Données ICANN publiées le 7 octobre 2026 | Situation susceptible d’évoluer

Introduction

Le 7 octobre 2026, l’ICANN, organisation à but non lucratif de droit californien qui coordonne le système des identifiants uniques d'Internet, notamment les adresses IP et les noms de domaine, a rendu publiques 1 615 candidatures à de nouvelles extensions Internet (gTLD), déposées par 481 candidats. Cette publication, appelée Reveal Day, ne signifie pas que les extensions peuvent déjà être enregistrées : elle ouvre surtout une phase décisive d’analyse des risques pour les entreprises, avant le lancement de la période de commentaires et d’objections du 17 novembre 2026 au 16 mars 2027. Les chiffres demeurent provisoires jusqu’au String Confirmation Day.

Pour les entreprises, l’objectif n’est pas d’enregistrer leur marque dans toutes les nouvelles extensions Internet, mais d’identifier celles qui pourraient porter atteinte à leurs droits ou présenter un risque d’utilisation frauduleuse. Il convient notamment de vérifier si certaines extensions reprennent leur marque et de déterminer si elles seront réservées à une entreprise ou accessibles au public. Selon les risques identifiés, plusieurs mesures peuvent être envisagées : contester une candidature, surveiller les nouveaux noms de domaine, inscrire sa marque à la Trademark Clearinghouse pour bénéficier de mécanismes de protection ou procéder à des enregistrements préventifs dans les extensions les plus pertinentes.

Pour replacer cette publication dans son contexte, nous vous invitons à consulter notre article précédemment publié : « Round gTLD 2026 de l’ICANN : quels enjeux pour la protection de votre marque en ligne ? ».

Reveal Day 2026 : 1 615 candidatures, des .marque et une forte concurrence

Les données publiées le 7 octobre 2026 par l’ICANN recensent 333 candidatures .marque, 16 communautaires, 15 géographiques, 21 en écritures internationalisées et 9 candidatures à variantes. Le programme d’accompagnement des candidats (Applicant Support Program) représente 51 dossiers. Les demandes proviennent principalement d’Amérique du Nord (864) et d’Europe (506), devant l’Asie-Pacifique (218), l’Afrique (16) et l’Amérique latine et les Caraïbes (11).

La liste préliminaire publiée par l’ICANN fait apparaître 263 ensembles de candidatures concurrentes (contention sets) de ce type. L’extension .agent est la plus disputée, avec 13 candidatures ; .bit, .api, .brand et .hub en réunissent chacune une dizaine. Ces chiffres sont encore susceptibles de changer avec les chaînes de remplacement et l’examen des similitudes entre extensions.

À quoi sert une extension .marque (« dotBrand ») ?

Une extension « .marque » permet à une entreprise de disposer de sa propre extension Internet et de contrôler les noms de domaine qui y sont enregistrés. Les candidatures pour .openai, .adidas ou .michelin illustrent cette démarche, qui vise notamment à renforcer la sécurité des sites officiels. Toutefois, cette protection ne permet pas d’empêcher la création de sites frauduleux sous d’autres extensions.

Pour en savoir plus sur ces risques, nous vous invitons à consulter notre article précédemment publié : « Surveillance des noms de domaine : protéger votre marque contre le cybersquatting ».

Intelligence artificielle, marques et Europe : les nouvelles lignes de force

Les entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle ont demandé de nouvelles extensions correspondant à leurs produits, comme .chatgpt (OpenAI), .gemini (Google) ou .claude (Anthropic), mais aussi à des termes techniques, comme .agent ou .api. OpenAI a, à elle seule, déposé 15 candidatures. Or, certains termes peuvent être utilisés par plusieurs entreprises ou désigner des activités différentes. Il convient donc d’examiner chaque candidature pour déterminer si elle porte réellement atteinte aux droits d’une autre entreprise, notamment en raison d’un risque de confusion.

Pour en savoir plus sur les possibilités de contester une candidature portant atteinte à des droits antérieurs, nous vous invitons à consulter notre article précédemment publié : « ICANN annonce les prestataires de résolution de litiges pour le prochain round de nouveaux gTLDs : ce que les entreprises doivent savoir ».

Par comparaison, le Reveal Day de 2012 avait suscité 1 930 candidatures, contre 1 615 cette année. La série 2026 compte moins de dossiers géographiques et nettement moins de dossiers en écritures internationalisées (21, contre 116 en 2012), et les nouvelles candidatures se concentrent davantage sur les opérateurs de registres et les plateformes numériques. Cette comparaison doit toutefois être nuancée : les entreprises déjà titulaires d’une extension obtenue en 2012 n’avaient pas à déposer une nouvelle candidature. Pour approfondir cette évolution, nous vous invitons à lire « Le programme des nouveaux gTLD : qu’est-ce qui a changé depuis 2012 ? ».

En France, les candidatures de groupes comme Michelin, Air Liquide, BPCE, Atos et Sodexo soulignent l’intérêt industriel du .marque. La faible représentation des acteurs français ne signifie pas que les entreprises françaises seraient peu exposées : un registre générique étranger peut concerner directement leur marché.

Objections ICANN : quels recours avant le 16 mars 2027 ?

Une Legal Rights Objection n’est pas une procédure UDRP

La Legal Rights Objection (LRO) est une procédure administrée par l’OMPI qui permet de contester une candidature à une nouvelle extension Internet susceptible de porter atteinte à des droits antérieurs, notamment une marque. Elle se distingue de la procédure UDRP, qui concerne les litiges relatifs à des noms de domaine déjà enregistrés. Le Guide du candidat 2026, module 4 distingue quatre fondements d’objection :

  • confusion entre chaînes,
  • atteinte à des droits antérieurs (Legal Rights Objection, LRO),
  • intérêt public limité,
  • atteinte à une communauté.

  • Une LRO suppose d’établir la qualité pour agir et le risque d’atteinte au droit invoqué, au regard des critères propres à cette procédure. Une marque préexistante ne confère donc pas un droit de veto sur tout terme identique.

Il faut également distinguer les niveaux du système de nommage : la LRO vise une candidature d’extension avant sa délégation, tandis que l’UDRP traite, après enregistrement, des noms de domaine litigieux de second niveau, par exemple « marque.extension ». Un commentaire public argumenté peut être déposé pendant la même période afin d’attirer l’attention des évaluateurs, mais il ne remplace pas une objection formelle.

Pour en savoir plus sur les procédures de Legal Rights Objection (LRO), nous vous invitons à consulter notre article précédemment publié : « Les 3 premières objections LRO (Legal Rights Objections) rejetées ».

Que deviennent les extensions demandées par plusieurs candidats ?

Lorsque plusieurs entreprises demandent une même extension Internet, une seule peut l’obtenir. Pour les départager, plusieurs solutions sont possibles : accorder la priorité à une candidature représentant une communauté, permettre à un candidat de retirer sa demande ou de choisir une autre extension, ou organiser une enchère si le conflit persiste. Contrairement à la série de 2012, le programme 2026 interdit les enchères privées, les coentreprises et tout autre arrangement entre candidats visant à résoudre ces conflits à l’amiable, sous peine notamment de disqualification. Comme le précise le Guide du candidat 2026 de l’ICANN (module 5, section 5.2.3), ces conflits doivent être résolus selon les procédures prévues par l’ICANN, notamment par une évaluation de priorité communautaire ou, en dernier recours, par une enchère organisée par l’ICANN.

Calendrier et plan d’action pour les titulaires de marques

  • 7 octobre 2026 : publication des chaînes demandées, des candidats et des conflits préliminaires.
  • 8–21 octobre 2026 : période d’activation éventuelle d’une chaîne de remplacement.
  • 17 novembre 2026 : String Confirmation Day et ouverture des commentaires et objections.
  • 16 mars 2027 : échéance de la période annoncée par l’ICANN pour les commentaires et objections, sous réserve des modalités propres à chaque procédure.
  • À partir de 2027 : évaluations, règlement des contentions, contractualisation puis délégation progressive des extensions retenues.

Quelles mesures prendre dès la publication des candidatures ?

  1. Auditer les chaînes : croiser la liste officielle des candidatures avec les marques, produits, noms commerciaux et variantes linguistiques du portefeuille ; examiner aussi l’identité et le modèle du candidat.
  2. Hiérarchiser les conflits : réunir les certificats de marque, preuves d’usage, éléments de renommée et indices de confusion ; évaluer le fondement et les frais d’une éventuelle LRO avant le 16 mars.
  3. Préparer les ouvertures au public : vérifier l’opportunité d’un enregistrement dans la Trademark Clearinghouse pour bénéficier, lorsque les conditions sont remplies, des périodes Sunrise et du mécanisme Trademark Claims. Ces services n’interdisent pas automatiquement l’enregistrement par un tiers.
  4. Définir une politique défensive ciblée : réserver prioritairement les noms utiles aux clients et exposés à la fraude ; surveiller les autres extensions et préparer, le cas échéant, des actions UDRP contre les enregistrements abusifs.

Pour en savoir plus sur les stratégies de protection préventive et de gestion des noms de domaine, nous vous invitons à consulter notre article précédemment publié : « Noms de domaine : réservation, surveillance et litiges, comment protéger votre marque dans l’espace numérique ».

Conclusion

Le Reveal Day des nouveaux gTLD 2026 confirme l’essor des extensions .marque et des chaînes liées à l’intelligence artificielle, mais il ouvre surtout une fenêtre de décision juridique jusqu’au 16 mars 2027. Les entreprises doivent identifier leurs risques prioritaires dès maintenant, sans confondre objection à une extension, réservation de noms de domaine et traitement ultérieur du cybersquatting.

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FAQ

Combien coûte la création d’une nouvelle extension Internet en 2026 ?

Les frais de candidature fixés par l’ICANN s’élèvent à 227 000 dollars américains par extension. À ce montant peuvent s’ajouter les frais d’évaluation supplémentaires, les coûts techniques et les dépenses liées à l’exploitation du registre. Un programme d’accompagnement prévoit toutefois des réductions pour certains candidats remplissant les conditions d’éligibilité.

Le titulaire d’un nom de domaine en .com bénéficie-t-il d’une priorité sur les nouvelles extensions ?

La détention d’un nom de domaine en .com ne confère aucun droit automatique sur son équivalent dans une nouvelle extension. Par exemple, une entreprise possédant « entreprise.com » ne devient pas nécessairement titulaire de « entreprise.shop ». L’attribution dépend des règles du registre concerné et des éventuels droits antérieurs invoqués.

Les nouvelles extensions Internet améliorent-elles le référencement sur Google ?

Les nouvelles extensions ne bénéficient d’aucun avantage automatique en matière de référencement naturel. Google traite les nouveaux gTLD de la même manière que les extensions traditionnelles, telles que .com ou .org. Le choix d’une extension pertinente peut toutefois contribuer à rendre une adresse Internet plus facilement identifiable par les utilisateurs.

Les nouvelles extensions utilisant des caractères non latins sont-elles compatibles avec tous les services Internet ?

Les extensions utilisant notamment les alphabets arabe, chinois ou cyrillique peuvent rencontrer des difficultés de compatibilité avec certains logiciels, formulaires et services de messagerie. L’ICANN encourage leur reconnaissance universelle, mais des vérifications techniques restent nécessaires avant leur utilisation professionnelle, particulièrement pour les adresses électroniques.

Existe-t-il une procédure plus rapide que l’UDRP pour agir contre un nom de domaine frauduleux ?

La procédure Uniform Rapid Suspension (URS) permet, pour les extensions auxquelles elle s’applique, d’obtenir rapidement la suspension d’un nom de domaine en cas d’atteinte manifeste aux droits d’un titulaire de marque. Contrairement à l’UDRP, elle ne permet pas d’obtenir le transfert du nom de domaine.

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.