Nathalie Dreyfus

Comment se conformer à la réglementation française et européenne sur l’étiquetage, l’emballage et le tri des produits ?

Introduction

La réglementation française et européenne en matière d’étiquetage, d’emballage et de tri connaît une transformation majeure avec l’entrée en vigueur du règlement (UE) 2025/40, également connu sous l’acronyme PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation). Publié le 22 janvier 2025, ce texte remplace la directive 94/62/CE et impose un cadre harmonisé et contraignant pour tous les emballages mis sur le marché européen, avec des objectifs clairs de réduction des déchets et de promotion de l’économie circulaire.

Il s’agit d’un tournant juridique structurant, mobilisant non seulement le droit de l’environnement, mais aussi le droit de la consommation et le droit des marques, tant pour les emballages alimentaires que non alimentaires. Chaque entreprise doit désormais intégrer ces obligations dans sa stratégie de conformité et de gouvernance juridique.

Quel est le cadre juridique de l’étiquetage, de l’emballage et du tri ?

Un socle européen directement applicable et renforcé

Le règlement (UE) 2025/40, adopté le 19 décembre 2024 et publié le 22 janvier 2025, constitue désormais le texte de référence européen en matière d’emballages et de déchets d’emballages. Il remplace la directive 94/62/CE et instaure des règles contraignantes sur la conception, la durabilité, la recyclabilité, l’étiquetage et la gestion des déchets d’emballages pour tous les États membres.

Cette harmonisation vise à :

  • Réduire les déchets d’emballages,
  • Promouvoir la réutilisation et le recyclage,
  • Favoriser l’économie circulaire sur l’ensemble du marché intérieur.

Au plan interne, ces dispositions s’articulent avec le cadre réglementaire français existant notamment la loi AGEC, qui impose dès aujourd’hui des obligations en matière de réduction et de recyclage des emballages.

Quand les principales mesures entrent-elles en vigueur ?

Un calendrier progressif et juridiquement engageant

Le PPWR est entré en vigueur au 22 janvier 2025. Ses principales échéances sont structurées comme suit :

  • 12 août 2026 : application obligatoire des nouvelles règles de conception, d’étiquetage harmonisé et d’information du consommateur pour les entreprises et États membres.
  • 2028 : introduction de l’obligation minimale de contenu recyclé dans certaines catégories d’emballages plastiques, par exemple au moins 30 % de plastique recyclé dans les emballages PET.
  • 2030 : objectifs plus ambitieux de réemploi et de recyclage à respecter
  • 2035 : extension des obligations de recyclage à d’autres types d’emballages, avec un objectif de recyclabilité à grande échelle.

reglement ppwr echeance

Quelles sont les obligations pour les emballages alimentaires et non alimentaires ?

Enjeux pour les emballages alimentaires

Les emballages alimentaires cumulent les contraintes environnementales avec les exigences sanitaires.

Ils doivent garantir la sécurité du produit, sans induire le consommateur en erreur sur la nature, la composition ou la conservation.

Dès 2026, de nouvelles règles s’appliquent et viennent renforcer :

  • La lisibilité des consignes de tri,
  • La cohérence entre l’emballage et le message environnemental,
  • La traçabilité des matériaux utilisés.

Contraintes pour les emballages non alimentaires

Pour les produits non alimentaires (cosmétiques, produits ménagers, électroniques, textiles, etc.), les obligations s’étendent également dès 2026 aux nouvelles normes de conception et d’étiquetage. Les entreprises devront anticiper les exigences de réemploi et de réduction des emballages inutiles dans leur design produit, en s’appuyant sur des données techniques et des preuves documentées de conformité.

Pourquoi le tri et le recyclage sont-ils au cœur des nouvelles règles ?

Une complexité persistante pour le consommateur

Malgré la généralisation du logo Triman logo triman en France, les études démontrent une mauvaise compréhension des consignes de tri.

Le règlement européen impose désormais une hiérarchisation claire des informations, associée à des pictogrammes normalisés.

Les entreprises doivent expliquer :

  • ce qui se recycle,
  • comment démonter l’emballage le cas échéant,
  • ce qui ne doit pas être jeté dans le bac de tri.

Le rôle central du mode d’emploi environnemental

Le mode d’emploi ne concernera plus uniquement l’utilisation du produit, mais aussi sa fin de vie.

Cette obligation constitue un prolongement direct du devoir d’information prévu par le droit de la consommation.

Quel impact pour les marques et les allégations environnementales ?

Le PPWR a un impact direct sur l’usage des allégations environnementales sur les emballages. À partir de 2026, les mentions telles que « recyclable », « éco-responsable », « biodégradable » ne pourront être utilisées que si elles reposent sur des critères objectifs et vérifiables. Le nouveau cadre réglementaire impose une cohérence absolue entre le message de marque et la réalité technique de l’emballage.

L’absence de justification technique de ces allégations pourra être assimilée à une pratique commerciale trompeuse, engageant la responsabilité de l’entreprise, indépendamment de sa qualité de marque. À partir de 2028, ces contrôles devraient s’intensifier, notamment dans le cadre de la surveillance du marché et de la conformité des produits.

Pour en savoir plus concernant les marques vertes et le greenwashing, nous vous invitons à consulter notre article précédemment publié.

Conclusion

La réglementation française et européenne sur l’étiquetage, l’emballage et le tri constitue aujourd’hui un cadre juridique structurant, avec des obligations progressivement applicables entre 2026 et 2035, visant à renforcer la recyclabilité, réduire les déchets et harmoniser les pratiques à l’échelle du marché intérieur.

L’intégration de ces contraintes dans la stratégie juridique et opérationnelle des entreprises est indispensable pour garantir la conformité et éviter des risques juridiques significatifs.

Le cabinet Dreyfus et Associés accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.

Le Cabinet Dreyfus et Associés est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.

Nathalie Dreyfus avec l’aide de toute l’équipe du cabinet Dreyfus

FAQ

1. Comment anticiper les évolutions réglementaires ?
Pour anticiper ces évolutions et minimiser les risques juridiques, il est recommandé de :

  • Réaliser des audits d’emballage intégrant les nouvelles obligations européennes ;
  • Documenter les preuves de recyclabilité et de contenu recyclé ;
  • Harmoniser les mentions environnementales avec des données techniques certifiées ;
  • Associer les juristes, équipes RSE et marketing dès la phase de conception des produits.

2. Quelles sanctions en cas de non-conformité ?
Sanctions administratives, actions en concurrence déloyale, contentieux consommateurs et atteinte à l’image de marque.

3. Le logo Triman reste-t-il obligatoire ?
Le logo Triman reste obligatoire en France, mais il devra progressivement s’articuler avec les pictogrammes européens harmonisés prévus par le PPWR. À moyen terme, les entreprises devront gérer une coexistence des systèmes, ce qui nécessite une vigilance particulière en matière de lisibilité et de hiérarchisation de l’information.

4. Le règlement impose-t-il une refonte complète des packagings existants ?
Pas systématiquement, mais dans de nombreux cas, une adaptation sera inévitable, notamment pour:

  • les emballages non recyclables par conception,
  • ceux utilisant des matériaux composites complexes,
  • ou ceux comportant des messages environnementaux non conformes.

5. Pourquoi anticiper dès maintenant des obligations dont certaines ne s’appliquent qu’en 2028 ou 2030 ?
Parce que les décisions actuelles en matière de design, de contrats fournisseurs et de stratégie de marque engagent l’entreprise sur plusieurs années. Anticiper permet de sécuriser juridiquement les investissements, d’éviter des coûts de refonte précipités et de transformer la conformité réglementaire en avantage concurrentiel maîtrisé.

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.

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Perdre un droit d’obtention végétale pour une taxe impayée : un risque confirmé par la CJUE ?

Introduction

La décision rendue par la Cour de justice de l’Union européenne le 2 septembre 2025 (affaire C-426/24 P) marque un tournant décisif dans la gestion des droits d’obtention végétale communautaires.. En confirmant l’annulation définitive d’un droit pour non-paiement d’une taxe annuelle, la CJUE rappelle avec une rigueur implacable que la protection des innovations végétales repose autant sur la solidité juridique du titre que sur la discipline administrative de son titulaire.

Cette décision, aux conséquences pratiques majeures pour les sélectionneurs, semenciers et groupes agro-industriels, impose une lecture stratégique et opérationnelle du droit des obtentions végétales à l’ère de la dématérialisation.

Le cadre juridique du paiement des taxes en matière d’obtention végétale

Le principe fondamental du maintien du droit

Le règlement (CE) n° 2100/94 instituant le régime de protection communautaire des obtentions végétales repose sur un équilibre clair : en contrepartie d’un monopole d’exploitation, le titulaire doit s’acquitter chaque année d’une taxe de maintien.

Le non-paiement de la taxe annuelle dans les délais prescrits entraîne, en principe, la déchéance définitive du droit d’obtention végétale, à l’exception d’hypothèses limitées dans lesquelles le titulaire établit, sur le fondement de l’article 80 du règlement (CE) n° 2100/94, qu’un empêchement involontaire, exceptionnel et dûment justifié l’a empêché d’agir dans le délai imparti.

Une logique comparable aux autres titres de propriété industrielle

À l’instar des brevets ou des marques, le droit d’obtention végétale est un droit vivant, conditionné à une vigilance continue. Toutefois, la spécificité du système CPVO tient à la centralisation européenne et à l’usage croissant d’outils numériques dédiés à la relation avec les titulaires, notamment la plateforme électronique MyPVR, utilisée pour la notification des actes officiels, la gestion des échéances, le paiement des taxes annuelles et les échanges procéduraux avec les titulaires.

L’affaire Melrose : un contentieux emblématique devant la CJUE

Les faits à l’origine du litige

La société Romagnoli Fratelli SpA, titulaire d’un droit d’obtention végétale communautaire sur la variété de pomme de terre Melrose, n’a pas réglé la taxe annuelle dans les délais impartis.

Le CPVO (Office communautaire des variétés végétales) avait pourtant émis une note de débit et plusieurs rappels, l’ensemble étant mis à disposition sur la plateforme MyPVR, avec notifications par courriel.

La tentative de restitutio in integrum

Le titulaire a sollicité la restitutio in integrum de ses droits sur le fondement de l’article 80 du règlement (CE) n° 2100/94, en soutenant avoir été empêché de respecter le délai de paiement en raison de l’absence de réception effective des notifications et en contestant la validité de la plateforme MyPVR comme mode officiel de communication.

Ces arguments ont été écartés successivement par le CPVO, le Tribunal de l’Union européenne, puis par la Cour de justice de l’Union européenne ne, qui a jugé que le défaut de consultation des notifications électroniques ne constituait pas un empêchement involontaire au sens de l’article 80.

La validation de la communication électronique via MyPVR

Une base légale expressément reconnue

La CJUE confirme que le président du CPVO est habilité, en vertu du règlement 2100/94, à déterminer les modalités de notification électronique. Ainsi, le système MyPVR est donc reconnu comme un canal officiel et juridiquement valable de signification des actes.

L’importance du consentement du titulaire

Un élément déterminant réside dans le fait que le titulaire avait opté pour la communication électronique. Cette option emporte des conséquences juridiques claires : l’absence de consultation de la plateforme ne saurait invalider la notification.

reconnaissance juridique plateforme

La charge de la preuve et la responsabilité accrue du titulaire

Une position ferme de la CJUE

La Cour affirme sans ambiguïté que la charge de la preuve incombe au titulaire.
Il lui appartenait de démontrer que les documents n’avaient pas été mis à disposition dans son espace MyPVR ou que les courriels de notification n’avaient pas été envoyés. À défaut, la notification est présumée valable.

Une exigence de diligence renforcée

Cette approche consacre une logique de responsabilité proactive : ne pas voir une notification ne signifie pas qu’elle n’existe pas.

La CJUE érige ainsi la gestion administrative du portefeuille de COV en obligation stratégique, indissociable de la protection juridique.

Bonnes pratiques indispensables pour les titulaires de droits d’obtention végétale

Pour éviter des pertes irréversibles, nous recommandons notamment :

  • La surveillance régulière de MYPVR,
  • La mise à jour constante des coordonnées électroniques,
  • L’instauration d’alertes internes redondantes,
  • Le recours à un mandataire professionnel pour la gestion du portefeuille.

Conclusion

La décision de la CJUE du 2 septembre 2025 illustre avec force le prix de la négligence administrative en droit des obtentions végétales. Le non-paiement d’une taxe annuelle, même en l’absence de mauvaise foi, peut entraîner la perte définitive d’un droit à forte valeur économique.

Dans un environnement numérique assumé par les institutions européennes, la vigilance n’est plus une option : elle constitue la condition même de la pérennité des droits.

Le cabinet Dreyfus et Associés accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.

Le Cabinet Dreyfus et Associés est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.

Nathalie Dreyfus avec l’aide de toute l’équipe du cabinet Dreyfus

 

FAQ

 

1. Un droit d’obtention végétale annulé peut-il être redéposé ultérieurement ?

Le redépôt d’un droit d’obtention végétale est en pratique très restreint, toute nouvelle protection restant soumise à la nouveauté au sens du règlement (CE) n° 2100/94, ainsi qu’aux critères DHS, conditions rarement réunies après une exploitation antérieure de la variété.

2. Un mandataire est-il obligatoire ?

Non, mais fortement recommandé pour sécuriser la gestion du portefeuille.

3. La perte d’un droit d’obtention végétale peut-elle affecter la valorisation d’une entreprise ?

Absolument. Les droits d’obtention végétale constituent souvent des actifs immatériels stratégiques. Leur annulation peut impacter la valorisation financière, les audits d’acquisition, les levées de fonds ou les opérations de fusion-acquisition.

4. Le non-paiement d’une taxe CPVO peut-il engager la responsabilité interne d’une entreprise ?

Oui. Dans les groupes structurés, une déchéance résultant d’un défaut de paiement peut engager la responsabilité contractuelle ou disciplinaire du service ou du prestataire en charge de la gestion du portefeuille, notamment en cas de préjudice économique démontré.

5. La déchéance d’un droit d’obtention végétale a-t-elle un impact sur les contrats de licence en cours ?

Oui. L’annulation du droit entraîne, en principe, la disparition de la base juridique des licences, avec des conséquences contractuelles potentiellement lourdes, notamment en matière de redevances, de garanties et de responsabilité vis-à-vis des licenciés.

 

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.

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Guide juridique : protéger un parfum (odeur, formule, packaging et nom)

Dans l’industrie du luxe, le parfum est bien plus qu’une simple fragrance : c’est un actif immatériel complexe composé de plusieurs strates de création. Pour une protection efficace, il est impératif de disséquer le produit en ses quatre composantes majeures : l’odeur (le jus), la formule (la recette), le packaging (le flacon/étui) et le nom (la marque).

Chacun de ces éléments relève d’un régime juridique distinct. Le Cabinet Dreyfus vous propose ce guide expert pour naviguer entre droit d’auteur, droit des marques, dessins et modèles et secret des affaires.


L’odeur (la fragrance) : le défi de l’immatériel

C’est l’âme du parfum, mais c’est aussi l’élément le plus difficile à protéger juridiquement en France aujourd’hui. C’est un sujet que nous suivons de près, et que nous avons déjà traité notamment dans notre article intitulé Fragrance et propriété intellectuelle : quelle protection ?.

Pourquoi le droit d’auteur ne s’applique pas (encore) à l’odeur

Contrairement à une musique ou un livre, la jurisprudence française actuelle refuse de considérer la fragrance (l’odeur perçue) comme une « œuvre de l’esprit » protégée par le droit d’auteur.

  • La position des juges : La Cour de cassation considère que la fragrance procède de la mise en œuvre d’un savoir-faire technique, et non d’une démarche artistique purement créative identifiable avec une précision suffisante.
  • La conséquence : On ne peut pas agir en « contrefaçon de droits d’auteur » pour la reprise d’une odeur seule.

La solution : agir sur le terrain de la concurrence déloyale

Si l’odeur n’est pas une « œuvre », son imitation servile reste sanctionnable. Pour protéger l’odeur face aux « dupes » ou aux copies, nous agissons sur le fondement de la concurrence déloyale ou du parasitisme.

  • L’argument juridique : Il s’agit de prouver que le concurrent a cherché à s’approprier le sillage de votre parfum pour bénéficier de vos investissements sans bourse délier, créant un risque de confusion ou une captation de valeur indue.

La formule (la recette) : le domaine du secret

Si l’odeur est le résultat, la formule est le procédé technique (la liste des ingrédients chimiques et leur dosage) pour y parvenir.

Le secret des affaires plutôt que le brevet

Le dépôt de brevet est rare en parfumerie car il oblige à divulguer la formule au public (qui tombe dans le domaine public après 20 ans). La stratégie privilégiée est celle du secret des affaires.

  • Le principe : La formule doit rester une information confidentielle, connue d’un nombre très restreint de personnes (le « nez », le laboratoire).
  • La protection juridique : Elle repose sur la mise en place de mesures de protection raisonnables (physiques et numériques) pour empêcher le vol de la formule.

La contractualisation comme bouclier

Pour que le secret tienne, il doit être juridiquement sécurisé par des contrats :

  • Accords de confidentialité (NDA) : Indispensables avec les laboratoires, les fournisseurs de matières premières et les employés.
  • Clauses de non-concurrence : Pour éviter qu’un parfumeur ne parte chez un concurrent avec vos formules en tête.

Le packaging (flacon et étui) : l’alliance du dessin et modèle et de la marque

Le flacon est le premier point de contact visuel avec le consommateur. C’est un objet d’art industriel qui bénéficie de protections cumulatives très puissantes.

Dessins et modèles & Droit d’auteur

  • Dessins et modèles : C’est la protection reine pour l’apparence esthétique du flacon (sa forme, ses lignes). Le dépôt doit être effectué avant la divulgation du produit pour garantir sa nouveauté.
  • Droit d’auteur : Si le flacon est original et porte l’empreinte de la personnalité de son auteur, il est protégé par le droit d’auteur dès sa création, sans dépôt formel (bien que le dépôt probatoire soit conseillé).

La marque tridimensionnelle

Dans certains cas exceptionnels, la forme du flacon elle-même peut être déposée comme une marque (marque tridimensionnelle) si elle est suffisamment distinctive pour que le consommateur reconnaisse l’origine du produit à sa seule forme (exemple : le flacon iconique de Jean Paul Gaultier).

Le nom : le monopole de la marque

Le nom est l’actif le plus valorisable sur le long terme. Une fois l’odeur évaporée, c’est le nom qui reste.

Le dépôt de marque verbale

Le nom du parfum (ex: « N°5 ») et le nom de la maison doivent être déposés en tant que marques verbales.

  • Classes de dépôt : Il est crucial de viser la classe 3 (produits cosmétiques, parfums) mais aussi la classe 35 (publicité, gestion des affaires commerciales) pour la distribution.
  • Disponibilité : Une recherche d’antériorité approfondie est indispensable pour s’assurer que le nom n’est pas déjà pris.

La protection contre le cybersquatting

Le nom doit aussi être protégé sur internet. La réservation des noms de domaine (.com, .fr, et nouvelles extensions comme .luxury) doit être synchronisée avec le dépôt de marque, comme nous l’expliquons dans notre article sur les Noms de domaine et nouveaux gTLDs.

L’expertise contentieuse de Nathalie Dreyfus

Protéger ces quatre éléments nécessite une stratégie globale, mais aussi une capacité à défendre ses droits devant les tribunaux lorsque la contrefaçon survient.

Le Cabinet Dreyfus se distingue par l’expertise pointue de sa fondatrice, Nathalie Dreyfus. Conseil en Propriété Industrielle et Mandataire européen agréé, elle dispose d’une expérience reconnue non seulement dans le conseil stratégique, mais aussi dans l’accompagnement lors de contentieux complexes.

Son expertise est régulièrement sollicitée dans des dossiers à forts enjeux, nécessitant une maîtrise parfaite des jurisprudences de la Cour de cassation et des cours d’appel en matière de propriété intellectuelle. Cette connaissance fine des décisions judiciaires permet d’anticiper les risques juridiques liés à la protection de l’odeur ou de la forme, et de construire des dossiers de défense solides pour les maisons de parfum.

Vous pouvez consulter le profil complet de notre fondatrice ici : Nathalie Dreyfus.


FAQ : Questions fréquentes

  1. Peut-on breveter une odeur ?
    Non. Une odeur ne se brevète pas. Seul le procédé technique de fabrication (la formule chimique) pourrait théoriquement l’être, mais cela exige sa publication, ce qui est contraire à la stratégie de secret de l’industrie.
  1. Comment prouver que mon odeur a été copiée ?
    La preuve se fait généralement par une analyse chromatographique (analyse chimique) comparant le jus original et la copie, combinée à des tests olfactifs par des experts, pour démontrer le parasitisme économique.
  1. Le nom de mon parfum doit-il être descriptif ?
    Surtout pas. Une marque doit être distinctive. Appeler un parfum « Senteur Rose » pourrait être refusé à l’enregistrement car le terme décrit le produit. Il est recommandé de choisir un nom arbitraire ou fantaisiste.
  1. Quelle est la différence entre un « dupe » et une contrefaçon ?
    La contrefaçon copie un droit déposé (le nom, le logo, la forme du flacon). Le « dupe » imite souvent l’odeur (non protégée par le droit d’auteur) et l’ambiance, en changeant le nom. Contre le dupe, on agit en concurrence déloyale ; contre la contrefaçon, on agit en contrefaçon de marque ou modèle.

Le Cabinet Dreyfus est votre partenaire stratégique pour sécuriser vos actifs immatériels. Contactez-nous pour auditer la protection de vos créations olfactives.

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Quand faire appel à un expert en droit des marques : signes distinctifs, contrefaçon et stratégies de défense ?

Introduction

Dans un environnement économique marqué par l’intensification de la concurrence, la digitalisation des échanges et la circulation accélérée des contenus, la marque est devenue un actif stratégique majeur. Elle concentre à la fois valeur économique, réputation et confiance des consommateurs. Pourtant, nombre d’entreprises sous-estiment encore la technicité du droit des marques et interviennent trop tard, lorsque le risque juridique est déjà matérialisé.
Savoir quand faire appel à un expert en droit des marques ne relève pas du confort juridique, mais d’une décision stratégique. Qu’il s’agisse de créer un signe distinctif, de prévenir une action en contrefaçon ou de déployer une stratégie de défense efficace, l’intervention d’un spécialiste permet d’anticiper, de sécuriser et, surtout, d’arbitrer les risques.

Comprendre les signes distinctifs et les enjeux de leur protection

Qu’est-ce qu’un signe distinctif en droit des marques ?

Un signe distinctif est un signe apte à identifier l’origine commerciale de produits ou services et à les distinguer de ceux des concurrents. Il peut prendre des formes variées : dénomination verbale, logo, slogan, forme, couleur, voire son ou animation dans certains cas.

Toutefois, tous les signes ne sont pas protégeables. Le droit des marques exclut notamment les signes descriptifs, génériques ou usuels, ainsi que ceux contraires à l’ordre public. L’appréciation du caractère distinctif est une analyse juridique fine, souvent sous-estimée lors des dépôts. Indépendamment de ces exclusions absolues, un signe peut également être juridiquement indisponible en raison de droits antérieurs détenus par des tiers, tels que des marques enregistrées, des dénominations sociales, des noms commerciaux ou des noms de domaine, même s’il est distinctif en lui-même.

protection signe marque

Pourquoi la distinctivité est-elle un point de vigilance majeur ?

Un dépôt de marque fragilisé dès l’origine expose son titulaire à des risques élevés : refus à l’enregistrement, opposition de tiers, nullité ou déchéance ultérieure. Un expert en droit des marques intervient ici pour sécuriser le choix du signe, en tenant compte du secteur d’activité, du public pertinent et de la jurisprudence applicable.
Exemple : la Cour de cassation a censuré l’arrêt d’appel qui considérait que la marque « Silhouette » était distinctive car « les produits visés étaient des substances liées à l’amaigrissement, ce dont il se déduisait que le signe pouvait servir à désigner une caractéristique de ces produits » (Cass.Com 12/07/2005, n°04-12.146).

À quel moment l’expertise en droit des marques devient indispensable ?

En amont : création, dépôt et stratégie de protection

Le premier réflexe doit être l’anticipation. Avant tout lancement commercial, l’expert réalise des recherches d’antériorités approfondies et construit une stratégie de dépôt cohérente, tant au niveau national qu’international. Cette approche permet d’éviter des investissements marketing sur un signe juridiquement indisponible.

Les entreprises peuvent déposer leur marque auprès de l’INPI pour une protection en France, de l’EUIPO pour une marque de l’Union européenne, ou encore utiliser le système de Madrid géré par l’OMPI pour une protection internationale simplifiée.

En phase d’exploitation : surveillance et gestion des risques

Une marque déposée n’est pas une marque protégée de manière automatique. La surveillance des registres, des noms de domaine, des marketplaces et des réseaux sociaux est essentielle. L’expert identifie les atteintes potentielles et recommande des actions proportionnées, de la mise en demeure à la procédure contentieuse.

En situation de crise : opposition, litige ou contentieux

Lorsque le conflit est engagé, l’intervention d’un spécialiste est déterminante. Opposition devant l’INPI ou l’EUIPO, action en contrefaçon, négociation transactionnelle : chaque décision repose sur une analyse juridique et stratégique précise, tenant compte des preuves, des délais et des enjeux économiques.

Contrefaçon de marque : identifier, qualifier et agir efficacement

Comment reconnaître une situation de contrefaçon ?

La contrefaçon suppose l’usage, sans autorisation, d’un signe identique ou similaire pour des produits ou services identiques ou similaires, générant un risque de confusion. L’analyse ne se limite pas à une comparaison visuelle ; elle intègre des critères phonétiques, conceptuels et contextuels.

Pourquoi agir rapidement est essentiel ?

L’inaction fragilise la position du titulaire et peut être interprétée comme une tolérance. L’expert en droit des marques évalue l’urgence, la gravité de l’atteinte et la meilleure voie d’action, qu’elle soit judiciaire ou extrajudiciaire.

Exemple : une entreprise découvre l’exploitation de sa marque via un nom de domaine frauduleux utilisé pour des ventes en ligne. Une stratégie combinant mise en demeure, procédure UDRP et signalements aux plateformes permet une neutralisation rapide du risque. Le cabinet dispose d’une expertise reconnue en matière de noms de domaine.

Construire une stratégie de défense et de valorisation des marques

Défense juridique et cohérence globale

La défense d’une marque ne se limite pas à réagir aux atteintes. Elle s’inscrit dans une stratégie globale, alignée avec les objectifs commerciaux et la politique de communication de l’entreprise. L’expert accompagne la prise de décision, en évaluant le rapport coût/risque/opportunité.

Valorisation et sécurisation des actifs immatériels

Au-delà du contentieux, le droit des marques est un levier de valorisation : licences, cessions, partenariats, levées de fonds. Une marque juridiquement solide renforce la crédibilité de l’entreprise auprès des investisseurs et partenaires.

Conclusion

Faire appel à un expert en droit des marques est une démarche structurante à chaque étape de la vie de la marque : création, exploitation, défense et valorisation. Dans un contexte où les atteintes se multiplient et se complexifient, l’expertise juridique permet de transformer le risque en avantage compétitif.
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FAQ

1. Quand faut-il consulter un expert en droit des marques ?
Dès la phase de réflexion sur le choix d’un nom ou d’un logo, et avant tout dépôt ou lancement commercial.
2. Un expert est-il indispensable pour déposer une marque ?
Le dépôt est possible sans expert, mais l’accompagnement d’un expert réduit significativement les risques juridiques.
3. Quels sont les risques d’un dépôt de marque mal rédigé ?
Un libellé imprécis ou trop large peut fragiliser la marque, limiter sa défense ou exposer son titulaire à des actions en nullité ou en déchéance.
4. Une marque non exploitée est-elle protégée ?
L’absence d’usage sérieux peut entraîner la déchéance des droits.
5. La surveillance de marque est-elle obligatoire ?
Elle n’est pas obligatoire juridiquement, mais essentielle en pratique pour préserver ses droits.
6. Quelle est la différence entre opposition et contrefaçon ?
L’opposition intervient lors du dépôt d’une marque alors que la contrefaçon sanctionne un usage non autorisé d’un signe protégé.
7. Une entreprise peut-elle se défendre seule face à une accusation de contrefaçon ?
En pratique, cela comporte des risques importants. Une mauvaise qualification juridique ou une réponse inadaptée peut aggraver la situation. L’accompagnement par un expert permet de structurer une défense cohérente et proportionnée.

 

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.

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Droit des franchises dans l’Union européenne et au Royaume-Uni : guide complet 2026

Le Brexit a profondément modifié le paysage juridique des franchises internationales. Depuis le 1er juin 2022, l’Union européenne et le Royaume-Uni appliquent des régimes distincts d’exemption pour les accords verticaux, créant une complexité nouvelle pour les franchiseurs opérant des deux côtés de la Manche. Ce guide détaille les règles applicables, les différences essentielles entre les deux systèmes et les stratégies de conformité pour sécuriser votre développement international.

Le cadre juridique des franchises en Europe

Le contrat de franchise constitue un accord vertical au sens du droit de la concurrence : il lie deux entreprises opérant à des niveaux différents de la chaîne de production ou de distribution. Le franchiseur concède au franchisé le droit d’exploiter sa marque, son savoir-faire et ses méthodes commerciales, en contrepartie d’une redevance et du respect de standards définis.

Cette relation contractuelle est encadrée par les règles de concurrence qui prohibent les accords susceptibles de restreindre la concurrence. Dans l’Union européenne, c’est l’article 101 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) qui pose ce principe. Au Royaume-Uni, le Chapter I du Competition Act 1998 remplit une fonction équivalente.

Toutefois, certains accords verticaux peuvent bénéficier d’une exemption par catégorie lorsqu’ils génèrent des gains d’efficacité économique dont les consommateurs tirent profit. C’est précisément l’objet des règlements d’exemption qui créent un « port sûr » (safe harbour) pour les accords remplissant certaines conditions.

L’héritage de l’arrêt Pronuptia

Le droit européen de la franchise trouve ses racines dans l’arrêt Pronuptia de Paris c/ Schillgalis rendu par la Cour de justice des Communautés européennes en 1986. Cette décision fondatrice a reconnu que certaines restrictions contractuelles sont inhérentes à la nature même de la franchise et ne constituent pas des restrictions de concurrence. Il s’agit notamment des clauses visant à protéger l’identité et la réputation du réseau, ainsi que la confidentialité du savoir-faire transmis.

Ce « test Pronuptia » reste pertinent aujourd’hui : les restrictions véritablement nécessaires à la protection du savoir-faire et de l’image de marque échappent au champ d’application de l’interdiction des ententes.

Le Règlement 2022/720 : régime européen d’exemption

Le Règlement (UE) 2022/720 relatif à l’application de l’article 101, paragraphe 3, du TFUE à des catégories d’accords verticaux est entré en vigueur le 1er juin 2022. Il remplace le règlement de 2010 et s’appliquera jusqu’au 31 mai 2034.

Ce règlement est accompagné des Lignes directrices sur les restrictions verticales qui fournissent une interprétation détaillée de ses dispositions. Ensemble, ils constituent le cadre de référence pour évaluer la conformité des contrats de franchise au droit européen de la concurrence.

Conditions d’application de l’exemption

Pour bénéficier de l’exemption par catégorie, un contrat de franchise doit remplir plusieurs conditions cumulatives :

Seuil de part de marché : le franchiseur et le franchisé doivent chacun détenir une part de marché n’excédant pas 30% sur leurs marchés pertinents respectifs. Pour le franchiseur, il s’agit du marché sur lequel il vend les biens ou services contractuels. Pour le franchisé, c’est le marché d’achat qui est considéré.

Absence de restrictions caractérisées (hardcore restrictions) : l’accord ne doit contenir aucune des restrictions caractérisées énumérées à l’article 4 du Règlement, qui font perdre le bénéfice de l’exemption à l’ensemble de l’accord.

Absence de restrictions exclues : certaines clauses, bien que n’étant pas des restrictions caractérisées, sont exclues du bénéfice de l’exemption sans pour autant impacter le reste de l’accord. Elles doivent être évaluées individuellement.

Nouveautés du Règlement 2022

Le règlement de 2022 apporte des clarifications importantes sur plusieurs points qui avaient fait débat sous l’empire du texte précédent :

Distribution duale : l’exemption couvre désormais expressément les situations où le franchiseur vend également aux mêmes niveaux que ses franchisés (détail, gros, importation), à condition que l’accord soit non réciproque et que les parties ne soient pas concurrentes au niveau amont.

Échange d’informations : dans le contexte de la distribution duale, l’échange d’informations entre franchiseur et franchisé fait l’objet de règles spécifiques pour éviter les risques de coordination horizontale.

Exclusivité partagée : le franchiseur peut désormais désigner jusqu’à cinq distributeurs exclusifs par territoire, contre un seul auparavant.

Ventes en ligne : le règlement clarifie les restrictions admissibles concernant l’utilisation d’Internet et des plateformes de vente en ligne.

Le VABEO : régime britannique post-Brexit

Le Royaume-Uni a adopté son propre régime d’exemption avec le Competition Act 1998 (Vertical Agreements Block Exemption) Order 2022, communément appelé VABEO. Entré en vigueur le 1er juin 2022, il expirera le 1er juin 2028, soit six ans avant le Règlement européen.

La Competition and Markets Authority (CMA), autorité britannique de la concurrence, a publié des lignes directrices accompagnant le VABEO. Ces dernières divergent sur certains points des orientations de la Commission européenne.

Architecture du VABEO

Le VABEO reprend globalement la structure du Règlement européen avec le même seuil de part de marché de 30% et une liste similaire de restrictions caractérisées. Cependant, plusieurs différences notables reflètent les priorités d’application du droit de la concurrence britannique et l’expérience de la CMA.

Durée plus courte : l’expiration en 2028 permettra au Royaume-Uni d’adapter plus rapidement sa réglementation aux évolutions du marché, mais crée également une incertitude pour les accords de longue durée.

Pouvoirs d’investigation : le VABEO confère à la CMA un pouvoir statutaire de demander des informations aux parties sur leurs accords verticaux, renforçant ses capacités de contrôle.

Principales différences entre le Règlement européen et le VABEO

Bien que les deux régimes partagent une base commune, plusieurs divergences significatives imposent une analyse séparée pour les réseaux opérant des deux côtés de la Manche.

Clauses de parité (MFN)

C’est probablement la différence la plus importante entre les deux régimes.

Au Royaume-Uni : toutes les clauses de parité larges au niveau du détail (« wide retail MFN ») constituent des restrictions caractérisées. Une clause de parité large interdit au franchisé d’offrir ses produits ou services à de meilleures conditions sur tout autre canal de vente, qu’il soit en ligne ou hors ligne. L’inclusion d’une telle clause fait perdre le bénéfice de l’exemption à l’ensemble de l’accord.

Dans l’UE : seules les clauses de parité larges imposées par des fournisseurs de services d’intermédiation en ligne sont exclues de l’exemption, et il s’agit d’une exclusion (qui n’affecte que la clause concernée) plutôt que d’une restriction caractérisée (qui affecterait tout l’accord).

Distribution duale et échange d’informations

Dans l’UE : le Règlement européen impose des conditions spécifiques pour que l’échange d’informations entre parties en situation de distribution duale bénéficie de l’exemption. L’échange doit être directement lié à la mise en œuvre de l’accord vertical et nécessaire pour améliorer la production ou la distribution des biens contractuels.

Au Royaume-Uni : le VABEO n’impose pas ces conditions formelles. L’échange d’informations est exempté s’il ne restreint pas la concurrence par objet et s’il est « véritablement vertical », c’est-à-dire nécessaire à la mise en œuvre de l’accord vertical.

Exclusivité territoriale partagée

Dans l’UE : le nombre maximum de distributeurs exclusifs par territoire est fixé à cinq.

Au Royaume-Uni : le VABEO ne prescrit pas de nombre maximum mais exige que le nombre soit « déterminé proportionnellement au territoire ou au groupe de clients de manière à assurer un volume d’affaires préservant les efforts d’investissement » des distributeurs.

Non-concurrence post-contractuelle

Les deux régimes autorisent les clauses de non-concurrence post-contractuelles d’une durée maximale d’un an, limitées aux locaux où le franchisé a opéré. Cependant :

Dans l’UE : une condition supplémentaire exige que la clause soit « indispensable à la protection du savoir-faire ».

Au Royaume-Uni : le VABEO ajoute que la clause doit « concerner des biens ou services en concurrence avec les biens ou services contractuels ».

Tableau récapitulatif des différences

Critère Réglement (UE) VABEO (UK)
Date d’expiration 31 mai 2034 1er juin 2028
Clauses MFN larges (détail) Exclues uniquement pour les plateformes d’intermédiation Restrictions caractérisées pour tous
Échange d’informations (distribution duale) Conditions formelles requises Approche plus souple
Exclusivité partagée Maximum 5 distributeurs Nombre proportionnel au territoire
Non-concurrence post-contractuelle Indispensable à la protection du savoir-faire Doit concerner des biens/services concurrents

Clauses essentielles du contrat de franchise

Un contrat de franchise international doit être rédigé avec soin pour bénéficier de l’exemption dans les deux juridictions. Voici les principales clauses à considérer.

Protection du savoir-faire

Les deux régimes reconnaissent la légitimité des clauses visant à protéger le savoir-faire du franchiseur. Les lignes directrices énumèrent les restrictions généralement considérées comme inhérentes à la franchise :

  • Obligation de confidentialité sur le savoir-faire transmis
  • Obligation de ne pas acquérir des intérêts financiers dans une entreprise concurrent
  • Obligation de communiquer au franchiseur les améliorations apportées au système
  • Obligation d’utiliser le savoir-faire uniquement aux fins de l’exploitation de la franchise

Clauses de non-concurrence

Les clauses de non-concurrence sont autorisées sous certaines conditions :

Pendant la durée du contrat : la durée maximale est de 5 ans. Les clauses tacitement renouvelables au-delà de cette période sont considérées comme conclues pour une durée indéterminée et ne bénéficient pas de l’exemption.

Après la fin du contrat : la durée maximale est de 1 an, et la clause doit être limitée géographiquement aux locaux et terrains à partir desquels le franchisé a opéré pendant la durée du contrat.

Restrictions territoriales et de clientèle

Le franchiseur peut imposer certaines restrictions sur les ventes du franchisé, notamment :

  • Restrictions sur les ventes actives vers des territoires ou clientèles réservés exclusivement à d’autres membres du réseau
  • Obligation de n’opérer qu’à partir d’un lieu d’établissement autorisé
  • Restrictions sur les ventes actives vers des territoires réservés au franchiseur

En revanche, les restrictions sur les ventes passives (réponses à des sollicitations spontanées de clients) sont généralement considérées comme des restrictions caractérisées.

Approvisionnement exclusif

Le franchiseur peut imposer une obligation d’approvisionnement exclusif (acheter plus de 80% des besoins auprès du franchiseur ou de fournisseurs désignés) à condition que cette obligation ne dépasse pas une durée de 5 ans.

Les restrictions caractérisées à éviter

Certaines clauses constituent des restrictions caractérisées (hardcore restrictions) qui font perdre à l’ensemble de l’accord le bénéfice de l’exemption par catégorie. Ces restrictions sont présumées restreindre la concurrence par l’objet.

Fixation des prix de revente (RPM)

L’imposition d’un prix de revente fixe ou minimum constitue la restriction la plus grave. Cela inclut les mécanismes indirects tels que les :

  • Marges fixes ou maximales
  • Remises ou remboursements conditionnés au respect d’un niveau de prix
  • Menaces, intimidations ou sanctions liées à la politique tarifaire
  • Prix minimums annoncés (MAP) qui fonctionnent en pratique comme des prix fixes

En revanche, les prix de revente recommandés et les prix maximums sont autorisés, à condition qu’ils ne fonctionnent pas en pratique comme des prix fixes.

Restrictions territoriales absolues

Sont interdites les restrictions qui empêchent totalement un franchisé de vendre dans certains territoires ou à certaines catégories de clients. Cela vise notamment le cloisonnement du marché intérieur européen.

Restrictions des ventes passives

Les restrictions sur les ventes passives, c’est-à-dire les ventes résultant de sollicitations non provoquées par le franchisé, constituent des restrictions caractérisées, sauf exceptions limitées (notamment dans les systèmes de distribution sélective).

Interdiction des ventes en ligne

Une interdiction totale de l’utilisation d’Internet comme canal de vente est une restriction caractérisée. Le franchisé doit pouvoir vendre en ligne, même si des restrictions qualitatives peuvent être imposées.

Restrictions spécifiques au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni uniquement, les clauses de parité larges au niveau du détail constituent également des restrictions caractérisées. Cette qualification plus sévère que dans l’UE impose une vigilance particulière lors de la rédaction de contrats couvrant le marché britannique.

E-commerce et ventes en ligne

L’essor du commerce électronique a été l’un des moteurs principaux de la révision des règlements d’exemption. Les nouvelles règles apportent des clarifications importantes pour les réseaux de franchise.

Principe de libre accès à Internet

Le franchisé doit être libre d’utiliser Internet pour promouvoir et vendre les produits ou services contractuels. Toute restriction visant à empêcher l’utilisation effective d’Internet comme canal de vente constitue une restriction caractérisée.

Restrictions autorisées

Certaines restrictions sur les ventes en ligne sont néanmoins autorisées :

Différenciation tarifaire (dual pricing) : le franchiseur peut fixer des prix de gros différents pour les produits destinés à être vendus en ligne et ceux destinés à la vente en magasin, à condition que cette différence soit liée aux coûts différents de chaque canal.

Critères qualitatifs : dans un système de distribution sélective, le franchiseur peut imposer des critères différents pour les ventes en ligne et hors ligne, à condition qu’ils poursuivent les mêmes objectifs et atteignent des résultats comparables.

Restriction des places de marché : le franchiseur peut interdire au franchisé de vendre via des places de marché tierces (Amazon, eBay, etc.), à condition de ne pas interdire toute présence en ligne.

Plateformes d’intermédiation

Les règles relatives aux plateformes d’intermédiation en ligne (online intermediation services) ont été renforcées. Dans l’UE, les clauses de parité larges imposées par ces plateformes sont exclues de l’exemption. Au Royaume-Uni, le traitement est encore plus strict puisque toutes les clauses de parité larges sont des restrictions caractérisées.

Stratégies de conformité internationale

Les franchiseurs opérant à la fois dans l’UE et au Royaume-Uni font face à un défi de conformité accru depuis le Brexit. Plusieurs stratégies peuvent être envisagées.

Option 1 : contrat unique aligné sur le régime le plus strict

Cette approche consiste à adopter un contrat-type unique respectant simultanément les exigences du Règlement européen et du VABEO. Les clauses sont rédigées selon le standard le plus restrictif, généralement celui du Royaume-Uni pour les clauses MFN.

Avantages : simplicité de gestion, cohérence du réseau, réduction des coûts administratifs.

Inconvénients : perte potentielle de flexibilité dans l’UE où certaines clauses seraient autorisées.

Option 2 : contrats distincts par juridiction

Cette approche implique d’utiliser des contrats différents pour les franchisés établis dans l’UE et ceux établis au Royaume-Uni, chacun optimisé pour son régime applicable.

Avantages : exploitation optimale des possibilités offertes par chaque régime.

Inconvénients : complexité de gestion, coûts de rédaction et de suivi plus élevés, risque d’incohérence au sein du réseau.

Option 3 : approche modulaire

Une solution intermédiaire consiste à utiliser un contrat-cadre commun avec des annexes ou avenants spécifiques à chaque juridiction. Les clauses sensibles (MFN, échange d’informations, etc.) sont traitées dans ces documents annexes.

Audit de conformité

Quelle que soit l’option retenue, un audit régulier des contrats est indispensable. Les points de vigilance incluent :

  • Vérification des seuils de parts de marché (à actualiser régulièrement)
  • Revue des clauses de non-concurrence et de leur durée
  • Analyse des clauses relatives aux ventes en ligne
  • Examen des mécanismes de fixation des prix
  • Contrôle des clauses de parité et MFN
  • Vérification des restrictions territoriales

L’accompagnement Dreyfus pour votre réseau de franchise

Le cabinet Dreyfus & Associés accompagne les franchiseurs et franchisés dans la sécurisation juridique de leurs réseaux en France, dans l’Union européenne et au Royaume-Uni.

Notre expertise

Notre équipe intervient à tous les stades du développement de votre réseau :

Audit et mise en conformité : analyse de vos contrats existants au regard des règles du Règlement européen et du VABEO, identification des clauses à risque, recommandations de modification.

Rédaction contractuelle : élaboration de contrats de franchise conformes aux deux régimes, avec les adaptations nécessaires pour chaque marché. Nos contrats intègrent les meilleures pratiques en matière de protection du savoir-faire, de droits de propriété intellectuelle et de conformité concurrentielle.

Protection de la marque : enregistrement et surveillance de vos marques dans l’UE et au Royaume-Uni, gestion des procédures d’opposition, lutte contre la contrefaçon. La procédure d’opposition permet de protéger efficacement l’identité de votre réseau.

Contentieux : défense de vos intérêts en cas de litige avec un franchisé, un concurrent ou une autorité de concurrence.

Pourquoi choisir Dreyfus ?

Notre cabinet se distingue par :

  • Une expertise reconnue en droit de la propriété intellectuelle et droit de la concurrence
  • Une connaissance approfondie des spécificités du secteur de la franchise
  • Une pratique internationale avec un réseau de correspondants dans les principaux marchés européens
  • L’accréditation de Nathalie Dreyfus comme expert judiciaire près la Cour de cassation et l’OMPI

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Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le Réglement européen et le VABEO britannique ?
Le Règlement 2022/720. s’applique dans l’UE jusqu’en 2034, tandis que le VABEO britannique expire en 2028. Les principales différences concernent les clauses MFN (Most Favoured Nation), le traitement de la distribution duale et certaines restrictions caractérisées. Au Royaume-Uni, toutes les clauses de parité larges sont des restrictions caractérisées, alors que l’UE ne sanctionne ainsi que celles imposées par des services d’intermédiation en ligne.

Quelles sont les clauses interdites dans un contrat de franchise UE/UK ?
Les restrictions caractérisées communes aux deux régimes incluent la fixation des prix de revente (RPM), les restrictions territoriales absolues, les restrictions sur les ventes passives et l’interdiction totale des ventes en ligne. Au Royaume-Uni uniquement, les clauses de parité larges sont également des restrictions caractérisées, ce qui impose une vigilance particulière.

Quelle est la durée maximale d’une clause de non-concurrence ?
La durée maximale d’une clause de non-concurrence pendant la durée du contrat est de 5 ans. Les clauses tacitement renouvelables au-delà de 5 ans sont considérées comme conclues pour une durée indéterminée et ne bénéficient pas de l’exemption. Les clauses post-contractuelles sont limitées à 1 an et doivent être géographiquement restreintes aux locaux du franchisé.

Quel est le seuil de part de marché pour bénéficier de l’exemption ?
Pour bénéficier de l’exemption du Règlement européen ou du VABEO, le franchiseur et le franchisé doivent chacun détenir une part de marché inférieure ou égale à 30% sur leurs marchés pertinents respectifs. Si ce seuil est dépassé, l’accord doit être analysé individuellement au regard du droit de la concurrence.

Comment gérer un réseau de franchise couvrant l’UE et le Royaume-Uni ?
Les franchiseurs internationaux doivent désormais effectuer une double analyse de conformité. Deux options principales s’offrent à eux : adopter un contrat unique respectant les règles les plus strictes des deux régimes, ou utiliser des contrats distincts adaptés à chaque juridiction. Une approche modulaire avec annexes spécifiques constitue souvent un bon compromis. Un audit régulier et l’accompagnement d’un cabinet spécialisé sont fortement recommandés.

Puis-je interdire à mes franchisés de vendre sur Amazon ou d’autres marketplaces ?
Oui, sous certaines conditions. Le franchiseur peut interdire au franchisé de vendre via des places de marché tierces (Amazon, eBay, Cdiscount, etc.), à condition de ne pas interdire toute présence en ligne. Le franchisé doit conserver la possibilité de vendre via son propre site Internet. Cette restriction est autorisée dans les deux régimes, UE et UK.

Que se passe-t-il si mon contrat contient une restriction caractérisée ?
Si votre contrat contient une restriction caractérisée, il perd le bénéfice de l’exemption par catégorie dans son ensemble. L’accord devra alors être évalué individuellement pour déterminer s’il enfreint le droit de la concurrence. En cas d’infraction avérée, la clause concernée est nulle et vous vous exposez à des sanctions des autorités de concurrence ainsi qu’à des actions en dommages-intérêts de la part des parties lésées.

Puis-je imposer des prix de revente à mes franchisés ?
Non, la fixation de prix de revente minimum ou fixes (RPM – Resale Price Maintenance) constitue une restriction caractérisée dans les deux régimes. Vous pouvez toutefois communiquer des prix recommandés ou fixer des prix maximums, à condition qu’ils ne fonctionnent pas en pratique comme des prix fixes ou minimums. Les pressions, menaces ou systèmes de surveillance visant à imposer le respect de ces prix sont également prohibés.

Quelle est la durée de validité des exemptions VBER et VABEO ?
Le Règlement européen est valide jusqu’au 31 mai 2034, tandis que le VABEO britannique expire le 1er juin 2028. Cette différence de six ans crée une incertitude pour les contrats de longue durée couvrant le Royaume-Uni. Il est recommandé d’anticiper les évolutions réglementaires britanniques et de prévoir des clauses d’adaptation dans vos contrats.

Comment calculer ma part de marché pour savoir si je bénéficie de l’exemption ?
Pour le franchiseur, la part de marché se calcule sur le marché où il vend les biens ou services contractuels. Pour le franchisé, c’est le marché d’achat qui est considéré. Le calcul doit être effectué annuellement sur la base du chiffre d’affaires ou, à défaut, des volumes. Si la part de marché dépasse 30% mais reste inférieure à 35%, l’exemption peut continuer à s’appliquer pendant deux années supplémentaires (une seule année si elle dépasse 35%).

Les restrictions de vente en ligne sont-elles autorisées ?
Une interdiction totale des ventes en ligne est une restriction caractérisée. Cependant, certaines restrictions qualitatives sont autorisées : exigences de qualité pour le site web, interdiction de vendre sur des marketplaces tierces (tout en permettant un site propre), ou différenciation tarifaire entre canaux en ligne et hors ligne si elle reflète des coûts différents. Le franchisé doit toujours conserver une possibilité effective de vendre en ligne.

Qu’est-ce que la distribution duale et quelles sont ses implications ?
La distribution duale désigne la situation où le franchiseur vend également directement aux mêmes clients que ses franchisés. Cette configuration est courante dans les réseaux de franchise. Depuis 2022, elle bénéficie explicitement de l’exemption, mais impose des précautions particulières concernant l’échange d’informations entre franchiseur et franchisés pour éviter tout risque de coordination horizontale anticoncurrentielle.

Les clauses de non-concurrence post-contractuelles sont-elles valables ?
Oui, mais sous conditions strictes. La durée maximale est de 1 an après la fin du contrat. La clause doit être limitée géographiquement aux locaux et terrains à partir desquels le franchisé a opéré. Elle doit être indispensable à la protection du savoir-faire (UE) et concerner des biens/services concurrents (UK). Une clause plus large ou plus longue ne bénéficie pas de l’exemption.

Mon contrat de franchise doit-il être notifié aux autorités de concurrence ?
Non, il n’existe pas de système de notification préalable. L’exemption par catégorie s’applique automatiquement si les conditions sont remplies. Cependant, les autorités de concurrence (Commission européenne, CMA, autorités nationales) peuvent à tout moment enquêter sur un accord et retirer le bénéfice de l’exemption si elles constatent des effets anticoncurrentiels. Un audit préventif par un cabinet spécialisé est donc recommandé.


Points clés à retenir

  • Double régime : depuis le Brexit, deux systèmes distincts s’appliquent (Règlement européen dans l’UE, VABEO au UK)
  • Seuil de 30% : les parts de marché du franchiseur et du franchisé ne doivent pas excéder ce seuil
  • Non-concurrence : 5 ans maximum pendant le contrat, 1 an après
  • Clauses MFN : traitement plus strict au Royaume-Uni (restriction caractérisée)
  • Ventes en ligne : ne peuvent être totalement interdites
  • Expiration différée : VABEO expire en 2028, Règlement européen en 2034

Références Juridiques

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Déposer une marque aux États-Unis sans preuve d’usage : comment fonctionne le dépôt sous intention d’usage (Intent-to-Use)?

Introduction

Déposer une marque aux États-Unis est un passage obligé pour toute entreprise souhaitant sécuriser sa croissance sur le premier marché mondial. Toutefois, le système américain se distingue profondément du modèle français ou européen : aux États-Unis, le droit des marques repose sur le principe cardinal de l’usage effectif dans le commerce. Contrairement à l’Union européenne, où l’enregistrement seul crée un droit, le droit américain exige que la marque soit réellement exploitée dans le cadre d’une activité commerciale interétatique.

Pour un entrepreneur étranger n’ayant pas encore lancé ses produits ou services sur le territoire américain, cette exigence peut constituer un obstacle majeur. C’est précisément pour répondre à ce besoin que l’USPTO a instauré le mécanisme de l’Intent-to-Use (ITU). Ce dispositif permet de déposer une marque avant même son exploitation, à condition d’avoir une intention de bonne foi de l’utiliser prochainement. Il s’agit d’un outil particulièrement stratégique qui offre la possibilité de sécuriser un signe, d’obtenir une date de priorité et de préparer sereinement une entrée sur le marché américain.

Dans cet article, nous exposons de manière rigoureuse et détaillée les mécanismes, les étapes, les avantages et les risques liés à ce système. Notre objectif est d’accompagner les entreprises françaises et européennes dans la construction d’une stratégie de marque solide et conforme aux exigences du droit américain.

Comprendre le fondement « intent-to-use » aux États-Unis

Le régime Intent-to-Use repose sur une idée simple mais déterminante : permettre au déposant de réserver une marque dont l’usage n’a pas encore commencé, tout en respectant le lien historique entre usage et protection. Contrairement aux dépôts en France auprès de l’INPI ou auprès de l’EUIPO, l’USPTO n’enregistre pas immédiatement une marque déposée sous ITU. Elle ne devient enregistrée qu’une fois l’usage démontré.

Cette approche vise à éviter les dépôts spéculatifs tout en permettant aux entreprises étrangères d’anticiper leur implantation. En d’autres termes, le législateur américain souhaite encourager les projets sérieux et sanctionner les dépôts de complaisance. Pour cette raison, la déclaration d’intention doit être précise, sincère et documentée : un simple souhait théorique est insuffisant.

Les bases de dépôt proposées par l’USPTO incluent le dépôt en usage (1(a)), le dépôt fondé sur l’intention (1(b)) et les dépôts fondés sur des droits étrangers, mais l’ITU reste le système privilégié par les entreprises étrangères en phase préparatoire.

Le processus complet d’une demande Intent-to-Use

Le dépôt initial

Le déposant soumet sa demande à l’USPTO en choisissant la base 1(b). À ce stade, il n’a pas à fournir de preuve d’usage, mais doit affirmer sous serment qu’il a une intention réelle et de bonne foi de lancer ses produits ou services aux États-Unis à court ou moyen terme. Cette déclaration engage sa responsabilité juridique.

L’examen et la publication

Une fois déposée, la demande suit l’examen classique : vérification de la distinctivité, analyse des conflits éventuels, conformité du libellé des produits et services. Si aucune objection n’est formulée, la demande est publiée au journal officiel de l’USPTO. Les tiers disposent alors d’un délai d’opposition pour contester l’enregistrement sur la base d’antériorités ou d’un risque de confusion.

La Notice of Allowance

Après la publication et en l’absence d’opposition, l’USPTO émet une Notice of Allowance. Cette étape confirme que la marque peut être enregistrée dès lors que le déposant apporte la preuve d’usage. La marque n’est donc pas encore enregistrée, mais elle est acceptée sur le principe.

Le Statement of Use (SOU)

Le déposant dispose d’un délai initial de six mois pour produire un Statement of Use, accompagné d’un spécimen démontrant l’exploitation commerciale. Cette preuve peut prendre la forme d’une photographie du produit, d’une capture d’écran d’un site marchand, d’emballages, de factures ou de tout document montrant un usage réel dans le commerce interétatique.

Si, à l’inverse, l’usage a commencé avant l’émission de la NOA, il est possible de déposer un Amendment to Allege Use, permettant d’accélérer l’enregistrement.

Les extensions de délai

Si l’entreprise n’a pas encore commencé l’usage, elle peut solliciter jusqu’à cinq extensions successives de six mois chacune. Au total, le déposant dispose d’un maximum de trois ans à compter de la NOA pour fournir sa preuve d’usage. À défaut, la demande sera abandonnée et la priorité perdue.

 

processus intent amerique

Les enjeux stratégiques pour les entreprises françaises et européennes

Le mécanisme Intent-to-Use constitue un instrument stratégique majeur. Il permet d’obtenir une date de priorité cruciale dans des secteurs où les dépôts se multiplient, comme les cosmétiques, la mode, la tech ou le bien-être. Pour une entreprise européenne en phase d’expansion, l’ITU offre le temps nécessaire pour organiser un lancement commercial sans risquer d’être devancée par un concurrent local.

Cependant, cette souplesse implique une grande rigueur. Une intention d’usage non documentée peut être contestée, notamment dans le cadre d’une opposition ou d’une action en nullité. De plus, un usage insuffisant ou mal démontré peut entraîner l’invalidation de l’enregistrement.

Nous recommandons vivement de conserver des éléments attestant de la préparation de l’usage : études de marché, échanges avec des distributeurs américains, prototypes, pré-commandes ou développements publicitaires. Ces éléments renforcent la crédibilité de l’intention initiale.

Enfin, une fois la marque enregistrée, l’obligation d’usage reste permanente. Le titulaire doit déposer des déclarations périodiques pour maintenir ses droits, faute de quoi la marque peut être radiée.

Conclusion

L’Intent-to-Use offre un cadre stratégique particulièrement utile pour les entreprises étrangères, à condition d’être utilisé avec rigueur et prudence. Ce mécanisme permet de sécuriser une antériorité, d’anticiper l’entrée sur le marché américain et de préparer sereinement un lancement commercial. En revanche, il impose des délais stricts, un contrôle précis de l’usage et une vigilance continue.

Le cabinet Dreyfus et Associés accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.

Le Cabinet Dreyfus et Associés est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.

Nathalie Dreyfus avec l’aide de toute l’équipe du cabinet Dreyfus

 

FAQ

 

1. L’Intent-to-Use protège-t-il immédiatement contre les contrefaçons ?

Il offre une priorité, mais la protection pleine et entière débute uniquement à l’enregistrement.

2. Le système américain est-il compatible avec une demande européenne ?

Il est même recommandé de coordonner les stratégies afin d’harmoniser les priorités et les usages.

3. Quels types de documents constituent une preuve d’usage valable ?

Photographies de produits, packaging, pages de vente, factures, captures d’écran ou étiquettes.

4. Une simple publication sur un site internet suffit-elle ?

Non. L’usage doit s’inscrire dans le commerce interétatique ou international.

5. Peut-on modifier les produits et services après le dépôt ?

Les modifications substantielles sont interdites ; seule une précision du libellé est possible.

 

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.

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Guide de référence : Le secret des affaires en 2026

Définition légale, jurisprudence récente, procédure contentieuse, méthodes de preuve et stratégies de protection — tout ce que vous devez savoir pour protéger vos informations confidentielles.

Dans une économie fondée sur l’immatériel, la valeur d’une entreprise réside souvent dans ce qu’elle ne dit pas. Fichiers clients, algorithmes, stratégies commerciales ou savoir-faire technique : ces actifs critiques ne sont pas toujours brevetables, et c’est ici qu’intervient le secret des affaires.

Depuis la loi du 30 juillet 2018, transposant la Directive (UE) 2016/943, la France dispose d’un cadre protecteur puissant mais exigeant. La jurisprudence rendue entre 2024 et 2025 a considérablement précisé l’articulation entre secret des affaires, droit à la preuve et RGPD. Ce guide de référence vous livre tout ce qu’il faut savoir pour comprendre, protéger et défendre vos informations confidentielles.

Ce guide couvre :

• La définition légale et les 3 critères cumulatifs de protection
• Le bilan jurisprudentiel 2024-2025 et ses implications pratiques
• La procédure contentieuse : agir en justice, délais, coûts
• Les méthodes pour prouver l’antériorité de votre secret
• Des cas pratiques par secteur (pharma, tech, agroalimentaire)
• L’articulation avec les autres droits de propriété intellectuelle
• La dimension internationale de la protection

Évolution du cadre juridique

8 juin 2016 Adoption de la Directive (UE) 2016/943 sur la protection des secrets d’affaires
30 juillet 2018 Transposition en droit français (loi n°2018-670)
22 décembre 2023 Cass. Ass. : admission des preuves déloyales sous conditions (n° 20-20.648)
5 juin 2024 Cass. Com. : première articulation droit à la preuve / secret des affaires (n° 23-10.954)
5 février 2025 Cass. Com. : confirmation de l’exigence « indispensable » (n°23-10.953)
27 février 2025 CJUE : primauté du RGPD sur le secret des affaires pour les décisions automatisées (C-203/22)

Les fondamentaux : qu’est-ce que le secret des affaires ?

Contrairement à la propriété intellectuelle classique (brevets, marques) qui repose sur un titre public, le secret des affaires protège une information par le fait même qu’elle reste secrète. Cette protection est née d’un constat simple : certaines informations stratégiques ne peuvent pas ou ne doivent pas être brevetées.

La définition légale (Article L.151-1 du Code de commerce)

Pour être protégée par la loi, une information doit répondre cumulativement à trois critères stricts prévus à l’article L.151-1 du Code de commerce :

1. Le caractère secret

L’information n’est pas généralement connue ou aisément accessible aux personnes familières de ce type d’informations. C’est le critère de la « non-évidence » : l’information ne doit pas être banale dans le secteur concerné.

2. La valeur commerciale

L’information revêt une valeur commerciale (effective ou potentielle) précisément parce qu’elle est secrète. Cette valeur peut être directe (avantage compétitif) ou indirecte (évitement d’un coût).

3. Les mesures de protection raisonnables

L’information fait l’objet de mesures de protection concrètes de la part de son détenteur pour conserver ce caractère secret. C’est le critère le plus souvent déterminant en contentieux.

Point essentiel : si vous ne protégez pas activement vos informations (clauses de confidentialité, mots de passe, classification des documents), le juge considérera qu’il n’y a pas de secret des affaires. C’est le critère le plus souvent négligé par les entreprises.

Que couvre le secret des affaires ?

Le spectre est très large. La notion d’« information » s’entend de manière extensive et inclut :

Savoir-faire technique : procédés de fabrication, recettes, formules chimiques, méthodes de production, paramètres d’optimisation, plans techniques.

Informations commerciales : listes de clients et prospects, politiques tarifaires, conditions fournisseurs, marges par produit, parts de marché internes.

Données stratégiques : projets de fusion-acquisition, plans de développement, études de marché propriétaires, business plans, projections financières.

Informations organisationnelles : organigrammes stratégiques, méthodes de management, processus internes optimisés.

Algorithmes et données : codes sources, modèles de scoring, bases de données propriétaires, architectures logicielles.

Ce que le secret des affaires ne protège PAS

Il est essentiel de comprendre les limites de cette protection :

La découverte indépendante : si un concurrent développe la même information de manière autonome, vous ne pouvez pas l’attaquer.

La rétro-ingénierie licite : l’analyse d’un produit mis sur le marché pour en comprendre le fonctionnement est légale (sauf clause contractuelle contraire).

L’information devenue publique : dès lors qu’un secret est divulgué (volontairement ou non), la protection tombe définitivement.

Les compétences générales des salariés : le savoir-faire acquis par un employé (son « expérience ») lui appartient et peut être utilisé chez un nouvel employeur.

Bilan jurisprudentiel 2024-2025

L’actualité judiciaire récente est marquée par un conflit permanent entre deux impératifs : la protection du secret des entreprises et le droit à la preuve (la nécessité pour une partie d’obtenir des documents pour faire valoir ses droits en justice).

L’arrêt fondateur : Cass. com., 5 février 2025 (n° 23-10.953)

C’est le tournant majeur. Dans une affaire opposant les réseaux de franchise Speed Rabbit Pizza et Domino’s Pizza, la Cour de cassation a posé un principe structurant pour l’équilibre entre ces droits.

Le principe jurisprudentiel : « Le droit à la preuve peut justifier la production d’éléments couverts par le secret des affaires, à condition que cette production soit indispensable à son exercice et que l’atteinte soit strictement proportionnée au but poursuivi. »

Les implications pratiques : pour qu’un juge ordonne la production d’une pièce couverte par le secret des affaires, celle-ci doit être indispensable à la solution du litige, et non plus simplement « nécessaire » ou « utile ». Le terme « indispensable » est volontairement restrictif : il exclut les demandes de « fishing expedition » (recherche exploratoire de preuves).

Le juge doit opérer un contrôle de proportionnalité entre les droits en présence. Cela implique de vérifier qu’il n’existe pas d’autres moyens de preuve moins attentatoires au secret, et que la pièce demandée est véritablement décisive pour l’issue du litige.

La gestion des saisies (saisie-contrefaçon et article 145 CPC)

Lorsqu’une entreprise subit une saisie (ex parte) dans ses locaux, comment éviter que ses secrets ne partent chez le concurrent ?

La jurisprudence impose l’application stricte du séquestre provisoire : les pièces saisies susceptibles de violer le secret des affaires sont placées sous séquestre auprès d’un tiers (généralement le commissaire de justice). Un délai d’un mois est accordé au saisi pour contester la communicabilité des pièces. Le juge tranche sur la transmission au saisissant avant toute communication, en appliquant le test de proportionnalité.

L’arrêt préparatoire : Cass. com., 5 juin 2024 (n°23-10.954)

Cette décision avait posé les bases de l’articulation, en reconnaissant pour la première fois que le droit à la preuve pouvait justifier une atteinte au secret des affaires, tout en exigeant un contrôle judiciaire strict.

Les preuves déloyales : Ass. plén., 22 décembre 2023 (n°20-20.648)

L’Assemblée plénière a admis que des preuves obtenues de manière déloyale (enregistrements à l’insu, documents dérobés) peuvent être produites en justice si deux conditions sont réunies : leur production est indispensable à l’exercice du droit à la preuve, et l’atteinte aux droits de la partie adverse est proportionnée au but poursuivi

Secret des affaires vs RGPD : l’arrêt CJUE du 27 février 2025

Au niveau européen, la Cour de justice (CJUE, C-203/22, Dun & Bradstreet Austria) a rendu une décision majeure concernant l’articulation entre secret des affaires et droits des personnes physiques.

Les faits

Une consommatrice autrichienne s’est vu refuser un contrat de téléphonie mobile au motif qu’elle présentait une solvabilité insuffisante. Ce refus était fondé sur une évaluation automatisée (credit scoring) réalisée par la société Dun & Bradstreet. Elle a demandé des explications sur la « logique sous-jacente » à cette décision, invoquant l’article 15 du RGPD (droit d’accès). La société a refusé en invoquant le secret des affaires protégeant son algorithme.

La décision de la CJUE

Principe posé par la CJUE — Le RGPD prévaut sur le secret des affaires en matière de droit d’accès aux données personnelles et aux informations sur les décisions automatisées. Le responsable de traitement doit fournir des « informations utiles concernant la logique sous-jacente » de manière « concise, transparente, compréhensible et aisément accessible ».

Ce que cela implique pour les entreprises : la simple communication d’un algorithme ou d’une formule mathématique complexe ne suffit pas à remplir l’obligation d’information. L’explication doit être compréhensible pour un non-spécialiste.
L’entreprise doit permettre à la personne de comprendre quelles données ont été utilisées et comment elles ont influencé la décision. Cela ne signifie pas divulguer l’algorithme complet, mais expliquer les critères déterminants. En cas de litige, les informations prétendument protégées doivent être communiquées au juge qui pondérera les droits en présence.

Impact sectoriel : Cette décision affecte directement les secteurs utilisant le scoring automatisé : banques et établissements de crédit, assurances (tarification personnalisée), recrutement (tri automatisé des CV), location immobilière (solvabilité des locataires), et plus généralement tout processus décisionnel automatisé ayant des effets significatifs sur les personnes.

Stratégies de protection : les « mesures raisonnables »

Pour bénéficier de la protection légale, l’entreprise doit prouver qu’elle a mis en place des mesures concrètes. Le terme « raisonnables » signifie adaptées à la nature de l’information, à la taille de l’entreprise et au contexte économique. Une PME n’a pas les mêmes moyens qu’un groupe du CAC 40, et les juges en tiennent compte.

Checklist des mesures de protection

Mesures juridiques

Accords de confidentialité (NDA) : systématiques avant toute discussion avec un partenaire, prestataire ou investisseur
Clauses de confidentialité renforcées : dans les contrats de travail (salariés) et contrats commerciaux
Clauses de non-concurrence : pour les postes stratégiques, dans les limites légales
Charte informatique : mentionnant explicitement les devoirs de secret et signée par tous les collaborateurs
Règlement intérieur : intégrant les obligations de confidentialité

Mesures techniques

Gestion des accès : principe du « besoin d’en connaître » (need-to-know)
Traçabilité : logs d’accès aux documents sensibles
Chiffrement : des données sensibles au repos et en transit
Authentification forte : MFA pour les accès aux systèmes critiques
DLP (Data Loss Prevention) : outils de prévention des fuites de données

Mesures organisationnelles

Marquage des documents : mention « CONFIDENTIEL — SECRET DES AFFAIRES » sur les documents sensibles
Classification de l’information : système de niveaux de confidentialité (C1, C2, C3…)
Formation des équipes : sensibilisation aux risques d’ingénierie sociale et de fuite d’information
Procédures de départ : entretien de rappel des obligations, récupération des accès et documents
Sécurisation physique : locaux sécurisés pour les documents papier sensibles
Inventaire des secrets : cartographie régulière des informations confidentielles de l’entreprise

Conseil pratique : le marquage « CONFIDENTIEL » des documents est la mesure la plus simple et la plus efficace à prouver devant un tribunal. Un document non marqué sera difficilement considéré comme relevant du secret des affaires.

Investissez également dans la traçabilité : pouvoir démontrer qui a accédé à quelle information et quand est précieux en cas de contentieux.

Prouver son secret : méthodes d’horodatage

En cas de litige, vous devrez prouver que vous déteniez l’information avant l’atteinte alléguée. La date de création d’un fichier informatique n’est pas une preuve suffisante (elle peut être modifiée). Il vous faut établir une date certaine.

L’e-Soleau (INPI) : la version dématérialisée de l’enveloppe Soleau

C’est la solution la plus connue et la plus économique pour les PME, les startups et les inventeurs individuels. Depuis le 1er avril 2024, l’enveloppe Soleau papier a définitivement disparu : seul subsiste le service e-Soleau, entièrement dématérialisé, conformément au décret n°2023-166 du 7 mars 2023 et à l’arrêté modificatif du 9 mai 1986.

Principe : vous déposez en ligne, sur le portail procedures.inpi.fr, un fichier numérique (PDF, image, archive ZIP) qui sera horodaté par l’INPI. Une empreinte numérique (hash SHA-256) est calculée et conservée dans le Système d’Archivage Electronique de l’INPI, certifié AFNOR. Un certificat de dépôt horodaté est généré immédiatement après le paiement.

Coût : 15 € par tranche de 5 ans de durée de conservation, pour des documents n’excédant pas 50 Mo. Chaque tranche supplémentaire de 50 Mo coûte 10 €, dans la limite globale de 2 Go par dépôt.

Durée de conservation : la durée maximale de conservation est de 20 ans. Le dépôt initial est effectué pour 5 ans, prorogeable par tranches successives de 5 ans, jusqu’à 20 ans au total. Les prorogations peuvent être demandées dès le dépôt ou ultérieurement.

Capacité technique : jusqu’à 100 fichiers peuvent être inclus dans une même e-Soleau, pour un volume total maximum de 2 Go. L’ancienne contrainte des sept pages par compartiment a disparu avec la version papier.

Avantages : simplicité, coût faible, accessibilité 24h/24 et 7j/7, reconnaissance judiciaire établie, certification AFNOR de l’archivage.

Limites : ne constitue pas un titre de propriété industrielle ; n’octroie qu’un effet probatoire d’antériorité (et le bénéfice de la possession personnelle antérieure en matière de brevet, article L.613-7 du Code de la propriété intellectuelle) ; pas de valeur internationale directe.

Site : INPI – e-Soleau

Dépôt chez un commissaire de justice ou un notaire

Solution traditionnelle offrant une force probante maximale en droit français.

Principe : un officier public et ministériel constate le contenu d’un document à une date donnée et le conserve. Le constat dressé fait foi jusqu’à preuve contraire.

Coût : variable selon le volume, généralement 100 € à 500 € pour un dépôt simple.

Avantages : force probante incontestable, acceptation universelle par les tribunaux français, possibilité de déposer des supports numériques.

Limites : coût plus élevé que l’e-Soleau, procédure moins agile pour des mises à jour fréquentes.

L’horodatage blockchain

Solution moderne, particulièrement adaptée aux entreprises tech et aux mises à jour fréquentes.

Principe : une empreinte numérique (hash SHA-256) de votre document est inscrite dans une blockchain publique (généralement Bitcoin ou Ethereum). Cette inscription est immuable et horodatée. Le règlement européen eIDAS (UE n°910/2014) reconnaît la valeur juridique de l’horodatage électronique qualifié.

Coût : quelques euros par horodatage via des services spécialisés, ou intégrable dans vos processus internes.

Avantages : automatisable, adapté aux pipelines de développement logiciel (CI/CD), coût marginal faible, traçabilité de chaque version.

Limites : reconnaissance judiciaire encore émergente en France (mais croissante), nécessité de conserver le document original correspondant au hash.

Prestataires : Woleet, OriginStamp, KeeSign, ou solutions intégrées aux plateformes de gestion documentaire.

Dépôt APP (logiciels)

Pour les codes sources et logiciels, l’Agence pour la Protection des Programmes (APP) offre un service de dépôt spécialisé.

Principe : dépôt sécurisé du code source avec date certaine, reconnu comme preuve d’antériorité.

Coût : à partir de 120 € HT pour 5 ans.

Tableau comparatif des méthodes de preuve

Méthode Coût Force probante Idéal pour
e-Soleau (INPI) 15 € / 5 ans ★★★★☆ PME, startups, documents stables
Commissaire de justice / Notaire 100-500 € ★★★★★ Dépôts stratégiques, litiges prévisibles
Blockchain 1-10 € / hash ★★★☆☆ Tech, code source, versions multiples
Dépôt APP 120 € / 5 ans ★★★★☆ Logiciels, codes sources

Attention ces montants sont purement indicatifs et sont susceptibles d’évoluer

Agir en justice : procédure, délais et coûts

Lorsqu’une atteinte au secret des affaires est identifiée, plusieurs voies d’action s’offrent au détenteur du secret. Le choix dépend de l’urgence, de la gravité de l’atteinte et des objectifs poursuivis.

Juridiction compétente

Tribunal judiciaire (anciennement TGI) : compétent pour les actions civiles en matière de secret des affaires. C’est la juridiction de droit commun.

Tribunal de commerce : compétent si le litige oppose deux commerçants ou sociétés commerciales et porte sur des actes de commerce.

Conseil de prud’hommes : compétent si l’atteinte est commise par un salarié dans le cadre de la relation de travail (mais l’action peut être portée devant le tribunal judiciaire pour les aspects non-salariaux).

Les procédures disponibles

Le référé (urgence)

Procédure rapide permettant d’obtenir des mesures provisoires. Conditions : urgence et absence de contestation sérieuse, ou existence d’un dommage imminent. Délai d’audience : généralement 2 à 4 semaines après l’assignation. Le juge peut ordonner l’interdiction provisoire d’utiliser ou divulguer le secret, la saisie conservatoire des produits ou documents litigieux, et l’astreinte pour garantir l’exécution.

La procédure au fond

Procédure complète permettant d’obtenir une décision définitive. Durée moyenne : 12 à 24 mois en première instance selon la complexité. Permet d’obtenir des dommages-intérêts définitifs, l’interdiction permanente et la publication du jugement.

La saisie-contrefaçon adaptée (article L.152-3 du Code de commerce)

Procédure ex parte (sans que l’adversaire soit prévenu) permettant de faire constater une atteinte et saisir des preuves. Requête auprès du président du tribunal judiciaire. Exécution par huissier dans les locaux du présumé contrefacteur. Séquestre des pièces sensibles en attendant la décision sur leur communicabilité.

Délai de prescription

Prescription : 5 ans

L’action civile en matière de secret des affaires se prescrit par 5 ans à compter du jour où le détenteur du secret a connu ou aurait dû connaître le dernier fait lui permettant d’exercer son action (article L.152-2 du Code de commerce). Ce délai peut être interrompu par une mise en demeure ou une assignation.

Estimation des coûts

Procédure Honoraires avocat (estimation) Frais annexes
Mise en demeure 500 € – 1 500 €
Référé simple 3 000 € – 8 000 € Commissaire de justice : 200-500 €
Saisie-contrefaçon 5 000 € – 15 000 € Commissaire de justice : 1 000-3 000 €
Procédure au fond (1ère instance) 10 000 € – 50 000 €+ Expert judiciaire : variable

Ces estimations sont indicatives et varient selon la complexité du dossier, la réputation du cabinet et la zone géographique.

Éléments à rassembler avant d’agir

Avant d’engager une procédure, assurez-vous de disposer des éléments suivants :

Preuve de détention antérieure : enveloppe Soleau, dépôt notarié, horodatage blockchain.

Preuve des mesures de protection : NDA signés, chartes informatiques, logs d’accès, classification des documents.

Preuve de l’atteinte : documents divulgués, produits contrefaisants, témoignages, correspondances.

Évaluation du préjudice : perte de chiffre d’affaires, investissements R&D perdus, atteinte à l’image.

Sanctions et recours

En cas de vol, détournement ou divulgation illicite, la loi prévoit des sanctions civiles étendues. Le volet pénal reste limité aux délits connexes comme le vol, l’abus de confiance ou le recel.

Ce que le juge peut ordonner

Mesures d’interdiction : interdiction d’utiliser, de fabriquer, de commercialiser ou de révéler les informations protégées. Cette interdiction peut être assortie d’une astreinte (somme due par jour de retard).

Mesures de rappel et destruction : rappel des produits du marché, destruction des documents, fichiers ou produits incorporant le secret (« produits en infraction »).

Publication de la décision : aux frais du contrevenant, dans des journaux ou sur des sites internet, pour réparer l’atteinte à la réputation.

Dommages et intérêts : calculés en tenant compte des conséquences économiques négatives (manque à gagner, perte de chance), du préjudice moral, et des bénéfices réalisés par le contrevenant grâce à l’atteinte.

Les exceptions légales (Article L.151-8 du Code de commerce)

Le secret des affaires n’est pas opposable dans certaines situations d’intérêt supérieur (article L.151-8 du Code de commerce) :

Exercice du droit à l’information : liberté d’expression et liberté de la presse, notamment pour révéler des informations d’intérêt public.

Lanceurs d’alerte : révélation d’une activité illégale ou d’un comportement répréhensible pour protéger l’intérêt général (protection renforcée par la loi Waserman de 2022).

Protection d’un intérêt légitime : notamment le droit à la preuve, sous conditions de proportionnalité établies par la jurisprudence 2025.

Représentants du personnel : dans l’exercice de leurs fonctions (comité social et économique, délégués syndicaux).

Cas pratiques par secteur

La protection du secret des affaires se décline différemment selon les secteurs d’activité. Voici des exemples concrets illustrant les enjeux et les bonnes pratiques.

Industrie pharmaceutique et biotechnologies

Cas type : Protection des données de développement

Un laboratoire développe une nouvelle molécule. Avant le dépôt de brevet (qui nécessite une divulgation), toutes les données de R&D sont des secrets des affaires critiques : résultats d’essais précliniques, formulations testées, effets secondaires observés, processus de synthèse.

Enjeu : Une fuite peut permettre à un concurrent de déposer un brevet « anticipatif » ou de développer une molécule similaire.

Mesures spécifiques recommandées :

Compartimentalisation stricte des équipes R&D (chaque équipe n’a accès qu’à sa partie du projet). Cahiers de laboratoire horodatés et signés quotidiennement. NDA renforcés avec les CRO (Contract Research Organizations). Procédures de clean room pour les négociations de licence.

Secteur technologique (startups, éditeurs logiciels)

Cas type : Protection des algorithmes et du code source

Une startup développe un algorithme de recommandation qui constitue son avantage compétitif. Le code source et les paramètres d’entraînement du modèle sont des secrets des affaires.

Enjeu : Un développeur partant chez un concurrent pourrait recréer une solution similaire.

Mesures spécifiques recommandées :

Architecture technique limitant l’accès au code complet (microservices, accès par module). Horodatage blockchain systématique des commits. Clauses de confidentialité spécifiques dans les contrats de travail des développeurs. Surveillance des dépôts de code (GitHub, GitLab) pour détecter les fuites. Entretiens de départ formalisés avec rappel des obligations.

Agroalimentaire

Cas type : Protection des recettes et procédés

Un fabricant de produits alimentaires détient une recette unique (sauce, boisson, produit transformé) dont le secret est la clé de son positionnement. Le cas le plus célèbre est celui de Coca-Cola, dont la formule est gardée secrète depuis 1886.

Enjeu : Une divulgation permettrait une copie immédiate par les concurrents ou les MDD.

Mesures spécifiques recommandées :

Fragmentation de la recette (différentes personnes connaissent différentes parties). Codification des ingrédients (codes internes au lieu des noms réels). Accès physique restreint aux zones de production sensibles. Audits réguliers des fournisseurs d’ingrédients clés.

Conseil et services professionnels

Cas type : Protection des méthodologies et données clients

Un cabinet de conseil développe des méthodologies propriétaires et détient des données stratégiques sur ses clients. Ces éléments constituent des actifs immatériels majeurs.

Enjeu : Un consultant partant chez un concurrent emporte son « carnet d’adresses » et ses méthodes.

Mesures spécifiques recommandées :

Documentation formelle des méthodologies avec mention « secret des affaires ». Politique stricte sur l’utilisation des données clients (interdiction d’export, anonymisation). Clauses de non-sollicitation de clientèle. Formation des équipes sur la distinction entre compétences personnelles et actifs de l’entreprise.

Articulation avec les autres droits de propriété intellectuelle

Le secret des affaires n’est pas un droit de propriété intellectuelle au sens strict, mais il s’articule avec les autres protections disponibles. Une stratégie de protection efficace combine souvent plusieurs régimes.

Secret des affaires et droit d’auteur

Cumul possible : Le code source d’un logiciel peut bénéficier simultanément du droit d’auteur (qui protège la forme originale de l’expression) et du secret des affaires (qui protège les algorithmes et la logique métier sous-jacents).

Différences clés :

Critère Droit d’auteur Secret des affaires
Formalité Aucune (protection automatique) Mesures de protection requises
Ce qui est protégé La forme originale L’information elle-même
Durée 70 ans post mortem Tant que le secret est maintenu

Secret des affaires et brevet

Choix stratégique : Breveter ou garder secret ? Ce choix est fondamental et irréversible.

Breveter est préférable quand : L’invention est facilement identifiable par rétro-ingénierie. Vous souhaitez valoriser l’invention (licences, cessions). La durée de vie commerciale est inférieure à 20 ans. Vous avez besoin d’un titre opposable à tous (y compris les découvreurs indépendants).

Le secret est préférable quand : L’information ne remplit pas les critères de brevetabilité. Le secret peut être maintenu durablement (pas de rétro-ingénierie possible). La durée de vie commerciale dépasse 20 ans. Vous souhaitez éviter les coûts et la divulgation du brevet.

Attention : le brevet détruit le secret

Le dépôt d’un brevet implique la publication de l’invention (18 mois après le dépôt). Cette divulgation est définitive : si le brevet est invalidé ou expire, l’information reste dans le domaine public. Le secret est perdu à jamais.

Secret des affaires et marques

Articulation : La marque protège un signe distinctif (public par nature), tandis que le secret des affaires peut protéger la stratégie de marque, les études de positionnement, les projets de lancement avant annonce publique.

Secret des affaires et dessins et modèles

Articulation : Avant le lancement d’un nouveau design, les plans et prototypes sont des secrets des affaires. Une fois le produit commercialisé, la protection passe au dessin ou modèle (enregistré ou non enregistré pour l’UE).

Secret des affaires et savoir-faire dans les contrats

Dans les contrats de licence de savoir-faire ou de franchise, le secret des affaires est souvent la base de la valeur transférée. Les clauses de confidentialité doivent être particulièrement soignées, avec une définition précise du périmètre du savoir-faire, des obligations de protection pour le licencié, et des mécanismes de contrôle.

Dimension internationale

Dans une économie mondialisée, vos secrets des affaires circulent au-delà des frontières. Il est essentiel de comprendre le cadre international de protection.

Le cadre européen harmonisé

La Directive (UE) 2016/943 a harmonisé la protection dans les 27 États membres. Cela signifie que la définition du secret des affaires et les voies de recours sont similaires dans toute l’Union européenne, ce qui facilite la protection transfrontalière.

L’accord ADPIC (OMC)

L’article 39 de l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) oblige les 164 membres de l’OMC à protéger les « renseignements non divulgués ». C’est le socle minimal de protection internationale.

Comparaison internationale

Juridiction Niveau de protection Particularités
États-Unis ★★★★★ Defend Trade Secrets Act (DTSA, 2016). Action fédérale possible. Dommages punitifs jusqu’à 2x. Saisies ex parte.
Union européenne ★★★★☆ Directive 2016/943 harmonisée. Protection civile. Pas de volet pénal harmonisé.
Royaume-Uni ★★★★☆ Common law + transposition directive (conservée post-Brexit). Breach of confidence.
Chine ★★★☆☆ Loi anti-concurrence déloyale révisée (2019). Protection améliorée mais application variable.
Japon ★★★★☆ Loi sur la prévention de la concurrence déloyale. Volet pénal. Protection efficace.

Bonnes pratiques pour une protection internationale

Adaptez vos NDA au droit applicable : Un NDA soumis au droit français n’aura pas la même efficacité devant un tribunal américain ou chinois. Prévoyez des clauses de loi applicable et de juridiction compétente.

Cartographiez vos flux d’information : Identifiez où vos secrets transitent (filiales, sous-traitants, cloud). Chaque juridiction traversée nécessite une analyse de protection.

Renforcez les clauses avec les partenaires étrangers : Dans certains pays à protection plus faible, des clauses contractuelles plus strictes (pénalités, garanties bancaires) peuvent compenser.

Considérez l’arbitrage international : Pour les litiges transfrontaliers, l’arbitrage (CCI, LCIA) peut offrir une procédure plus rapide et une exécution facilitée dans de nombreux pays (Convention de New York).

Brevet vs Secret des affaires : tableau comparatif

Critère Brevet Secret des affaires
Nature Titre de propriété industrielle public Protection par la confidentialité
Durée 20 ans maximum (avec paiement des annuités) Illimitée tant que le secret est maintenu
Condition Divulgation publique obligatoire Maintien du secret obligatoire
Protection contre Toute exploitation, y compris création indépendante Obtention illicite uniquement (pas la rétro-ingénierie légale)
Coût initial Élevé (rédaction, dépôt, examen : 5 000-15 000 €) Faible (mesures organisationnelles internes)
Coût récurrent Annuités croissantes + extensions internationales Maintenance des mesures de sécurité
Risque principal Contournement par conception différente Fuite ou découverte indépendante
Valorisation Facilement valorisable (licence, cession, garantie) Valorisation plus complexe (due diligence nécessaire)
Idéal pour Inventions techniques brevetables, valorisation/licences Savoir-faire, données commerciales, informations non brevetables

Stratégie combinée

Les deux protections ne sont pas exclusives. Une stratégie optimale peut combiner : breveter les innovations clés (protection forte, valorisable) et conserver en secret les informations complémentaires (procédés de fabrication, paramètres d’optimisation, savoir-faire de mise en œuvre).

FAQ : vos questions sur le secret des affaires

Quelle est la différence entre un brevet et le secret des affaires ?
Le brevet offre un monopole de 20 ans en échange de la divulgation publique de l’invention. Le secret des affaires protège l’information tant qu’elle reste secrète (durée illimitée), mais ne protège pas contre une découverte indépendante par un concurrent (rétro-ingénierie légale). Le brevet est opposable à tous ; le secret ne protège que contre l’obtention illicite.

Un salarié peut-il utiliser ses connaissances chez un nouvel employeur ?
Oui, le savoir-faire acquis (« l’expérience ») appartient au salarié. La limite est franchie s’il emporte des documents, des fichiers clients ou utilise des secrets techniques spécifiques identifiés comme confidentiels par son ex-employeur. La distinction repose sur la nature de l’information : compétence générale (utilisable) vs. information protégée (interdite).

Qu’est-ce qu’une « mesure de protection raisonnable » ?
Il n’y a pas de liste officielle, mais la jurisprudence retient : le marquage « Confidentiel » des documents, la restriction des accès informatiques, les clauses de confidentialité signées, la sécurisation physique des locaux et la formation des équipes. L’absence totale de ces mesures empêche la protection légale. Le caractère « raisonnable » s’apprécie selon la taille de l’entreprise et la nature de l’information.

Le secret des affaires s’oppose-t-il aux lanceurs d’alerte ?
Non. La loi prévoit des exceptions claires (article L.151-8 du Code de commerce). Le secret des affaires n’est pas opposable pour révéler une activité illégale ou un comportement répréhensible dans le but de protéger l’intérêt général (droit d’alerte). La loi Waserman de 2022 a renforcé cette protection.

Combien de temps dure la protection ?
Elle est potentiellement perpétuelle. Elle dure tant que les trois conditions (secret, valeur, protection) sont réunies. Si l’information devient publique — par divulgation, fuite ou découverte indépendante — la protection tombe immédiatement et définitivement. L’exemple de la formule de Coca-Cola (gardée secrète depuis 1886) illustre cette durée potentiellement illimitée.

Le secret des affaires peut-il céder face au droit à la preuve ?
Oui, depuis l’arrêt de la Cour de cassation du 5 février 2025 (n°23-10.953). Le juge doit vérifier si la production de la pièce est « indispensable » à la preuve des faits allégués et si l’atteinte au secret est « strictement proportionnée » au but poursuivi. C’est un contrôle au cas par cas qui exclut les demandes exploratoires.

Dois-je expliquer mes algorithmes aux personnes concernées ?
Depuis l’arrêt CJUE du 27 février 2025 (C-203/22), oui pour les décisions automatisées ayant des effets significatifs (scoring, profilage). Vous devez fournir des « informations utiles concernant la logique sous-jacente » de manière compréhensible. Cela ne signifie pas divulguer l’algorithme complet, mais expliquer les critères utilisés et leur influence sur la décision.

Quel est le délai pour agir en justice ?
L’action civile se prescrit par 5 ans à compter du jour où le détenteur du secret a connu ou aurait dû connaître le dernier fait lui permettant d’exercer son action (article L.152-2 du Code de commerce). Ce délai peut être interrompu par une mise en demeure formelle ou par une assignation.

Comment prouver que je détenais l’information avant l’atteinte ?
Plusieurs méthodes établissent une date certaine : l’enveloppe Soleau (INPI, 15 € pour 5 ans), le dépôt chez un huissier ou notaire, l’horodatage blockchain, ou le dépôt APP pour les logiciels. La date de création d’un fichier informatique n’est pas une preuve suffisante car elle peut être modifiée.

Le code source peut-il être protégé à la fois par le droit d’auteur et le secret des affaires ?
Oui, ces deux protections sont cumulables. Le droit d’auteur protège la forme originale du code (automatiquement, sans formalité), tandis que le secret des affaires protège les algorithmes et la logique métier sous-jacents (à condition de respecter les 3 critères légaux et de maintenir la confidentialité).


Références juridiques


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Nathalie Dreyfus avec l’aide de toute l’équipe du cabinet Dreyfus.

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.

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Fraude au retour : quand les contrefaçons infiltrent la chaîne du e-commerce

Introduction

Avec l’essor du commerce en ligne, non seulement les habitudes d’achat évoluent, mais les méthodes de fraude aussi. La fraude au retour, consistant à renvoyer une contrefaçon à la place d’un produit authentique, est aujourd’hui l’une des plus préoccupantes.

Ce mécanisme introduit des faux directement au cœur des chaînes de distribution légales et fragilise l’intégrité des stocks. Dès lors, les entreprises ne peuvent plus se reposer sur de simples contrôles visuels : la protection durable des marques exige des outils renforcés de traçabilité et d’authentification, en cohérence avec les bonnes pratiques recommandées par les autorités françaises et européennes.

Mécanisme de la fraude au retour

La fraude au retour repose sur une stratégie simple mais discrète. Le fraudeur commande un produit authentique, conserve l’original et renvoie une imitation soigneusement reproduite. Cette fraude prospère en raison de plusieurs facteurs :

  • Politiques de retour très permissives,
  • Sophistication croissante des contrefaçons,
  • Pression logistique liée aux volumes importants,
  • Absence de contrôles approfondis lors de la réception.

Dans les entrepôts, les délais de traitement sont courts et les équipes ne disposent pas toujours de l’expertise nécessaire pour identifier des faux hautement qualitatifs.

Pourquoi la fraude au retour explose dans l’e-commerce ?

Historiquement, les contrefaçons entraient sur le marché par des voies parallèles. Aujourd’hui, la fraude au retour crée un point d’entrée interne : les faux pénètrent directement par le canal officiel de la marque. En conséquence :

  • Les entrepôts reçoivent des contrefaçons à leur insu,
  • Certains faux imitent parfaitement les caractéristiques du produit authentique,
  • Des contrefaçons peuvent être réexpédiées par erreur à d’autres consommateurs.

Cette confusion brouille les frontières entre authentique et faux, compliquant la maîtrise globale de la chaîne logistique.

schema fraud retour

Impacts juridiques, financiers et réputationnels

La fraude au retour a trois conséquences majeures :

  1. Un coût financier immédiat

La marque perd l’article original et se retrouve avec un faux impossible à commercialiser. À grande échelle, les pertes s’accumulent.

  1. Un risque réputationnel important

Si une contrefaçon est accidentellement renvoyée à un client, la confiance s’érode, ce qui peut entraîner réclamations, doutes sur la qualité et atteinte à l’image.

  1. Des conséquences juridiques sensibles

La présence de contrefaçons dans la chaîne logistique complique les actions en contrefaçon, car la rupture de traçabilité altère les preuves. Cela soulève des interrogations sur la responsabilité civile, ainsi que sur la capacité de l’entreprise à faire respecter ses droits de propriété intellectuelle.

Renforcer l’authentification et la traçabilité

Pour limiter ce risque, les entreprises doivent adopter des mécanismes techniques renforcés :

  • Identifiants numériques uniques pour chaque article,
  • Marquages discrets dès la fabrication,
  • Technologies d’authentification intégrées au produit,
  • Suivi numérique du cycle de vie de l’article jusqu’à son éventuel retour.

Les procédures internes doivent permettre une vérification rapide et confidentielle de l’authenticité dès la réception.

Une stratégie de protection durable

La fraude au retour évolue avec les usages du commerce en ligne. Les marques doivent donc sécuriser l’ensemble de la chaîne :

  • Production,
  • Transport,
  • Distribution,
  • Retours.

Mais la stratégie doit également reposer sur :

  • Des procédures internes solides,
  • Une mise à jour régulière du cadre juridique,
  • Une formation continue des équipes,
  • Une analyse constante des risques pour anticiper de nouvelles méthodes.

Conclusion

La fraude au retour constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour les entreprises. Mettre en place des dispositifs d’authentification robustes et renforcer les contrôles des retours est indispensable. Les marques qui investissent dans ces mesures protègent durablement leur réputation, la valeur de leurs actifs et la confiance du public.

Le cabinet Dreyfus et Associés accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.

Le Cabinet Dreyfus et Associés est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.

FAQ

1. Qu’est-ce que la fraude au retour ?
L’achat d’un produit authentique suivi du renvoi d’un faux ou d’un produit différent.

2. Pourquoi augmente-t-elle ?
En raison de politiques de retour souples, de la qualité croissante des contrefaçons et de l’augmentation des volumes de retours.

3. Quels sont les risques pour les entreprises et les marques ?
Risque de perte financière, atteinte à l’image et difficultés juridiques liées à la présence de faux dans la chaîne logistique.

4. Comment s’en protéger ?
Grâce aux identifiants uniques, technologies d’authentification, suivi numérique et procédures internes strictes.

5. Est-il possible d’éliminer totalement la fraude au retour ?
Non, mais des mesures cohérentes permettent de réduire fortement le risque.

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Pourquoi une recherche d’antériorités est-elle indispensable avant de déposer une marque ?

Introduction

Le dépôt d’une marque, c’est-à-dire d’un nom et/ou d’un logo, représente souvent un moment clé dans le développement d’une entreprise. Toutefois, avant de s’engager dans un dépôt formel auprès de l’INPI ou d’un office comparable, il est impératif de vérifier que le signe envisagé est bien disponible et n’entre pas en conflit avec des droits antérieurs. C’est précisément l’objet de la recherche d’antériorités : une étape incontournable pour anticiper les risques juridiques, protéger vos investissements, et construire une stratégie de marque pérenne.

Qu’est-ce que la recherche d’antériorités ?

Le dépôt d’une marque confère, en vertu du droit des marques, un monopole d’exploitation pour un ou plusieurs produits ou services déterminés.

Toutefois, cet enregistrement suppose que le signe choisi soit distinctif et disponible : il ne doit pas porter atteinte à des droits préexistants (marques, noms commerciaux, dénominations sociales, noms de domaine, etc.).

La recherche d’antériorités est donc la vérification préalable qui permet de détecter ces droits antérieurs avant tout dépôt.

Il existe plusieurs types de recherches à effectuer :

  • Recherche à l’identique : elle vise à relever les signes exactement identiques (même orthographe, même logo, mêmes classes de produits/services) à celui que vous envisagez de déposer.
  • Recherche de similarité (phonétique, visuelle, conceptuelle) : il s’agit d’un examen plus approfondi pour identifier des signes proches susceptibles d’engendrer un risque de confusion. Ce niveau est particulièrement déterminant pour évaluer les risques d’opposition, de nullité ou de contrefaçon.

Ainsi, la simple absence de marque identique ne suffit pas : il faut aussi analyser les similarités susceptibles de poser problème.

Comment conduire une recherche d’antériorités efficace ?

Outils et bases de données recommandés

Pour mener une recherche sérieuse, il est recommandé d’utiliser :

Il est fortement conseillé de ne pas se limiter à une simple recherche via un moteur de recherche généraliste.

base recherche marque

Pour en savoir plus concernant la comparaison

L’analyse juridique : au-delà de la simple recherche automatique

Une recherche d’antériorités réellement utile suppose une analyse juridique experte :

  • Evaluation du risque de confusion selon des critères phonétiques, visuels ou conceptuels, et selon le public visé.
  • Examen des classes de produits/services concernées, en application du principe de spécialité.
  • Prise en compte d’autres droits que les marques : dénominations sociales, nom commercial, noms de domaine, enseignes, etc.
  • Vérification de l’usage effectif du signe antérieur (notoriété, ancienneté, étendue géographique), ce qui peut influencer l’appréciation du risque.

Ce travail exige une compétence juridique, c’est pourquoi recourir à un conseil en propriété industrielle ou à un avocat spécialisé est souvent indispensable.

Quand et qui doit la réaliser ?

  • Quand ? : La recherche doit intervenir avant tout dépôt. Elle peut s’étendre dès les premières réflexions, lors de la création du nom d’entreprise, du nom commercial, du nom de domaine, ou du logo.
  • Qui ? : Le déposant lui-même ou, de préférence, un professionnel (conseiller en PI, avocat spécialisé) doté des outils et compétences nécessaires pour interpréter les risques de manière rigoureuse.

Les enjeux juridiques et stratégiques d’une recherche d’antériorités

Sécuriser l’enregistrement et éviter opposition ou nullité

En l’absence d’une recherche préalable, le dépôt de votre marque peut donner lieu à :

  • Une opposition de la part d’un titulaire de droits antérieurs, dans le délai après publication.
  • Une action en nullité dans les années suivant l’enregistrement, si la marque s’avère trop proche d’un signe antérieur.
  • Une action pour contrefaçon si vous utilisez la marque sur le marché.

A titre d’exemple, dans l’affaire Huella du 7 mai 2025, l’enregistrement d’une marque pour des sacs en cuir (classe 18) a été refusé en raison d’une marque antérieure enregistrée pour des cosmétiques (classe 3). Pour en savoir plus concernant cette affaire, nous vous invitons à consulter notre article précédemment publié.

Par conséquent, la recherche d’antériorités est la première ligne de défense pour sécuriser la validité et la durabilité juridique de votre marque.

Préserver les investissements et la réputation de la marque

Les projets de marque s’accompagnent souvent d’investissements importants : branding, marketing, packaging, communication, digital, etc. Un conflit ultérieur peut entraîner un refus d’enregistrement, un retrait forcé, voire un changement complet de nom, avec toutes les conséquences financières, logistiques et réputationnelles que cela suppose.

La recherche d’antériorités protège donc l’entreprise contre ces risques, en assurant dès le départ un cadre stable et sécurisé.

Structurer une stratégie de portefeuille de marques

Au-delà de la simple vérification, la recherche d’antériorités permet aussi d’élaborer une stratégie de dépôt intelligente. Le déposant de la marque est conseiller de :

  • Identifier des classes prioritaires ou défensives selon les activités réelles ou envisagées,
  • Ajuster le signe (orthographe, logo, libellé) pour maximiser la distinctivité,
  • Envisager des dépôts complémentaires (noms de domaine, enseignes, dénominations sociales) afin de renforcer la présence du nom sur le marché,
  • Préparer une surveillance future afin de détecter de nouveaux dépôts potentiellement conflictuels.

Une recherche approfondie n’est donc pas seulement un acte de conformité, mais un véritable outil stratégique de gestion du patrimoine immatériel.

Conclusion

La recherche d’antériorités constitue le fer de lance de toute stratégie de protection de marque. Elle permet non seulement d’anticiper les risques juridiques (opposition, nullité, contrefaçon), mais aussi de préserver vos investissements, de bâtir une réputation solide, et de structurer un portefeuille de marques cohérent. En négligeant cette étape, l’entreprise s’expose à des conséquences financières et réputationnelles majeures, parfois difficiles à redresser.

Nous incitons vivement tout entrepreneur, start-up ou société établie à intégrer systématiquement cette démarche dans leur processus de création de marque, idéalement avec l’appui d’un professionnel expérimenté.

Le cabinet Dreyfus et Associés accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.

Le Cabinet Dreyfus et Associés est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.

Nathalie Dreyfus avec l’aide de toute l’équipe du cabinet Dreyfus

 

FAQ

1. La recherche d’antériorités est-elle obligatoire avant de déposer une marque ?

Non, elle n’est pas imposée par la loi. En revanche, elle est indispensable en pratique, car elle permet de vérifier si un signe antérieur peut bloquer ou compromettre l’enregistrement, l’usage ou l’exploitation commerciale de votre marque.

2. Pourquoi ne pas se contenter d’une simple recherche Google ?

Parce que de nombreux droits antérieurs ne sont pas visibles via un moteur de recherche généraliste. Seules des bases spécialisées (INPI, EUIPO, WIPO, registres de noms de domaine) permettent d’identifier les marques déposées, et seule une analyse juridique permet d’apprécier le risque de confusion.

3. Dois-je vérifier seulement les marques, ou aussi les noms de domaine et dénominations sociales ?

Il est recommandé d’étendre la recherche aux noms de domaine, dénominations sociales, enseignes et noms commerciaux, car ces droits peuvent également être opposables, notamment s’ils sont notoires.

4. Une recherche d’antériorités garantit-elle qu’il n’y aura jamais de conflit ?

Elle réduit fortement le risque, mais n’offre pas une garantie absolue. L’analyse porte sur la disponibilité connue à la date de la recherche : de nouveaux dépôts après cette date peuvent présenter un risque, d’où l’intérêt de mettre en place un service de watch (surveillance).

5. Une recherche d’antériorités garantit-elle l’enregistrement d’une marque ?

Elle réduit considérablement les risques, mais aucune garantie absolue n’existe. Le résultat dépend notamment des choix stratégiques, du comportement des titulaires antérieurs et de l’évolution des dépôts postérieurs. Une stratégie globale (recherche + dépôt + surveillance) reste indispensable.

 

 

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.

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La protection des marques figuratives dans l’Union européenne : comment garantir leur distinctivité et prévenir les refus d’enregistrement ?

Introduction :

La protection des marques figuratives occupe une place essentielle dans les stratégies de propriété intellectuelle, particulièrement dans un environnement où l’image, la forme et les codes graphiques constituent des vecteurs décisifs d’identification des produits et services. Pourtant, l’enregistrement de ces signes demeure complexe, en raison des exigences strictes posées par le droit de l’Union européenne et de la jurisprudence récente. Les entreprises recherchant une protection robuste doivent anticiper les obstacles tenant au caractère distinctif, à l’originalité graphique et à la perception du consommateur.

Cet article expose les critères juridiques essentiels, les risques de refus et les stratégies pratiques pour optimiser la protection des marques figuratives.

Les fondements juridiques de la protection des marques figuratives

La marque figurative englobe tout signe non verbal composé d’éléments graphiques : logos, icônes, dessins stylisés, formes, tracés ou combinaisons visuelles. En droit français comme en droit de l’Union européenne, ces signes doivent impérativement être distinctifs, non descriptifs, et aptes à identifier l’origine commerciale des produits ou services.

La législation exige que le signe soit immédiatement perçu comme une indication de l’origine pour le consommateur, et non comme un simple motif décoratif ou une forme ordinaire. Cette exigence est rappelée par l’article L. 711-2 du Code de la propriété intellectuelle et l’article 7 § 1 b) du RMUE.

Les offices de propriété industrielle rejettent systématiquement les signes perçus comme banals, y compris lorsque le déposant tente d’argumenter sur l’usage commercial réel ou la stratégie marketing. La logique demeure constante : une marque ne protège pas une idée graphique, mais une forme immédiatement perçue comme distinctive.

condition protection marque

Les critères de distinctivité appliqués aux formes et éléments graphiques

La question centrale consiste à déterminer si le signe figuratif comporte des caractéristiques suffisamment marquées pour permettre au consommateur de le mémoriser sans effort particulier. Le critère n’exige pas un degré élevé de créativité artistique, mais une capacité du signe à se détacher du fonds commun.

Lorsque le graphique se rapproche d’une forme géométrique simple (cercle, carré, rectangle, ligne, pentagone), il existe un risque élevé de refus. La jurisprudence ajoute que les variations mineures (légère ondulation, inclinaison, arrondi) ne suffisent pas à compenser l’absence de distinctivité.

À titre d’exemple, par une décision du 13 novembre 2024 (TUE, 13 novembre 2024 aff. 426/23 Chiquita Brands c/ EUIPO.), le Tribunal de l’Union européenne a considéré qu’un simple ovale jaune et bleu était comparable à une forme géométrique de base, donc non appropriable à titre de marque. Cette approche est particulièrement stricte, car les offices et tribunaux considèrent que ces signes ne transmettent aucun message commercial identifiable.

Cette exigence s’applique indépendamment du public pertinent. Même si ce public adopte un niveau d’attention élevé, par exemple dans le secteur technologique ou professionnel, la jurisprudence rappelle que le degré d’attention n’a aucune incidence sur le seuil de distinctivité.

Les enseignements de la jurisprudence récente : l’arrêt Rigo Trading

L’arrêt rendu par le Tribunal de l’Union européenne le 16 juillet 2025 (affaire T-215/24, Rigo Trading SA c/ EUIPO) constitue un enseignement majeur.

Les faits et la procédure

La société luxembourgeoise Rigo Trading SA avait désigné l’Union européenne pour l’enregistrement international d’un signe purement figuratif représentant un rectangle légèrement ondulé, destiné à distinguer une large gamme de produits.

L’examinateur de l’EUIPO a refusé l’enregistrement au motif que le signe ne présentait aucun caractère distinctif au sens de l’article 7 § 1, b) du RMUE, considérant qu’il se limitait à une variation mineure d’une forme géométrique élémentaire. La cinquième chambre de recours a confirmé cette analyse, ce qui a conduit la société à saisir le Tribunal de l’Union européenne.

Devant le Tribunal, Rigo Trading soutenait notamment que l’EUIPO avait mal déterminé le public pertinent et que la marque ne pouvait, en réalité, être assimilée à une figure géométrique simple.

Les conclusions du tribunal de l’Union européenne

Le Tribunal a rejeté le recours, confirmant que le signe ne permettait pas au consommateur d’identifier l’origine commerciale des produits. Le Tribunal rappelle que le niveau d’attention du consommateur, qu’il soit moyen ou spécialisé, ne peut pas influer sur l’appréciation du caractère distinctif.

En effet, le Tribunal observe que :

  • La marque contestée se rapproche fortement d’une figure géométrique simple
  • Les légères ondulations de la forme ne suffisent pas à constituer une variation notable
  • L’absence d’éléments graphiques additionnels (combinatoire, complexité, stylisation) ne permet pas au signe de dépasser le niveau minimal requis
  • La simplicité du signe empêche toute mémorisation immédiate par le public

La décision renforce également un courant jurisprudentiel déjà ancien : les signes trop simples ou minimalistes, rectangles, lignes, cercles stylisés, hexagones réguliers, échouent à être enregistrés, sauf preuve d’acquisition de distinctivité par l’usage.

Un élément intéressant : le même signe avait été accepté par l’Office Benelux, démontrant les disparités d’appréciation entre offices. Toutefois, le Tribunal confirme que seule l’exigence du droit de l’Union prévaut pour tout enregistrement visant l’UE.

Les bonnes pratiques pour sécuriser une marque figurative

Pour maximiser les chances d’enregistrement, il est recommandé :

  • D’intégrer des éléments graphiques identitaires : rythme visuel, asymétrie, contours originaux
  • D’éviter les formes simples ou géométriques, notamment lorsque l’objectif est de protéger un packaging ou un motif
  • De renforcer la stylisation du logo pour en accroître la mémorabilité
  • De démontrer, si nécessaire, l’usage intensif du signe à travers des campagnes marketing structurées
  • D’analyser systématiquement les refus récents de l’EUIPO afin d’adapter la stratégie graphique

Conclusion

La protection des marques figuratives exige une approche à la fois stratégique et technique. La protection des marques figuratives implique plus qu’une simple analyse esthétique : elle repose sur une compréhension profonde du critère de distinctivité appliqué par les offices. Les entreprises doivent donc anticiper les obstacles liés à la simplicité graphique, renforcer la stylisation et examiner la jurisprudence récente.

Le cabinet Dreyfus et Associés accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.

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Nathalie Dreyfus avec l’aide de toute l’équipe du cabinet Dreyfus

 

FAQ

1. Comment prouver l’acquisition de distinctivité par l’usage ?

En apportant des preuves démontrant que le public associe le signe à votre entreprise : données de ventes, campagnes publicitaires, sondages, articles de presse, parts de marché et tout élément montrant une reconnaissance effective.

2. Une marque figurative peut-elle protéger un packaging ?

Oui, à condition que le packaging présente des caractéristiques visuelles suffisamment originales pour être perçu comme un indicateur d’origine, et non comme un simple élément décoratif ou fonctionnel.

3. Les offices européens évaluent ils la distinctivité de la même manière ?

Non. Bien que le droit de l’Union européenne fixe un cadre commun, l’appréciation peut varier selon les offices nationaux. L’EUIPO applique généralement une ligne plus stricte, notamment pour les formes simples.

4. Comment renforcer un logo trop simple avant le dépôt ?

En ajoutant des éléments graphiques distinctifs : asymétrie, combinaisons de formes, traits originaux, effets de style, ou intégration d’un élément verbal. L’objectif est d’éloigner le signe des formes géométriques basiques.

5. Comment éviter un refus devant l’EUIPO ?

En anticipant une analyse de distinctivité, en évitant les signes minimalistes, en préparant une stratégie d’usage si nécessaire, et en réalisant une évaluation juridique préalable de la forme déposée. Une stylisation renforcée augmente significativement les chances d’enregistrement.

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.

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