptible d’être engagée après cinq ans d’absence d’usage sérieux à compter de l’enregistrement. Voir : Expert judiciaire PI et sécurisation des actifs
Renouvellements, dates d’échéance, statut des paiements et délais imminents à surveiller
Oppositions et litiges en cours, recensement des procédures d’opposition, actions en nullité et contentieux pendants
Couverture géographique, couverture dans les marchés prioritaires actuels et dans ceux visés par l’expansion
Accords de coexistence et licences, analyse des restrictions, limites territoriales et obligations contractuelles susceptibles de contraindre la stratégie post-closing
Aligner la due diligence sur le plan d’affaires, pas sur l’inventaire fourni
La question centrale n’est pas « quelles marques existent ? » mais « ces marques permettent-elles d’exécuter le plan d’affaires prévu ? ». Un marché cible non couvert, une extension de gamme bloquée par un accord de coexistence, ou une marque exposée au risque de déchéance : chacun de ces éléments peut modifier substantiellement la stratégie et la valorisation.
L’analyse doit intégrer : les marchés d’expansion prévus, les catégories de produits visées post-closing, les plans de rebranding éventuels, et les contraintes numériques liées aux plateformes de distribution.
3. Le calendrier : deux horloges qui ne se synchronisent pas seules
Closing légal ≠ opérationnalité commerciale
Les équipes juridiques optimisent le signing et le closing. Les équipes commerciales optimisent le lancement. Ces deux temporalités ne se synchronisent pas naturellement : le travail sur les marques se situe précisément à l’intersection.
Un portefeuille peut être juridiquement transféré mais opérationnellement inutilisable si la cession n’est pas encore inscrite sur les registres, les limites des accords de coexistence ne sont pas cartographiées, ou si des marchés clés ne disposent pas de droits opposables. Il est courant que les équipes M&A demandent un « contrôle rapide des marques » en fin de processus. Ce qui requiert normalement plusieurs semaines d’analyse rigoureuse se retrouve alors compressé en quelques heures, multipliant les risques de passer à côté d’enjeux matériels.
Les inscriptions (recordals) : anticiper pour exécuter rapidement
Une fois la transaction conclue, les formalités d’inscription des cessions sur les registres nationaux démarrent, et certaines sont chronophages. Des juridictions exigent la légalisation ou l’apostille des actes ; d’autres imposent des cessions successives lorsque plusieurs entités intermédiaires sont impliquées dans la chaîne de titre. Chaque étape doit être séquencée en fonction de l’urgence commerciale.
Bonnes pratiques :
identifier en amont les juridictions prioritaires selon le calendrier de lancement commercial
combiner les inscriptions (cession + changement d’adresse en une seule demande) pour réduire les coûts et les délais
budgéter les chaînes multi-étapes dans les portefeuilles comportant plusieurs entités historiques
alerter les équipes cross-fonctionnelles sur les dépendances avant que les délais ne soient fixés
4. Gouvernance post-closing : transformer un actif fragmenté en portefeuille opérationnel
Une opération M&A est aussi une opportunité de remettre à plat la gouvernance de la propriété intellectuelle. Les marques sont des actifs transversaux : elles concernent le juridique, le marketing, la R&D, l’e-commerce et le contrôle de gestion.
Les axes à structurer après le closing :
établir une politique PI claire définissant les règles de dépôt, d’usage et d’approbation des marques
centraliser la gestion du portefeuille dans un outil unique, avec alertes de renouvellement et suivi des litiges
former les équipes commerciales, marketing et e-commerce aux règles d’usage et aux risques de contrefaçon
mettre en place une surveillance continue pour détecter rapidement les atteintes post-acquisition
aligner les actifs numériques (noms de domaine, comptes plateformes, réseaux sociaux) sur le nouveau titulaire légal
Conclusion : les marques sur le chemin critique, pas en queue de peloton
Dans toute opération de M&A, les droits de marque méritent d’être traités comme des actifs stratégiques à part entière, et non comme une formalité administrative de fin de processus. Les risques sont réels : délais, surcoûts, blocages de marchés, contentieux post-closing. Les opportunités aussi : un portefeuille correctement audité et restructuré renforce la valorisation, sécurise le closing et accélère le lancement opérationnel.
Le cabinet Dreyfus & Associés accompagne les directions juridiques, les fonds d’investissement et les équipes M&A dans la conduite de due diligences PI approfondies, la structuration des cessions, la gestion des formalités d’inscription et la mise en place d’une gouvernance PI post-closing. Avec un réseau de plus de 500 cabinets partenaires dans plus de 50 pays, nous offrons une couverture internationale adaptée à la dimension des transactions.
Questions fréquentes
Pourquoi les marques sont-elles souvent négligées dans les due diligences ?
Parce qu’elles sont perçues comme des actifs « accessoires » par rapport aux actifs financiers ou opérationnels. En réalité, une marque mal documentée (chaîne de titre incomplète, enregistrement périmé, litige non divulgué) peut bloquer un closing, générer des surcoûts importants ou restreindre la liberté d’exploitation post-acquisition.
Qu’est-ce qu’une chaîne de titre en matière de marques ?
La chaîne de titre (ou chain of title) retrace l’ensemble des transferts successifs d’une marque depuis son dépôt initial jusqu’au titulaire actuel. Chaque cession doit avoir été formalisée et inscrite sur les registres officiels pour être opposable aux tiers. Une chaîne incomplète peut invalider les actions en contrefaçon dans certains pays.
Peut-on transférer une marque séparément de l’entreprise ?
Oui. En droit français et européen, une marque peut être cédée indépendamment du fonds de commerce auquel elle est attachée. Cette flexibilité est particulièrement utile dans les opérations de carve-out ou de cession partielle d’activités. La cession doit néanmoins être formalisée par un acte écrit et inscrite auprès de l’INPI et/ou de l’EUIPO pour être opposable aux tiers.
Combien de temps prennent les formalités d’inscription des cessions ?
Les délais varient considérablement selon les pays : quelques semaines dans les pays les mieux dotés (États-Unis, Europe), plusieurs mois dans des juridictions plus complexes (certains pays d’Asie ou d’Amérique latine). Certaines juridictions imposent la légalisation ou l’apostille des actes, ce qui allonge les délais. C’est pourquoi il est essentiel d’anticiper ces formalités avant le closing, et non après.
Qu’est-ce qu’une marque vulnérable au non-usage ?
En droit français et européen (article L. 714-5 du CPI ; article 58 du RMUE), une marque peut être déchue de ses droits si elle n’a pas fait l’objet d’un usage sérieux pendant une période ininterrompue de cinq ans. Dans un contexte M&A, un acquéreur peut découvrir que certaines marques du portefeuille sont exposées à ce risque, ce qui fragilise leur valeur et l’étendue de la protection transférée. Lire : Expert judiciaire PI et sécurisation des actifs immatériels.
L’univers viticole est fortement concurrentiel. Chaque château, domaine ou producteur cherche à se démarquer en construisant une identité unique sur le marché, tant en France qu’à l’international. L’obtention d’une marque déposée pour un vin ou un domaine constitue l’une des stratégies les plus sûres pour protéger son nom et son image. Pourtant, les démarches administratives et juridiques peuvent se révéler complexes, et il existe de nombreux écueils à éviter.
Cet article détaille les différentes étapes du dépôt de marque pour un vin, met en lumière les risques fréquents (litiges, conflits avec des appellations, oppositions de tiers) et propose des conseils pratiques pour sécuriser au mieux votre projet.
Pourquoi protéger sa marque de vin ou de domaine ?
Le marché mondial du vin est en constante évolution. Selon l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV) (oiv.int), la production mondiale de vin avoisine régulièrement les 260 millions d’hectolitres par an, avec une concurrence accrue des pays dits « nouveaux producteurs ». Dans ce contexte, la marque permet de sortir du lot et de garantir une reconnaissance sur des marchés toujours plus compétitifs.
Les enjeux juridiques
Sécuriser l’usage du nom : En déposant une marque, vous obtenez un droit exclusif. Sans cette formalité, vous risquez de faire face à des concurrents ou des tiers qui pourraient exploiter le même signe ou un signe similaire.
Se défendre en cas de litige : Un producteur concurrent ou un négociant peut tenter de reprendre votre nom ou un signe proche pour profiter de votre notoriété. Disposer d’une marque déposée rend la défense plus solide devant les juridictions civiles ou pénales.
Valoriser un actif immatériel : Selon certaines études relayées par le Comité National des Interprofessions des Vins (CNIV), la valeur d’une marque viticole clairement établie peut augmenter de 30 % à 50 % la notoriété d’un domaine sur un marché cible, notamment en Asie ou en Amérique du Nord.
Les enjeux économiques
Renforcer la crédibilité : Aux yeux des distributeurs, des importateurs et des partenaires financiers, une marque officielle est un gage de professionnalisme et de fiabilité.
Attirer les investisseurs : Les fonds d’investissement spécialisés dans le vin recherchent souvent des domaines ayant une marque consolidée. Cela facilite la projection de croissance et la valorisation de l’entreprise.
Booster l’export : Les vins français sont très prisés à l’étranger. D’après une étude de l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE) (insee.fr), les exportations de vins et spiritueux représentent l’un des principaux moteurs de l’excédent commercial français. Une marque réputée facilite la conquête de ces marchés.
Les enjeux marketing
Démarquer son terroir : La marque, associée à l’histoire et au savoir-faire, enrichit le storytelling autour du produit.
Fidéliser la clientèle : Les amateurs de vins mémorisent une marque et reviennent vers elle lorsqu’ils cherchent un style, une région ou une qualité particulière.
Déployer des campagnes cohérentes : Une marque unique renforce l’identité visuelle et le discours commercial : étiquettes, sites web, stands professionnels, brochures, etc.
Dépôt de marque : le cadre légal et les instances compétentes
Les règles du droit des marques découlent de textes nationaux et internationaux, et sont appliquées par différentes instances, selon la zone de protection visée. Les principales bases de données pour consulter les marques déposées sont :
L’Institut national de la propriété industrielle (INPI) (inpi.fr) est l’organisme compétent pour la réception, l’examen et l’enregistrement des marques sur le territoire français.
Territoire concerné : France métropolitaine et DOM-TOM.
Durée de protection : 10 ans, renouvelable indéfiniment.
Dépôt en ligne : Plateforme e-procédures de l’INPI.
En Europe : l’EUIPO
L’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) (euipo.europa.eu) gère la marque de l’Union européenne (MUE).
Avantage : Une seule formalité, un seul coût, couverture immédiate dans 27 pays.
Inconvénient : Si la marque est refusée pour un pays, la protection peut être compromise pour l’ensemble.
Langues officielles : Le français fait partie des langues possibles pour le dépôt.
À l’international : l’OMPI/WIPO
Le Système de Madrid, géré par l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI/WIPO) (wipo.int), permet d’étendre rapidement la protection d’une marque à plusieurs pays.
Dépôt de base : Il faut d’abord disposer d’une marque nationale ou régionale.
Désignations : Choisissez les pays où protéger la marque.
Gestion centralisée : Simplifie les formalités pour les modifications et renouvellements.
Les étapes clés du dépôt de marque pour un vin
Le processus de dépôt suit un fil conducteur en plusieurs phases, chacune étant cruciale pour éviter les refus ou les oppositions ultérieures.
Recherche d’antériorités
Avant tout dépôt, il convient d’effectuer une recherche d’antériorités afin de s’assurer qu’il n’existe pas déjà une marque similaire.
Base INPI : Vérification dans la base de marques françaises.
Base EUIPO : Consultation au niveau de l’Union européenne.
Bases internationales : Par exemple la base Global Brand Database de l’OMPI.
Selon l’EUIPO (euipo.europa.eu), environ 10 % des demandes de marque dans le secteur agroalimentaire font l’objet d’une opposition ou d’un refus lié à l’existence d’un droit antérieur.
Classification et choix de classes
La Classification de Nice recense 45 classes de produits et services. Pour le vin, la classe 33 est incontournable.
Ne pas oublier : Le dépôt peut inclure d’autres classes (ex. 32 si vous avez des boissons sans alcool, 35 pour la vente ou le marketing, etc.).
Rester précis : L’INPI et l’EUIPO exigent une description claire. Une désignation vague peut limiter votre protection ou mener à des litiges ultérieurs.
Dépôt de la demande
Cette démarche s’effectue en ligne via les sites de l’INPI, de l’EUIPO ou de l’OMPI.
Frais de dépôt : Varient selon l’organisme et le nombre de classes. Par exemple, le dépôt d’une marque française à l’INPI commence à 190 € (pour une classe).
Langue : Le français est possible pour l’INPI et l’EUIPO, mais vérifiez les règles spécifiques pour chaque pays visé via l’OMPI.
Examen, publication et opposition
Une fois la demande déposée :
Examen formel : Vérification des informations administratives et du paiement.
Publication : La marque est publiée au Bulletin Officiel (BOPI en France, eSearch plus en Europe…).
Période d’opposition : Les titulaires de droits antérieurs peuvent contester la marque dans un délai (souvent 2 à 3 mois).
Enregistrement et renouvellement
Si aucune opposition n’aboutit, la marque est enregistrée pour 10 ans.
Points d’attention : Prévoir les renouvellements dans les délais.
Usage réel : Dans l’UE, la marque doit être exploitée dans les 5 ans suivant son enregistrement.
Les pièges à éviter lors du dépôt de marque viticole
Les erreurs courantes dans ce secteur tiennent notamment à la complexité du droit viticole, aux appellations (AOC, IGP) et aux obligations spécifiques du marché du vin.
Conflit avec une AOC ou IGP
Une Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) ou une Indication Géographique Protégée (IGP) est un signe distinctif protégé. Les organismes de défense (ex. CIVC pour le champagne) peuvent s’opposer à l’enregistrement d’une marque reprenant tout ou partie de leur appellation.
Exemple : Utiliser « Champagne » ou un terme évoquant une région précise sans y être autorisé conduit presque systématiquement à un refus.
Solution : Vérifier la compatibilité de votre nom de marque avec les appellations ou signes officiels.
Confusion avec des marques existantes
Même si vous ajoutez un terme supplémentaire, la confusion peut demeurer forte si le cœur du signe est trop proche.
Exemple
Conséquence : Abandon du projet, frais juridiques, indemnités, etc.
Mauvaise désignation des produits
Une mauvaise classification ou un libellé incomplet peut affaiblir la protection ou écarter des sous-catégories importantes (spiritueux, bières aromatisées au vin, confiseries au vin, etc.).
Conseil : Lister précisément les produits ou services visés, y compris la vente en ligne, l’organisation de dégustations ou d’événements œnologiques.
Dépôt trop tardif ou absence de surveillance
Dépôt tardif : Attendre trop longtemps pour déposer sa marque ouvre la voie à un tiers qui pourrait prendre de l’avance.
Surveillance : Sans veille, vous ignorez les nouvelles demandes proches. Les délais d’opposition étant courts, vous pourriez perdre l’opportunité de défendre votre nom.
Études de cas, statistiques et client fictif
Étude de cas : Château des Légendes
Ce domaine, souhaitant lancer une nouvelle cuvée haut de gamme, a tardé à protéger le nom « Légende Rouge ». Deux mois avant le dépôt, une société concurrente a enregistré « Légende Rosso » pour des vins italiens.
Conséquence : L’INPI a estimé que la proximité phonétique était trop élevée. Le domaine a dû changer de nom, perdant au passage les coûts liés au packaging, à l’impression d’étiquettes et à la communication initiale.
Leçon : Toujours sécuriser le nom et vérifier les déclinaisons linguistiques avant de lancer sa communication.
Statistiques EUIPO
Selon un rapport annuel de l’EUIPO publié en 2025 (euipo.europa.eu), les dépôts de marques dans le secteur agroalimentaire (y compris le vin) représentent environ 15 % des oppositions totales en Europe, et parmi ces oppositions, plus de 8 % concernent spécifiquement les vins et spiritueux.
Analyse : Ce chiffre souligne la densité concurrentielle et l’importance pour chaque producteur d’anticiper les conflits.
Cas générique : Domaine Bergé
Le « Domaine Bergé », présent en Bourgogne et souhaitant exporter aux États-Unis, a déposé sa marque via l’OMPI pour couvrir plusieurs territoires (UE, Suisse, États-Unis, Japon). Cette démarche a permis d’éviter un dépôt « parasite » aux USA, pratique courante dans certains pays où des tiers enregistrent des noms de vins français pour les revendre ensuite à prix fort.
Résultat : Protection simultanée et cohérente, gain de temps et d’argent à long terme.
Conseils pratiques pour réussir son dépôt de marque de vin
Faire appel à un conseil juridique spécialisé
Les particularités du droit viticole s’ajoutent aux règles classiques de la propriété intellectuelle. Un avocat ou un conseil en propriété industrielle spécialisé vous aidera à :
Effectuer une recherche d’antériorités exhaustive (INPI, EUIPO, WIPO).
Rédiger un libellé de classes adapté.
Gérer les procédures d’opposition ou de nullité.
Prévoir une extension à l’international
Ne pas protéger votre marque dans les zones stratégiques (USA, Chine, Japon, Royaume-Uni) peut ouvrir la voie à un squat de marque à l’étranger.
Système de Madrid : via l’OMPI, vous pouvez désigner plusieurs pays en une seule fois.
Étude de marché locale : Avant de déposer, vérifiez que le nom de marque n’a pas de connotation négative dans la langue du pays cible.
Mettre en place une veille active
Veille marques : Souscrire à un service de surveillance (INPI, EUIPO) pour réagir rapidement en cas de marque similaire.
Veille concurrence : Sur les lancements de nouveaux vins, notamment dans votre région d’AOC/IGP.
Action rapide : En cas d’opposition potentielle, ne tardez pas à constituer un dossier (justificatifs d’antériorité, bilans marketing, etc.).
Conclusion et appel à l’action
Déposer une marque pour son vin ou pour le nom d’un domaine viticole est un investissement essentiel pour préserver et valoriser son identité. Les démarches peuvent sembler longues et techniques, mais elles offrent une garantie de défense en cas de contentieux, et renforcent la réputation de votre exploitation sur le long terme.
En sécurisant votre nom ou votre logo, vous protégez votre terroir et votre notoriété. Dans un secteur où l’authenticité et la confiance du consommateur priment, cette protection est un levier de différenciation majeur.
Pourquoi choisir le cabinet Dreyfus ?
Expertise reconnue : Notre équipe possède plus de 20 ans d’expérience en propriété intellectuelle et en droit viticole.
Réseau international : Nous vous conseillons pour la protection de vos marques, tant en France qu’à l’étranger.
Accompagnement personnalisé : Nous élaborons une stratégie de dépôt et de défense adaptée à votre projet, en tenant compte de votre positionnement, de vos marchés cibles et de la législation viticole spécifique.
Le cabinet Dreyfus et Associés est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.
Besoin d’un accompagnement pour protéger votre marque de vin ?
Contactez-nous dès maintenant pour définir une stratégie sur mesure et sécuriser durablement votre identité viticole.
Abonnez-vous à notre newsletter pour rester informé des dernières évolutions juridiques.
Téléchargez notre guide pratique sur la protection des marques dans le secteur du vin (études de cas, conseils exclusifs, checklist).
Principales considérations pour les exploitations viticoles et les entreprises du secteur en France
L’étiquetage du vin ne se limite pas à indiquer le cépage, la région ou le millésime : il constitue un véritable support de communication et de différenciation. Qu’il s’agisse de l’habillage d’une bouteille (forme, design graphique), de la police d’écriture ou du logo, chaque élément contribue à l’identité d’une marque. En France, deux grands domaines juridiques s’appliquent à la protection de cet univers visuel : le droit d’auteur (pour les créations artistiques) et le droit des marques (pour les signes distinctifs).
Cet article aborde les principes clés du droit d’auteur et du droit des marques applicables au packaging et à l’étiquetage du vin en France, tout en soulignant les liens avec les règles spécifiques du secteur vitivinicole (protection des appellations d’origine, mentions obligatoires, etc.) et en proposant des conseils pratiques pour sécuriser durablement vos créations.
L’importance de l’habillage et de l’étiquetage dans l’industrie viticole
Différenciation de marque et perception sur le marché
Identité visuelle : Sur un linéaire de cavistes ou dans un supermarché, la première chose que voit le consommateur est l’étiquette. Un design soigné, des couleurs singulières ou un logo impactant peuvent attirer l’attention et encourager l’achat.
Histoire et terroir : De nombreux domaines utilisent l’étiquette pour raconter l’histoire du vignoble, du terroir ou de la famille propriétaire. Illustrations, photos du château, symboles héraldiques… ces éléments participent à la mise en scène de l’univers du vin.
Statistique utile : Selon certaines études relayées par le Comité National des Interprofessions des Vins (CNIV), plus de 60 % des décisions d’achat en rayon se font en fonction de l’aspect visuel de la bouteille et de l’étiquette.
Rencontre entre art et commerce
Le design d’une étiquette de vin dépasse la simple fonction d’information. Il s’agit souvent d’une véritable création graphique, objet d’inspiration artistique, tout en étant un support marketing pour mettre en avant la qualité et la personnalité du produit. Cette double dimension—artistique et commerciale—explique qu’en France, on retrouve à la fois des enjeux de droit d’auteur (pour protéger l’œuvre) et de droit des marques (pour sécuriser l’identité commerciale).
La protection par le droit d’auteur pour les étiquettes et packagings
Ce que couvre le droit d’auteur
En France, le Code de la propriété intellectuelle protège les « œuvres de l’esprit » dès lors qu’elles sont originales et mises en forme. Pour une étiquette de vin, peuvent être protégés :
Illustrations, dessins, motifs : Toute création originale est éligible à la protection.
Photographies : Si l’étiquette comporte une photo spécifique (château, vignoble), cette image est protégée dès sa fixation.
Typographies ou mises en page originales : Certains agencements de texte peuvent revêtir une originalité protégeable.
La protection naît automatiquement dès la création de l’œuvre, sans formalité obligatoire. Toutefois, il est fortement recommandé de sécuriser la preuve de l’antériorité (enveloppe Soleau auprès de l’INPI, dépôt auprès d’une société d’auteurs, huissier, etc.) pour faciliter d’éventuelles actions en justice.
Avantages de la protection et bonnes pratiques
Dissuasion des contrefacteurs : Prouver la titularité du droit d’auteur et l’originalité d’une création peut renforcer la crédibilité face à d’éventuelles copies.
Base légale d’action : En cas de copie partielle ou intégrale, le titulaire du droit d’auteur peut demander des dommages-intérêts et, le cas échéant, faire saisir ou détruire les produits contrefaisants.
Conseil pratique : Lors de la conception d’une nouvelle gamme (édition limitée, cuvée spéciale), pensez à constituer un dossier qui regroupe tous les éléments de création (croquis, fichiers numériques, contrats avec le graphiste) pour prouver clairement l’originalité de votre œuvre.
Limites de la protection par le droit d’auteur
Éléments fonctionnels : Les mentions obligatoires (taux d’alcool, volume, mentions légales) imposées par la réglementation vitivinicole ne sont pas protégeables, car elles relèvent d’exigences factuelles.
Expressions génériques ou descriptives : « Vin de France », « Côtes du Rhône », « Bordeaux » ne sont pas protégeables en tant que création.
Caractère original : Seules les formes ou idées véritablement nouvelles et créatives peuvent donner lieu à la protection.
Le droit des marques appliqué à l’étiquetage et au branding
Éléments distinctifs susceptibles d’être protégés
Le droit des marques, géré en France par l’INPI (Institut national de la propriété industrielle) pour les marques nationales, protège les signes permettant de distinguer les produits ou services d’une entreprise. Pour l’univers vinicole, cela englobe :
Le nom de la marque ou du domaine : Exemple : « Château Montfleuri ».
Logos, sigles, emblèmes : Tout signe figuratif reconnaissable.
Slogans : S’ils présentent un caractère distinctif (ex. « La pureté du terroir »).
Habillage ou forme de la bouteille (trade dress) : À condition qu’ils soient originaux et non purement fonctionnels.
Rôle de l’INPI et extension internationale
La marque déposée et enregistrée auprès de l’INPI offre une protection sur tout le territoire français. Cependant, le vin français s’exporte fréquemment, et une protection plus large peut être envisagée :
Marque de l’UE (EUIPO) : Couverture dans les 27 États membres de l’Union européenne.
Système de Madrid (OMPI) : Permet une extension à différents pays (États-Unis, Chine, Japon, etc.) via un guichet unique.
Le principal avantage du dépôt de marque est l’obtention d’un droit exclusif : aucun tiers ne peut utiliser un signe identique ou similaire pour des produits identiques ou similaires, s’il existe un risque de confusion.
Agrément réglementaire vs. enregistrement en marque
Il est essentiel de distinguer :
L’agrément ou homologation du nom du vin (ou la validation des mentions sur l’étiquette) par les instances viticoles ou par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) pour la mise en marché en France.
L’enregistrement en marque auprès de l’INPI, qui vise à protéger le signe sur le plan juridique.
Le fait qu’un nom ait été validé comme conforme aux règles d’étiquetage (mentions légales, appellations, etc.) ne signifie pas qu’il soit automatiquement disponible ou protégeable en tant que marque. Les conflits peuvent survenir a posteriori si une autre personne détient une marque antérieure similaire.
Exemple : Un domaine choisit « Clos de la Colline » comme dénomination pour sa cuvée et obtient l’autorisation d’étiquetage. Mais si un concurrent a déjà déposé « Domaine La Colline » comme marque, le risque de confusion est grand, et des litiges peuvent s’ensuivre.
Recoupements et conflits potentiels
Droit d’auteur vs. droit des marques
Droit d’auteur : Protège l’aspect « créatif » et original de l’étiquette (illustrations, visuels).
Droit des marques : Protège le signe distinctif, c’est-à-dire le nom, le logo, et tout élément perçu comme identifiant commercial.
Ces deux protections peuvent coexister. Par exemple, une étiquette richement décorée peut être protégée par le droit d’auteur sur l’illustration et par le droit des marques sur le logo et le nom.
Mentions géographiques et appellations
En France, l’usage d’une appellation d’origine protégée (AOP) ou d’une indication géographique protégée (IGP) obéit à des règles strictes. Les organismes de défense et de gestion (ex. CIVC pour Champagne, BIVB pour Bourgogne, etc.) surveillent l’utilisation de ces noms.
Appellation vs. marque : Il est interdit de déposer à titre de marque un nom qui imite ou évoque une AOP si le vin ne provient pas de cette région ou ne respecte pas le cahier des charges.
Refus pour déceptivité : L’INPI peut rejeter une demande de marque qui induirait le consommateur en erreur (ex. évoquer un terroir précis sans en respecter les conditions).
Écueils fréquents
Marques trop descriptives : « Rosé Méditerranée » ou « Blanc de Provence » risquent de se voir refuser l’enregistrement comme marque si elles décrivent simplement le type de vin et la région.
Coexistence problématique : Deux domaines voisins utilisant le même nom ou presque identique pour des produits similaires.
Absence de veille : Lorsqu’on ne surveille pas la publication des nouvelles marques (BOPI), on peut laisser un concurrent enregistrer un signe trop proche et perdre la possibilité de s’y opposer à temps.
Études de cas, statistiques et exemple fictif
Étude de cas : Un conflit autour d’un design d’étiquette
Un domaine du Bordelais crée une étiquette très artistique, représentant un paysage nocturne avec un vignoble en clair-obscur. Le graphiste conservait les droits d’auteur, tandis que le domaine souhaitait modifier certaines nuances pour une édition spéciale.
Conflit : Le graphiste a estimé que la modification portait atteinte à l’intégrité de l’œuvre et n’avait pas donné son accord pour une version altérée.
Règlement : Après négociation, le domaine a acquis les droits d’exploitation additionnels. Cette situation souligne l’importance de clarifier, via un contrat, la titularité et l’étendue des droits sur l’œuvre créée.
Statistiques INPI
Selon un rapport de l’INPI publié en 2025, les dépôts de marque dans la classe 33 (boissons alcoolisées, sauf bières) ont augmenté de 10 % en trois ans. Dans le même temps, le nombre de litiges liés à l’étiquetage et à la dénomination de vins a progressé, témoignant d’une concurrence renforcée dans le secteur vitivinicole.
Exemple fictif : Domaine des Arômes
Le « Domaine des Arômes » lance une nouvelle cuvée baptisée « Harmonie Florale », avec un visuel représentant un bouquet de fleurs dessiné à la main.
Dépôt de marque : Le domaine dépose « Harmonie Florale » et un logo stylisé auprès de l’INPI.
Droit d’auteur : Le domaine s’assure d’être cessionnaire des droits sur l’illustration, réalisée par un illustrateur professionnel.
Validation AOP : Le vin revendique une AOP existante. La mention est autorisée, car la cuvée remplit le cahier des charges.
Résultat : Le domaine évite tout risque de contestation et protège à la fois son identité visuelle (droit d’auteur) et sa marque (dépôt INPI).
Conseils pratiques pour protéger le packaging et l’étiquetage
Négocier des contrats clairs avec les créatifs
Lorsqu’un graphiste ou une agence travaille à la conception de votre étiquette :
Contrat écrit : Définir précisément qui détient les droits d’exploitation et d’adaptation de l’œuvre.
Portée et durée : Préciser si l’image peut être utilisée sur d’autres supports (site web, PLV, affiches, etc.), et si des modifications futures sont envisageables.
Cession vs. licence : En fonction de votre stratégie, vous pouvez acheter la totalité des droits ou souscrire à une licence d’utilisation.
Vérifier la disponibilité avant le lancement
Bases INPI : Vérifier si le nom ou le logo envisagé n’est pas déjà protégé.
Maillage régional : Consulter les registres de marques au niveau de l’UE (EUIPO) si vous prévoyez de vendre au-delà de la France.
Appellations et mentions légales : Vérifier la compatibilité avec la réglementation viticole (cahier des charges AOP, mentions obligatoires).
Déposer, surveiller et faire respecter
Dépôt anticipé : Ne tardez pas à déposer la marque auprès de l’INPI pour éviter qu’un tiers ne prenne les devants.
Veille : Surveillez régulièrement le Bulletin Officiel de la Propriété Industrielle (BOPI) pour détecter d’éventuelles marques similaires.
Réaction rapide : En cas de contrefaçon ou d’usurpation, envisagez l’opposition (phase administrative) ou une action judiciaire si nécessaire.
Envisager une protection internationale
Les vins français s’exportent dans le monde entier. Un dépôt en France ne suffit pas toujours.
Marque de l’UE : Couverture uniforme dans 27 pays via l’EUIPO.
Protocole de Madrid (OMPI) : Dépôt centralisé pour désigner plusieurs pays (États-Unis, Chine, Japon, etc.).
Règles locales : Dans certains pays, l’usage de termes évoquant l’origine ou le style de vin peut être strictement réglementé (ex. usage du terme “Champagne” à l’étranger).
Conclusion et appel à l’action
Dans un secteur aussi concurrentiel que le vin, l’habillage et l’étiquetage sont des leviers essentiels pour capter l’attention, transmettre un message de marque et valoriser un terroir. Le droit d’auteur offre une protection sur l’aspect créatif (illustrations, visuels, photographie), tandis que le droit des marques sécurise les signes distinctifs (nom, logo, slogan).
Pour tirer le meilleur parti de ces protections, il est recommandé d’anticiper en amont toutes les démarches (contrats avec les créatifs, recherches d’antériorité, dépôts), de surveiller la concurrence et de faire valoir ses droits en cas d’atteinte. Une approche méthodique et une vision stratégique permettent de protéger à la fois la valeur artistique et la notoriété commerciale de votre vin.
Pourquoi choisir le cabinet Dreyfus ?
Expertise reconnue : Plus de 20 ans d’expérience en propriété intellectuelle, avec une connaissance approfondie du secteur viticole.
Réseau international : Nous vous accompagnons dans les dépôts et les procédures à l’étranger via un réseau de partenaires spécialisés.
Approche sur mesure : Nous analysons votre situation pour proposer une stratégie globale, couvrant le droit d’auteur et le droit des marques, en tenant compte des règles spécifiques du vin.
Le cabinet Dreyfus et Associés est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.
Vous souhaitez protéger l’identité visuelle de votre vin ?
Contactez-nous dès maintenant pour élaborer une stratégie adaptée à votre projet.
Abonnez-vous à notre newsletter pour rester informé des dernières actualités juridiques dans le secteur viticole.
Téléchargez notre guide pratique : « 5 conseils essentiels pour protéger le packaging et l’étiquetage de vos vins », contenant études de cas et check-lists.
Le 7 octobre 2024, l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI) a rendu une décision très attendue dans l’affaire NL 23-0255. Ce jugement, qui examinait les interactions entre marques, noms commerciaux et noms de domaine dans le droit de la propriété intellectuelle, a rejeté les demandes de nullité de LPB SAS à l’encontre de la marque contestée « Les P’tites Bombes LPB ». Cette décision met en lumière des principes clés dans les procédures d’opposition de marque, notamment en ce qui concerne le risque de confusion, la preuve d’usage et les nuances procédurales.
Résumé de l’affaire
Parties et contexte
Le différend opposait LPB SAS, le demandeur, à la marque « Les P’tites Bombes LPB », déposée en mai 2019. L’opposition s’appuyait sur des droits antérieurs, notamment :
Le nom commercial « LPB » ;
Le nom commercial « Les P’tites Bombes » ;
Le nom de domaine com.
LPB SAS a soutenu que la marque contestée présentait un risque de confusion en raison de la similitude des signes et de l’intersection des produits et services.
Analyse juridique
Législation applicable
La marque contestée a été évaluée selon les dispositions du Code de la propriété intellectuelle en vigueur au moment de son enregistrement. Les articles L.711-2, L.711-3 et L.714-3 définissent les conditions de nullité, qui requièrent :
La preuve de droits antérieurs, tels que des noms commerciaux ou des noms de domaine ;
L’existence d’un risque de confusion entre la marque contestée et ces droits antérieurs.
Évaluation des droits antérieurs
En vertu du droit français, les marques peuvent être contestées sur la base de droits antérieurs. L’INPI a examiné trois revendications spécifiques :
Dénomination sociale « LPB »
L’INPI a confirmé l’utilisation antérieure de la dénomination sociale par LPB SAS pour des activités de commerce en gros de textile et prêt-à-porter.
Cependant, aucun lien n’a été établi entre cette dénomination sociale et les produits/services couverts par la marque contestée. De plus, les différences visuelles et phonétiques ont réduit le risque de confusion.
Nom commercial « Les P’tites Bombes »
Bien que LPB SAS ait démontré un usage limité de ce nom commercial, l’INPI a jugé que la notoriété nationale n’était pas prouvée.
Nom de domaine lespetitesbombes.com
LPB SAS a affirmé une exploitation prolongée de ce domaine pour le commerce électronique.
Toutefois, la majorité des preuves fournies, telles que les données web et les ventes, étaient datées après l’enregistrement de la marque. L’INPI a donc exclu tout usage effectif avant mai 2019.
Risque de confusion : une analyse globale
L’INPI a évalué le risque de confusion en tenant compte de plusieurs facteurs :
Différences visuelles et phonétiques : Les similitudes entre la marque contestée et les droits antérieurs étaient limitées.
Caractère distinctif : Le demandeur n’a pas démontré que ses droits antérieurs possédaient une distinctivité suffisante pour induire une confusion.
Perception des consommateurs : Un consommateur moyen, doté d’une attention modérée, n’était pas susceptible de confondre la marque contestée avec les droits antérieurs.
L’analyse cumulative a conduit à la conclusion de l’absence de risque de confusion.
Implications pratiques pour les entreprises
Clarification de la charge de la preuve
La décision souligne l’importance pour les demandeurs de fournir des preuves robustes et contemporaines de l’usage et de la reconnaissance de leurs droits antérieurs. Les documents postérieurs à l’enregistrement de la marque ne peuvent pas être utilisés pour établir des revendications antérieures.
Les demandeurs doivent démontrer :
Un usage effectif des droits antérieurs ;
Une reconnaissance nationale, lorsque cela est applicable.
Portée de la nullité des marques
Cette décision met en avant la nécessité de formuler des demandes de nullité précises et ciblées, en s’assurant que :
Il existe une correspondance claire entre les droits antérieurs et les produits/services de la marque contestée.
Des preuves directes démontrent l’intersection et la confusion potentielle.
Enjeux juridiques et stratégiques plus larges
Du point de vue stratégique, cette affaire illustre les défis liés à la protection des droits historiques face à des marques plus récentes. Les entreprises doivent maintenir des archives complètes et datées de leurs usages, réputations et reconnaissances afin de protéger leur propriété intellectuelle et de soutenir leurs litiges ou oppositions futures.
Changements procéduraux dans les oppositions de marque
Cette affaire reflète les évolutions procédurales du droit français des marques, notamment :
Des exigences probatoires plus strictes.
Une simplification du processus d’opposition.
Pour réussir dans une demande de nullité, les opposants doivent présenter :
Une documentation détaillée de l’usage antérieur.
Des preuves de reconnaissance par les consommateurs.
Une justification claire du préjudice découlant de la confusion potentielle.
Conclusion
La décision de l’INPI dans l’affaire NL 23-0255 fixe un niveau d’exigence élevé pour les demandes de nullité, soulignant l’importance d’une gestion proactive des droits de propriété intellectuelle. Pour les titulaires de marques, ce jugement rappelle l’importance de documenter et protéger leurs droits de manière rigoureuse.
À propos du cabinet Dreyfus
Dreyfus & Associés est spécialisé en droit de la propriété intellectuelle et offre une expertise en matière de protection de marque, d’opposition et de nullité. Grâce à un réseau mondial d’avocats spécialisés, nous proposons des solutions complètes et adaptées aux besoins de votre entreprise.
Restez informé ! Abonnez-vous à notre newsletter et suivez-nous sur les réseaux sociaux pour les dernières actualités en droit des marques. Le cabinet Dreyfus est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.
FAQ
Comment faire opposition à une marque ?
L’opposition à une marque est une procédure qui permet à un titulaire de droits antérieurs (marque, dénomination sociale, nom commercial, etc.) de s’opposer à l’enregistrement d’une marque qui porte atteinte à ses droits. En France, cette opposition doit être déposée auprès de l’INPI dans un délai de deux mois à compter de la publication de la marque au Bulletin Officiel de la Propriété Industrielle (BOPI). L’opposant doit démontrer un risque de confusion avec sa marque antérieure.
Quels sont les critères de validité d’une marque ?
Pour être valable, une marque doit respecter plusieurs critères définis par le Code de la propriété intellectuelle :
Distinctivité : La marque ne doit pas être descriptive des produits et services désignés.
Disponibilité : Elle ne doit pas être identique ou similaire à une marque antérieure enregistrée pour des produits et services identiques ou similaires.
Licéité : La marque ne doit pas être contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs.
Non-trompeuse : Elle ne doit pas induire le consommateur en erreur sur la nature, la qualité ou l’origine des produits et services.
Quel délai pour faire opposition à une marque publiée au bulletin ?
L’opposition doit être formée dans un délai strict de deux mois à compter de la publication de la demande d’enregistrement au Bulletin Officiel de la Propriété Industrielle (BOPI). Passé ce délai, il n’est plus possible d’introduire une opposition administrative, mais des actions en nullité restent envisageables devant les juridictions compétentes.
Quelle est la procédure de dépôt d’une marque ?
Le dépôt d’une marque en France se déroule en plusieurs étapes :
Vérification de disponibilité : Il est conseillé d’effectuer une recherche d’antériorité pour s’assurer que la marque n’est pas déjà enregistrée.
Dépôt auprès de l’INPI : Le demandeur remplit un formulaire précisant le signe à protéger, la liste des produits et services concernés, et s’acquitte des frais de dépôt.
Examen par l’INPI : L’INPI vérifie la conformité formelle et peut émettre des objections si la marque ne respecte pas les critères légaux.
Publication au BOPI : La demande est publiée, ouvrant la période d’opposition de deux mois pour les tiers.
Enregistrement : En l’absence d’opposition ou après son rejet, la marque est enregistrée et le titulaire reçoit un certificat de dépôt.
Qui peut prononcer la déchéance d’une marque ?
La déchéance d’une marque peut être prononcée par une juridiction ou l’INPI si le titulaire ne l’a pas exploitée pendant une période ininterrompue de cinq ans. Toute personne intéressée peut introduire une action en déchéance afin de faire annuler la marque pour non-usage.
Comment calculer la notoriété d’une marque ?
La notoriété d’une marque est évaluée en fonction de plusieurs critères :
Le volume des ventes et la part de marché associée à la marque.
La durée et l’intensité de son usage sur le marché.
Les investissements publicitaires et la visibilité auprès du public.
La reconnaissance par les consommateurs et les enquêtes d’opinion.
L’usage de la marque dans les médias et les publications spécialisées.
Une marque bénéficiant d’une forte notoriété peut obtenir une protection renforcée contre des usages qui, même sans risque de confusion, pourraient tirer indûment profit de sa renommée.
Le cabinet Dreyfus et Associés est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.
Inscrivez-vous à notre newsletter et restez informés sur les enjeux de la propriété intellectuelle et de l’économie numérique !
Notre site utilise des cookies pour vous offrir le meilleur service, produire des statistiques et mesurer l'audience du site. Vous pouvez changer vos préférences à tout moment en cliquant sur la rubrique "Personnaliser mes choix".
When browsing the Website, Internet users leave digital traces. This information is collected by a connection indicator called "cookie".
Dreyfus uses cookies for statistical analysis purposes to offer you the best experience on its Website.
In compliance with the applicable regulations and with your prior consent, Dreyfus may collect information relating to your terminal or the networks from which you access the Website.
The cookies associated with our Website are intended to store only information relating to your navigation on the Website. This information can be directly read or modified during your subsequent visits and searches on the Website.
Les cookies nécessaires sont absolument essentiels au bon fonctionnement du site Web. Ces cookies assurent les fonctionnalités de base et les fonctions de sécurité du site Web, de manière anonyme.
Les cookies analytiques sont utilisés pour comprendre comment les visiteurs interagissent avec le site Web. Ces cookies aident à fournir des informations sur le nombre de visiteurs, le taux de rebond, la source de trafic, etc.
Le Cabinet Dreyfus & associés (« Dreyfus & associés ») est soucieux de la protection de votre privée et de vos données personnelles (« Données » ; « Données personnelles ») qu’elle collecte et traite pour vous.
Dreyfus & associés, à ce titre, respecte et met en œuvre le droit européen applicable en matière de protection des données et, en particulier, le Règlement Général européen sur la Protection des données personnelles Numéro 2016/679 du 27 avril 2016 (RGPD).
La présente Politique de Confidentialité a pour objet de vous informer de manière claire et complète sur la manière dont le Cabinet Dreyfus & associés, en sa qualité de responsable de traitement, collecte et utilise vos données personnelles, et sur les moyens dont vous disposez pour contrôler cette utilisation et exercer vos droits en rapport avec lesdits traitement, collection et utilisation de vos données personnelles.
Notre Politique de Confidentialité vise à vous décrire comment Dreyfus & associés collecte et traite vos données personnelles dans le cadre de vos visites sur notre site Web et d’autres échanges que nous avons par courriel ou par courrier, de la tenue de notre rôle en tant que représentants et conseils en propriété industrielle et des relations d’affaire avec nos clients et confrères, ou à toute autre occasion où vous transmettez vos données personnelles à Dreyfus & associés.