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Arrêté de simplification du Code de la propriété intellectuelle : que change pour les entreprises et les titulaires de droits ?

Introduction

L’arrêté de simplification du Code de la propriété intellectuelle, daté du 8 juillet 2026 et publié au Journal officiel le 23 juillet 2026, complète la réforme engagée par le décret n° 2026-576 du 30 juin 2026. Entré en vigueur le 24 juillet 2026, il supprime plusieurs dispositifs devenus incompatibles avec la dématérialisation des procédures de l’INPI.

Cette réforme modifie les pratiques quotidiennes des déposants, titulaires de droits, salariés inventeurs, entreprises et mandataires : notifications électroniques, réduction des remboursements de redevances, nouveau seuil applicable aux PME, protection accrue des adresses personnelles, régularisation des oppositions de marques et simplification des procédures de brevets.

Pourquoi un arrêté a-t-il été adopté après le décret de simplification du CPI ?

Le décret n° 2026-576 du 30 juin 2026 a modifié 35 articles du Code de la propriété intellectuelle afin d’harmoniser et de moderniser les procédures de l’INPI. Ses dispositions sont, en principe, applicables aux procédures en cours depuis le 2 juillet 2026, sous réserve de règles transitoires concernant notamment les remboursements et la réduction des redevances de brevets.

L’arrêté du 8 juillet 2026 assure la cohérence des textes d’application avec ce nouveau cadre réglementaire. Il intervient donc comme un texte d’exécution : il abroge les anciennes procédures devenues inutiles et adapte la terminologie tarifaire de l’INPI.

Suppression de l’enveloppe de déclaration d’invention de salarié

L’arrêté abroge celui du 29 août 1985 qui permettait au salarié inventeur de déclarer son invention à l’employeur au moyen d’une enveloppe double spéciale déposée auprès de l’INPI. Les enveloppes déposées avant l’entrée en vigueur de la réforme demeurent toutefois régies par l’ancien dispositif.

La suppression de l’enveloppe ne fait pas disparaître l’obligation de déclaration d’invention du salarié. Le salarié inventeur doit toujours informer immédiatement son employeur et lui transmettre suffisamment d’éléments pour permettre le classement de l’invention. La déclaration doit désormais être adressée directement par lettre recommandée avec accusé de réception ou par tout autre moyen permettant de prouver sa réception.

Abrogation d’anciens arrêtés en matière de brevets, marques et dessins et modèles

Sont également abrogés un arrêté du 19 septembre 1979 relatif aux brevets et certificats d’utilité, plusieurs arrêtés adoptés entre 1992 et 1995 en matière de marques, ainsi qu’un arrêté du 13 août 1992 relatif aux dessins et modèles. Ces textes avaient été progressivement dépassés par les réformes réglementaires et la généralisation des démarches en ligne.

Les notifications électroniques deviennent le canal de référence

L’INPI présente la réforme comme l’achèvement de la dématérialisation de ses notifications en matière de propriété industrielle. Un courriel informe le destinataire qu’un document est disponible dans son espace personnel du portail e-procédures de l’INPI. En l’absence d’adresse électronique, un avis peut être publié au Bulletin officiel de la propriété industrielle.

Le courriel d’alerte ne doit pas être traité comme la notification elle-même. Les entreprises doivent organiser une surveillance régulière du portail, maintenir à jour les adresses de correspondance dans chaque application et prévoir une continuité de contrôle pendant les congés, absences ou changements de collaborateurs.

Les remboursements de redevances deviennent exceptionnels

Le décret supprime plusieurs hypothèses de remboursement, notamment en cas d’irrecevabilité, de clôture de certaines procédures de limitation, d’absence de traduction lors de la transformation d’un brevet européen ou de non-transmission d’une demande internationale.

Le remboursement de la redevance de rapport de recherche reste possible lorsque la procédure d’établissement du rapport n’a pas encore été engagée. Ces nouvelles règles concernent les demandes formulées à compter du 2 juillet 2026.

Cette évolution impose de vérifier plus rigoureusement la recevabilité, les pièces, les traductions et la stratégie procédurale avant tout paiement.

Le seuil de réduction PME passe de 1 000 à 250 salariés

Pour les demandes de brevets déposées depuis le 2 juillet 2026, le seuil d’effectif permettant de solliciter la réduction de redevances est ramené à 250 salariés. La catégorie du demandeur, PME ou organisme à but non lucratif, doit être déclarée dès le dépôt. L’attestation auparavant exigée n’a plus à être jointe.

Les adresses personnelles ne sont plus publiées intégralement

Lorsque le déposant ou le titulaire est une personne physique, les informations publiées sont désormais limitées à ses nom, prénoms, commune et pays de résidence. Cette mesure concerne notamment les publications relatives aux brevets, marques et dessins et modèles.

Elle traduit le principe de minimisation selon lequel seules les données adéquates, pertinentes et nécessaires à la finalité poursuivie doivent être rendues accessibles.

Oppositions et annulations de marques

Le délai réglementaire de prise de décision est porté de trois à quatre mois dans les procédures d’opposition et d’annulation de marques. Cette modification s’applique également aux procédures en cours au 2 juillet 2026.

Une opposition affectée par certaines irrégularités peut désormais être régularisée par la production des mentions ou pièces manquantes. Cette souplesse ne dispense cependant pas l’opposant de respecter les conditions de qualité, de délai et de fond prévues par le Code.

Procédures de brevets et certificats d’utilité

La réforme apporte plusieurs adaptations :

  • la copie d’un dépôt antérieur n’a plus à être produite pour revendiquer une priorité interne lorsque l’INPI y a déjà accès ;
  • l’INPI peut établir lui-même l’abrégé d’une demande de brevet ;
  • des propositions de modification du brevet peuvent être examinées jusqu’à la fin de la phase orale d’une opposition, sous réserve du respect du contradictoire ;
  • les observations de tiers sur un certificat d’utilité doivent être présentées dans les trois mois suivant sa publication ;
  • l’impression matérielle des fascicules de brevets prend fin.

Ces changements doivent être intégrés aux procédures internes de dépôt et de gestion des brevets.

Comment adapter immédiatement ses pratiques ?

Nous recommandons aux entreprises de :

  • vérifier toutes les adresses électroniques enregistrées auprès de l’INPI ;
  • organiser une surveillance quotidienne des espaces e-procédures ;
  • désigner plusieurs personnes habilitées à contrôler les notifications ;
  • revoir les modèles de déclaration d’invention de salarié ;
  • mettre à jour les calendriers d’opposition, de nullité et de déchéance ;
  • conserver une preuve horodatée de chaque transmission importante.

Conclusion

L’arrêté de simplification du CPI et le décret du 30 juin 2026 réduisent certains formalismes, mais transfèrent aux déposants une responsabilité accrue dans la surveillance des notifications, la vérification de la recevabilité et l’anticipation des coûts. La dématérialisation ne doit donc pas être interprétée comme un allègement de la vigilance juridique.

Le cabinet Dreyfus accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.

Dreyfus et Associés est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.

FAQ

Que se passe-t-il si le courriel signalant une notification de l’INPI n’est pas reçu ?

L’absence de réception du courriel d’alerte ne doit pas être assimilée à une absence de notification. Les entreprises ont intérêt à consulter directement et régulièrement leur espace e-procédures, à sécuriser les accès et à prévoir une procédure de remplacement en cas d’absence du collaborateur chargé du suivi.

Faut-il modifier les mandats, coordonnées de correspondance ou accès INPI déjà enregistrés ?

La réforme justifie un audit des coordonnées et des accès associés à chaque portefeuille. Il convient notamment de vérifier l’adresse électronique de correspondance, l’identité des personnes habilitées, les droits d’accès au portail et les modalités de transmission des notifications entre l’entreprise et son mandataire.

Les nouvelles règles s’appliquent-elles également aux procédures déjà engagées avant juillet 2026 ?

L’application dans le temps dépend de la mesure concernée. Certaines dispositions s’appliquent immédiatement aux procédures en cours, tandis que d’autres ne concernent que les demandes déposées ou les démarches introduites à compter du 2 juillet 2026. Chaque dossier doit donc faire l’objet d’une vérification individuelle.

La limitation de la publication des adresses personnelles rend-elle les déposants totalement anonymes ?

Non. Certaines informations d’identification restent accessibles, notamment les nom, prénoms, commune et pays de résidence de la personne physique. La réforme réduit l’exposition de l’adresse complète, mais elle ne supprime ni la publicité légale des registres ni l’identification du titulaire du droit.

Les procédures dématérialisées réduisent-elles réellement le risque de perte de délai ?

La dématérialisation accélère les échanges, mais elle peut créer de nouveaux risques : accès expiré, adresse électronique obsolète, message filtré, défaut de transmission interne ou absence du gestionnaire du dossier. La sécurité repose donc davantage sur l’organisation de l’entreprise que sur le seul fonctionnement du portail.

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.

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Le cessionnaire d’un brevet peut-il agir en contrefaçon pour des actes commis entre la cession et son inscription ?

Introduction

Le cessionnaire d’un brevet peut demander réparation des actes de contrefaçon commis par un tiers entre la date du transfert et celle de son inscription au Registre national des brevets. Il ne devient toutefois recevable à agir qu’à compter de cette inscription. Si l’action a été introduite auparavant, l’inscription réalisée en cours d’instance peut régulariser le défaut initial de qualité à agir, à condition que la cause d’irrecevabilité ait disparu lorsque le juge statue.

Cette solution, consacrée par la Cour de cassation dans une décision du 24 avril 2024 (pourvoi n° 22-22.999), a été appliquée par la cour d’appel de Paris dans son arrêt de renvoi du 15 avril 2026 (pourvoi n°24-11672). Elle distingue clairement la date à laquelle le cessionnaire acquiert le brevet de celle à laquelle il peut opposer cette acquisition aux tiers et exercer l’action en contrefaçon.

La cession produit ses effets entre les parties dès le transfert

La cession transfère au cessionnaire la propriété du brevet selon les conditions prévues par l’acte et la loi qui lui est applicable. Le cessionnaire devient donc propriétaire du titre dans ses rapports avec le cédant à la date convenue.

Cette acquisition ne suffit cependant pas à rendre immédiatement le transfert opposable aux tiers. L’article L. 613-9 du Code de la propriété intellectuelle impose l’inscription au Registre national des brevets de tout acte transmettant ou modifiant les droits attachés à un brevet. Tant que cette publicité n’est pas accomplie, le cessionnaire ne peut pas se prévaloir, contre un tiers, des droits issus de la cession.

Le cessionnaire n’a pas qualité pour agir en contrefaçon avant l’inscription

L’article L. 615-2 du Code de la propriété intellectuelle réserve en principe l’action en contrefaçon au titulaire du brevet. Or, à l’égard des tiers, le cessionnaire dont le transfert n’a pas encore été inscrit ne peut pas invoquer cette qualité.

La Cour de cassation en déduit que, tant que le transfert n’est pas inscrit, l’ayant cause n’est pas recevable à agir en contrefaçon. Cette règle concerne la recevabilité procédurale de l’action, elle ne remet pas en cause la validité de la cession entre le cédant et le cessionnaire.

L’inscription ultérieure permet-elle de réclamer les actes commis depuis la cession ?

La régularisation peut intervenir pendant le procès

L’article 126 du Code de procédure civile prévoit qu’une fin de non-recevoir doit être écartée lorsque sa cause a disparu au moment où le juge statue.

Il en résulte qu’une action introduite avant l’inscription de la cession n’est pas nécessairement définitivement compromise. Lorsque le transfert est valablement inscrit en cours d’instance, le cessionnaire acquiert la qualité nécessaire pour poursuivre l’action. La régularisation doit néanmoins intervenir suffisamment tôt pour pouvoir être prise en considération par la juridiction.

Le préjudice réparable remonte à la date du transfert

Une fois l’inscription accomplie, le cessionnaire est recevable à obtenir réparation du préjudice causé par les actes commis depuis la date à laquelle le brevet lui a été transféré. Cette période comprend donc les faits intervenus entre :

  • la date d’effet de la cession ;
  • et la date de son inscription au Registre national des brevets.

L’inscription ne transforme pas rétroactivement le cessionnaire en titulaire opposable aux tiers avant la publicité. Elle lui permet, à compter de sa réalisation, de faire valoir judiciairement les conséquences dommageables des actes commis depuis qu’il est devenu propriétaire du brevet.

Les actes de contrefaçon antérieurs à la cession

Le régime est différent pour les faits commis avant que le cessionnaire n’acquière le brevet. Celui-ci peut demander réparation de ces actes uniquement si l’acte de transfert lui transmet expressément les créances et actions correspondantes.

La clause de cession devrait donc préciser si elle englobe les actions relatives aux faits antérieurs au transfert ; les créances indemnitaires déjà nées ; les procédures en cours ; le droit de conclure une transaction sur ces faits.

À défaut de stipulation suffisamment explicite, le préjudice antérieur à la cession demeure en principe celui du cédant. La Cour de cassation distingue ainsi les actes postérieurs au transfert, automatiquement compris dans le préjudice personnel du nouveau titulaire, et les actes antérieurs, dont la transmission doit être organisée contractuellement.

La portée de l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 15 avril 2026

Le litige opposait les sociétés Sony à la société Subsonic, accusée de commercialiser des manettes de jeu reproduisant des fonctionnalités protégées par trois brevets européens relatifs à la PlayStation. Transférés à Sony Interactive Entertainment dans le cadre d’une restructuration, ces brevets n’avaient toutefois été inscrits à son nom au Registre national des brevets que le 28 juin 2018, après l’introduction de l’action en janvier 2017.

Statuant sur renvoi après cassation, la cour d’appel de Paris a admis la recevabilité du cessionnaire pour les actes commis depuis le transfert, bien que l’inscription soit intervenue après l’introduction de l’instance. Cette décision confirme que le contrefacteur allégué ne peut échapper à toute réparation pour la seule raison que la publicité de la cession a été différée.

La recevabilité ne préjuge toutefois pas du bien-fondé de l’action. Dans l’affaire concernée, les demandes en contrefaçon ont finalement été rejetées faute de preuve suffisante de la reproduction de toutes les caractéristiques revendiquées. L’inscription sécurise la qualité à agir ; elle ne dispense jamais de démontrer matériellement la contrefaçon.

Comment sécuriser une action après une cession de brevet ?

Nous recommandons d’inscrire le transfert sans attendre et d’auditer la chaîne complète de propriété du portefeuille. L’INPI précise notamment que les transmissions successives doivent toutes être régularisées lorsque les précédents propriétaires n’ont pas été inscrits. La demande peut être présentée par le titulaire inscrit, l’autre partie à l’acte ou leur mandataire.

Avant toute saisie-contrefaçon ou assignation, il convient de vérifier :

  • la concordance entre l’acte de cession et les brevets concernés ;
  • la date d’effet exacte du transfert ;
  • l’état des inscriptions au registre des brevets ;
  • la transmission des actions et créances antérieures ;
  • la qualité des preuves techniques de la contrefaçon ;
  • l’identification du préjudice propre à chaque société du groupe.

Conclusion

Le cessionnaire d’un brevet est recevable à agir pour les actes commis entre la cession et son inscription, mais seulement après que le transfert a été inscrit au Registre national des brevets. Une inscription effectuée pendant le procès peut régulariser l’action. Les faits antérieurs à la cession ne sont, en revanche, réparables au profit du cessionnaire que si l’acte lui transmet expressément les droits correspondants.

Le cabinet Dreyfus accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.

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FAQ

L’inscription produit-elle un effet rétroactif ?

Elle ne rend pas rétroactivement la cession opposable. Elle permet toutefois au cessionnaire, à compter de l’inscription, de réclamer le préjudice causé par les actes commis depuis le transfert.

Le cessionnaire peut-il réclamer les dommages subis par le cédant ?

Uniquement si l’acte de cession prévoit expressément la transmission des actions ou créances relatives aux faits antérieurs au transfert.

L’inscription au RNB suffit-elle à obtenir une condamnation ?

Non. Le demandeur doit encore établir la validité et la portée du brevet, la reproduction des caractéristiques revendiquées, le préjudice subi et le lien de causalité.

Faut-il inscrire toutes les cessions successives ?

Oui. Lorsque plusieurs transferts sont intervenus, la chaîne de propriété doit être régularisée afin que le nouveau titulaire puisse apparaître au registre.

Un licencié peut-il agir en contrefaçon ?

Le licencié exclusif et, sous certaines conditions, le licencié non exclusif peuvent agir selon les modalités de l’article L. 615-2 du Code de la propriété intellectuelle. Tout licencié peut également intervenir dans l’action du titulaire pour obtenir réparation de son préjudice propre.

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.

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L’intégration de l’Arabie saoudite dans le système de Madrid : comment protéger vos marques à compter du 8 octobre 2026 ?

Introduction

L’Arabie saoudite rejoindra le système de Madrid le 8 octobre 2026, trois mois après le dépôt de son instrument d’adhésion auprès de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI). Les titulaires étrangers pourront alors inclure le Royaume dans une nouvelle demande internationale ou étendre à son territoire une marque internationale existante. Les entreprises saoudiennes pourront, réciproquement, solliciter une protection auprès des autres membres du système.

Cette adhésion centralise davantage les dépôts et la gestion des portefeuilles dans un système couvrant désormais 133 pays. Elle ne crée toutefois ni marque mondiale ni enregistrement automatique : la Saudi Authority for Intellectual Property, ou SAIP, examinera chaque désignation conformément au droit saoudien.

Qu’est-ce que le système de Madrid ?

Faisant suite à l’Arrangement de Madrid de 1891, et administré par l’OMPI, le système de Madrid permet à un titulaire de marque de demander la protection d’une marque dans plusieurs pays au moyen d’une demande internationale unique. Celle-ci est déposée par l’intermédiaire de son office d’origine et doit être fondée sur une demande ou un enregistrement national ou régional.

Le dispositif centralise le dépôt, le paiement des taxes, le renouvellement et l’inscription de certaines modifications, telles qu’un changement de titulaire ou d’adresse. Il ne crée toutefois pas une marque mondiale uniforme : chaque office désigné examine la demande selon sa propre législation et peut accorder la protection, la limiter ou notifier un refus provisoire. L’enregistrement international constitue ainsi un ensemble de droits territoriaux administrés de manière centralisée.

Pour approfondir, consultez notre article sur la marque internationale et les nouveaux adhérents au Protocole de Madrid.

Une adhésion qui ouvre le marché saoudien au système de Madrid

Selon l’annonce officielle de l’OMPI, l’Arabie saoudite devient le cinquième des six États du Conseil de coopération du Golfe à participer au système de Madrid, après Bahreïn, Oman, le Qatar et les Émirats arabes unis. Cette avancée facilite les stratégies de protection régionales.

Pour les entreprises déjà engagées dans une stratégie internationale, l’intégration du marché saoudien dans ce cadre simplifie la coordination des dépôts, des échéances et des formalités. Elle permet notamment d’ajouter le Royaume à une nouvelle demande internationale ou à un enregistrement existant, tout en conservant une gestion centralisée auprès de l’OMPI.

Comment désigner l’Arabie saoudite dans une marque internationale ?

Inclure l’Arabie Saoudite dans une nouvelle demande internationale

À compter du 8 octobre 2026, un titulaire habilité à utiliser le système pourra désigner l’Arabie saoudite dans une demande internationale fondée sur une demande ou un enregistrement de base. Pour une entreprise française, le dossier sera généralement transmis par l’INPI ou l’EUIPO en fonction de la marque qu’elle souhaite étendre à l’international, puis contrôlé formellement par l’OMPI avant sa transmission à la SAIP.

Étendre une marque internationale existante

Le titulaire d’un enregistrement international pourra aussi effectuer une désignation postérieure lorsque l’Arabie saoudite n’avait pas été visée initialement. La protection éventuelle prendra effet à la date attribuée à cette extension, sans rétroagir à la date initiale de l’enregistrement international.

Déposer depuis l’Arabie saoudite vers les marchés étrangers

Les titulaires disposant du rattachement requis avec l’Arabie saoudite pourront utiliser la SAIP comme office d’origine et, sur la base d’une marque saoudienne, demander une protection dans plusieurs membres du système au moyen d’un dossier unique.

Quelles particularités prévoir devant la SAIP ?

Un délai de refus provisoire porté à dix-huit mois

L’avis d’information n° 35/2026 de l’OMPI indique que la SAIP disposera de dix-huit mois pour notifier un refus provisoire. Un refus fondé sur une opposition pourra, dans les conditions du Protocole, intervenir après ce délai. L’absence d’objection rapide ne devra donc pas être assimilée à une acceptation définitive.

Une taxe individuelle dont le montant reste à publier

Le Royaume percevra une taxe individuelle pour les demandes, désignations postérieures et renouvellements le concernant. Son montant sera publié par l’OMPI dans un avis distinct. Le budget devra donc être confirmé lors du dépôt, notamment en présence de plusieurs classes.

L’absence de division et de fusion résultant d’une division

La législation saoudienne ne prévoyant pas la division d’un enregistrement, la SAIP ne demandera pas à l’OMPI de diviser une désignation saoudienne ni de fusionner les enregistrements issus d’une division. Un libellé précis sera donc essentiel lorsqu’une objection ne concerne qu’une partie des produits ou services.

Dépôt international ou dépôt national : quelle stratégie choisir ?

Préparer la désignation avant le dépôt

La centralisation offerte par Madrid ne dispense pas d’un audit local. Avant toute désignation, nous recommandons de :

  • Réaliser des recherches d’antériorités sur le signe en caractères latins et, si nécessaire, sur ses translittérations ou équivalents en arabe ;
  • Vérifier le titulaire, la représentation de la marque et la pertinence du libellé au regard du projet commercial ;
  • Anticiper l’examen saoudien, les publications, les oppositions et les délais de réponse ; et coordonner la désignation avec les droits saoudiens déjà détenus, les licences et le calendrier de lancement.

Arbitrer selon la structure du portefeuille

Le système de Madrid convient particulièrement aux entreprises qui protègent une même marque dans plusieurs pays et souhaitent centraliser les formalités. Un dépôt national peut rester préférable lorsque l’Arabie saoudite est le seul marché visé, lorsque le signe doit être adapté localement ou lorsque le titulaire recherche un droit indépendant.

Au cours des cinq premières années suivant son enregistrement, l’enregistrement international dépend de la marque de base : la perte de celle-ci peut entraîner une radiation correspondante. Lorsqu’un droit national saoudien existe déjà, le mécanisme de remplacement de l’article 4bis peut également être étudié.

A ce sujet, nous vous invitions à lire notre article « Marques internationales : tirez parti de l’article 4bis du Protocole de Madrid ».

Conclusion

L’intégration de l’Arabie saoudite dans le système de Madrid ouvre, à compter du 8 octobre 2026, une nouvelle voie de protection sur un marché stratégique. Les titulaires étrangers pourront viser le Royaume dans une demande ou une désignation postérieure, tandis que les entreprises saoudiennes accéderont plus simplement aux autres membres du système.

Cette facilité doit s’accompagner de recherches d’antériorités, d’un libellé maîtrisé et d’une anticipation des règles de la SAIP.

Le cabinet Dreyfus accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.

Dreyfus et Associés est en partenariat avec un réseau mondial d'avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.

FAQ

La liste des produits et services doit-elle être adaptée au marché saoudien ?

Une attention particulière doit être portée à la rédaction du libellé. Celui-ci doit correspondre précisément aux produits et services effectivement envisagés sur le marché saoudien et tenir compte des pratiques d’examen de la SAIP. Cette précaution est d’autant plus importante que la législation saoudienne ne prévoit pas la division d’un enregistrement lorsqu’une objection ne concerne qu’une partie des produits ou services.

Que se passe-t-il si la SAIP émet un refus provisoire ?

Le titulaire devra répondre dans le délai applicable, généralement par l’intermédiaire d’un mandataire local habilité à intervenir devant la SAIP. Selon les motifs invoqués, la réponse pourra notamment consister à présenter des arguments, à limiter la liste des produits et services ou à contester l’existence d’un risque de confusion avec un droit antérieur.

L’utilisation du système de Madrid dispense-t-elle de recourir à un conseil local en Arabie saoudite ?

Le système de Madrid simplifie le dépôt et la gestion administrative de la marque, mais il ne remplace pas l’accompagnement local lorsque la SAIP soulève une objection, lorsqu’une opposition est formée ou lorsqu’une action doit être engagée contre un tiers. L’intervention d’un conseil local peut également être utile en amont afin d’évaluer la disponibilité du signe et d’adapter la stratégie de protection aux exigences du marché saoudien.

Quel risque présente la dépendance de la marque internationale à la marque de base ?

Pendant les cinq premières années de l’enregistrement international, la protection obtenue par l’intermédiaire du système de Madrid dépend de la demande ou de l’enregistrement de base. Si celui-ci est refusé, annulé, limité ou radié, les désignations internationales peuvent être affectées dans la même mesure. La solidité de la marque de base doit donc être vérifiée avant d’engager une stratégie internationale comprenant l’Arabie saoudite.

Une marque refusée en Arabie saoudite reste-t-elle valable dans les autres pays désignés ?

Un refus prononcé par la SAIP n'affecte pas la protection de la marque dans les autres États désignés dans l'enregistrement international. Chaque office national statue de manière indépendante sur la protection sollicitée.

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.

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Pourquoi utiliser le symbole ® pour protéger et défendre une marque enregistrée ?

Introduction

Le symbole ®ne crée pas un droit de marque. En France comme dans l’Union européenne, la protection résulte de l’enregistrement du signe, pour les produits et services désignés, et non de l’apposition d’un symbole sur un emballage, un site Internet ou une publicité.

Cette précision ne rend pas le symbole ® accessoire. Nous recommandons au contraire de l’utiliser, lorsque la marque est effectivement enregistrée, comme un outil de communication juridique, de pédagogie commerciale et de consolidation de la preuve. L’arrêt Les Éditions Albert René c. EUIPO (T-24/25) du 13 mai 2026 concernant la marque OBELIX, confirme que ce détail graphique peut influencer l’analyse de la manière dont le public perçoit un signe.

Le symbole doit néanmoins rester cohérent avec le titre enregistré. Il ne peut ni élargir la protection à des produits non couverts, ni étendre territorialement les droits, ni remédier à l’absence d’usage sérieux.

L’affaire OBELIX : le symbole ® dans l’appréciation de la renommée d’une marque

Faits

Une société polonaise avait obtenu l’enregistrement de la marque de l’Union européenne verbale « Obelix » pour des produits de la classe 13, comprenant notamment des armes, des munitions et des explosifs. Les Éditions Albert René ont demandé la nullité de cet enregistrement sur le fondement de leur marque antérieure OBELIX, en invoquant notamment sa renommée au titre de l’article 8, paragraphe 5, et de l’article 60, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la marque de l’Union européenne.

La chambre de recours de l’EUIPO avait rejeté la demande. Elle estimait que la majorité des pièces se rapportaient à l’expression « Astérix & Obélix » ou à la popularité du personnage, sans démontrer suffisamment que le public percevait OBELIX comme une marque renommée. Elle avait également exclu l’existence d’un lien entre les marques en se fondant principalement sur la différence entre les produits, les secteurs de marché et les publics concernés.

Décision

Le Tribunal a annulé la décision de la chambre de recours. Il a rappelé que la renommée doit être appréciée à partir de l’ensemble des facteurs pertinents et qu’une accumulation d’éléments peut permettre de l’établir, même si chaque pièce prise isolément est insuffisante.

La chambre de recours aurait notamment dû tenir compte des supports présentés par le requérant sur lesquels le symbole ® était apposé à droite du terme « Obelix » ou « Obélix ». Pour le public achetant les produits concernés, cette présentation indique que le terme est une marque enregistrée et qu’il sert à identifier l’origine commerciale des produits. Le Tribunal a également précisé qu’une marque antérieure ne doit pas nécessairement être utilisée isolément : lorsque les termes ASTERIX et OBELIX apparaissent ensemble, ils sont chacun accompagné séparément du symbole ® et peuvent donc être perçus comme deux marques distinctes.

Enfin, l’existence d’un lien entre les marques devait faire l’objet d’une appréciation globale. La chambre de recours ne pouvait se limiter à la différence entre les produits et à l’absence de chevauchement des publics ; elle devait également examiner les autres facteurs pertinents, notamment le caractère distinctif exceptionnel de la marque antérieure.

Portée

L’arrêt ne reconnaît pas lui-même la renommée de la marque OBELIX et ne prononce pas la nullité de la marque contestée. Il annule la décision de la chambre de recours en raison d’une appréciation incomplète des preuves et du lien entre les marques ; il appartiendra donc à l’EUIPO de réexaminer ces questions.

Sa portée pratique est néanmoins importante : le symbole ® peut constituer un indice pertinent de la manière dont le public perçoit un signe. Il ne représente pas une preuve autonome ou décisive, mais il ne peut être ignoré lorsqu’il s’inscrit dans un ensemble cohérent de documents relatifs à l’exploitation de la marque.

Une présentation cohérente peut devenir un élément probatoire

Une marque est souvent exploitée au milieu d’autres informations : nom de gamme, référence produit, slogan, dénomination sociale ou élément descriptif. En cas de litige, il peut devenir difficile de déterminer si le public percevait véritablement le signe invoqué comme une marque autonome.

L’apposition du symbole ® immédiatement après le signe concerné contribue à rendre cette fonction plus lisible. Elle peut notamment être utile dans une opposition ou une action en nullité fondée sur une marque antérieure ; une procédure dans laquelle la renommée ou le caractère distinctif renforcé doit être établi ; une action en contrefaçon ou en concurrence déloyale ; un litige relatif à un nom de domaine ou à un compte de réseau social ; une demande de retrait adressée à une plateforme, un hébergeur ou une place de marché.

Le symbole ® ne rend pas distinctive une marque descriptive

L’ajout du symbole ® ne rend pas distinctif un signe descriptif, banal ou dépourvu de caractère distinctif. Il ne suffit pas davantage, à lui seul, à démontrer que le signe est utilisé comme une marque, c’est-à-dire pour identifier l’origine commerciale des produits ou services.

Le Tribunal l’a rappelé dans les arrêts Cystus du 14 février 2017 (T-15/16), I-cosmetics du 7 juillet 2021 (T-205/20) et Genussländer du 28 janvier 2026 (T-46/25). La présence du symbole ® ne constitue qu’un élément parmi d’autres et ne peut recevoir une valeur décisive.

L’arrêt OBELIX ne remet pas en cause cette approche. Il précise simplement que, replacé dans un ensemble cohérent de preuves, le symbole ® peut contribuer à montrer que le public perçoit le signe comme une marque.

Le symbole ® ne prouve pas à lui seul un usage sérieux

Une marque peut être exposée à la déchéance lorsqu’elle n’a pas fait l’objet d’un usage sérieux pour les produits ou services enregistrés pendant la période légalement pertinente. Le symbole ® ne démontre ni le volume des ventes, ni la durée de l’exploitation, ni son importance territoriale, ni la réalité d’une activité commerciale.

La preuve doit porter sur le lieu, la période, l’étendue et la nature de l’usage. L’article L. 714-5 du Code de la propriété intellectuelle encadre cette exigence en droit français. Une stratégie de preuve doit donc être organisée indépendamment de la politique graphique appliquée à la marque.

Comment utiliser correctement le symbole ® dans une stratégie de marque ?

Le symbole ® doit être utilisé de manière cohérente et uniquement pour une marque effectivement enregistrée.

  • Le placer immédiatement après la première occurrence importante de la marque : MARQUE®.
  • Adopter une présentation discrète, en exposant ou dans une taille réduite.
  • Vérifier qu’il désigne sans ambiguïté la marque concernée, notamment lorsque plusieurs signes apparaissent ensemble.
  • Harmoniser son usage et conserver des preuves datées de l’exploitation de la marque.

Dans l’arrêt OBELIX, l’apposition séparée du symbole auprès de chacun des signes a notamment contribué à leur perception comme marques distinctes.

Conclusion

Il est recommandé d’utiliser le symbole ® pour protéger et défendre une marque enregistrée, sous réserve d’avoir préalablement vérifié la validité et le périmètre territorial du titre. Son rôle n’est pas de créer la protection, mais de rendre la fonction de marque plus explicite, de prévenir certains usages banalisants et de renforcer la cohérence des éléments produits en cas de litige.

L’arrêt OBELIX montre qu’un détail graphique peut acquérir une véritable portée probatoire lorsqu’il est replacé dans une stratégie d’exploitation cohérente.

Le cabinet Dreyfus accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.

Dreyfus et Associés est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.

FAQ

Peut-on utiliser le symbole ® avant l’enregistrement de la marque ?

Une demande en cours d’examen n’est pas encore une marque enregistrée. Le symbole ® ne devrait être utilisé qu’après la délivrance de l’enregistrement et dans les territoires où celui-ci produit ses effets.

Le symbole ® est-il obligatoire en France ou dans l’Union européenne ?

Non. L’absence du symbole ne fait pas perdre les droits résultant de l’enregistrement. Son utilisation demeure cependant recommandée pour clarifier le statut du signe et soutenir une politique cohérente de valorisation et de défense de la marque.

Quelle différence existe-t-il entre ™ et ® ?

Le symbole ® renvoie à une marque enregistrée. Le symbole ™ est généralement utilisé pour signaler qu’un opérateur revendique un signe comme marque, même lorsque son enregistrement n’est pas établi. La portée juridique de ces symboles varie selon les pays.

Le symbole ® empêche-t-il une marque de devenir générique ?

Il ne l’empêche pas automatiquement, mais il contribue à rappeler que le terme désigne une origine commerciale et non la catégorie générale du produit. Il doit être associé à d’autres pratiques : emploi de la marque comme adjectif, majuscules cohérentes, rappel du nom générique du produit et correction des usages impropres.

Un licencié peut-il utiliser le symbole ® ?

Oui, lorsque le titulaire l’y autorise et que la marque est effectivement enregistrée pour les produits, services et territoires concernés. Le contrat de licence ou de distribution devrait encadrer cet usage : forme exacte de la marque, position du symbole, mentions de titularité et supports autorisés. Cette organisation réduit le risque d’une présentation erronée du statut juridique de la marque.

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.

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Comment protéger les titres des œuvres ?

Introduction

Le titre d’un livre, d’un film, d’un podcast, d’un jeu vidéo ou d’une création numérique concentre souvent une part essentielle de sa valeur. Il permet au public de reconnaître l’œuvre, facilite sa promotion et peut devenir le point de départ d’une franchise ou d’une gamme de produits dérivés. Pourtant, aucun mécanisme juridique ne garantit, à lui seul, une protection absolue du titre.

Une stratégie efficace repose généralement sur plusieurs niveaux : le droit d’auteur lorsque le titre est original, le droit des marques lorsqu’il désigne une origine commerciale, les contrats et, lorsque les circonstances le justifient, la concurrence déloyale ou le parasitisme.

La protection du titre d’une œuvre par le droit d’auteur

L’originalité constitue la condition déterminante. En France, l’article L. 112-4 du Code de la propriété intellectuelle prévoit qu’un titre original est protégé comme l’œuvre elle-même. Cette protection naît automatiquement, sans enregistrement, dès lors que le titre résulte de choix créatifs libres et révèle une physionomie propre.

La nouveauté ne suffit pas. Un titre peut n’avoir jamais été employé auparavant tout en restant banal, descriptif ou exclusivement composé de termes usuels. À l’inverse, une association surprenante, une construction inhabituelle, un détournement ou un contraste sémantique peuvent caractériser une démarche créative.

L’auteur qui revendique la protection d’un titre par le droit d’auteur doit caractériser précisément les choix libres et créatifs qui lui confèrent son originalité. Une affirmation générale selon laquelle le titre serait « unique » ou « personnel » demeure insuffisante.

L’importance de dater la création du titre

Le droit d’auteur existe sans dépôt, mais un contentieux suppose de démontrer la date de création et l’identité du titulaire. Il est donc recommandé de conserver les recherches préparatoires, versions successives, échanges éditoriaux et fichiers horodatés.

Le service e-Soleau de l’INPI, un constat ou un dépôt auprès d’un commissaire de justice ou d’un notaire, ou encore l’enregistrement auprès d’une société d’auteurs permettent de renforcer la preuve d’antériorité. Ces démarches ne créent pas le droit d’auteur et ne prouvent pas, à elles seules, l’originalité ; elles établissent principalement l’existence d’un contenu à une date déterminée.

Déposer le titre d’une œuvre comme marque

Le titre doit fonctionner comme un indicateur d’origine commerciale. Le dépôt d’une marque poursuit une finalité différente. Une marque ne protège pas le titre parce qu’il identifie une œuvre : elle le protège lorsqu’il permet au public de distinguer les produits ou services d’une entreprise de ceux de ses concurrents.

Le signe doit notamment être distinctif, disponible et non exclusivement descriptif des produits ou services revendiqués. Le droit français exclut ainsi les marques dépourvues de caractère distinctif ou exclusivement composées d’indications décrivant une caractéristique des produits ou services.

Cette distinction est fondamentale. Un titre peut être original au sens du droit d’auteur, mais descriptif pour certains produits. Inversement, un titre non protégeable par le droit d’auteur peut constituer une marque valable s’il remplit une fonction commerciale distinctive.

Le dépôt est particulièrement utile lorsque le titre désigne une collection, une série ou une franchise ; plusieurs livres, films, podcasts ou jeux commercialisés sous une bannière commune ; des services de production, d’édition, de divertissement ou de formation ; une gamme de produits dérivés ; un univers appelé à être exploité sur plusieurs supports.

Une recherche d’antériorités doit être conduite avant le lancement, en examinant les marques identiques et similaires, les titres déjà exploités, les dénominations sociales, les noms commerciaux, les noms de domaine et les droits d’auteur antérieurs. L’article L. 711-3 du Code de la propriété intellectuelle reconnaît expressément plusieurs de ces droits comme des antériorités susceptibles de faire obstacle à une marque.

Décision ANIMAL FARM et 1984 : quelles limites pour les marques portant sur des titres célèbres ?

Les faits

Le 6 mars 2018, la succession de Sonia Brownell Orwell a demandé l’enregistrement des signes verbaux ANIMAL FARM et 1984 comme marques de l’Union européenne. Les demandes visaient notamment des supports audiovisuels et numériques, des publications, des produits imprimés, des jeux ainsi que des services d’éducation et de divertissement.

Après un refus partiel de l’EUIPO en 2019, les recours ont été renvoyés devant la Grande Chambre de recours en raison des divergences entourant l’enregistrement des titres d’œuvres célèbres. Les affaires ont finalement été jointes.

La décision de la Grande Chambre de recours

Dans sa décision « ANIMAL FARM and 1984 » du 27 mai 2026 (R 1719/2019-G et R 1922/2019-G), la Grande Chambre de l’EUIPO confirme le refus pour les produits et services directement susceptibles de contenir, transmettre, adapter ou exploiter le contenu des romans.

Selon elle, une partie significative du public reconnaîtra immédiatement ANIMAL FARM et 1984 comme les titres des œuvres de George Orwell. Pour des livres, enregistrements, publications numériques, jeux ou services de divertissement, ces signes seront donc compris comme une indication du contenu ou du sujet proposé, et non comme l’identification de l’entreprise qui le commercialise.

Le raisonnement repose sur la différence entre deux fonctions :

  • le titre individualise une œuvre intellectuelle ;
  • la marque garantit l’origine commerciale des produits ou services.

La célébrité d’un titre n’interdit pas automatiquement son enregistrement. Elle peut toutefois renforcer la perception du signe comme la désignation d’une œuvre plutôt que comme une marque. Pour renverser cette perception, le déposant doit démontrer que le public a été habitué, par l’usage, à reconnaître le titre comme un véritable signe d’origine.

La portée pratique de la décision

La décision ne signifie pas que tous les titres d’œuvres sont exclus du droit des marques. L’appréciation reste liée aux produits et services revendiqués.

Un même titre pourrait être refusé pour des livres ou des contenus audiovisuels, mais accepté pour des produits suffisamment éloignés du contenu de l’œuvre.

La décision invite donc les déposants à raisonner produit par produit et service par service. Il convient d’éviter les demandes excessivement larges, de sélectionner les catégories correspondant à un projet d’exploitation réel et de déterminer, pour chacune d’elles, si le titre sera perçu comme un contenu ou comme une marque.

Quelle stratégie adopter pour sécuriser le titre d’un livre, d’un film ou d’un podcast ?

La protection d’un titre ne repose pas sur une formalité unique. Elle suppose de combiner plusieurs mesures juridiques et opérationnelles afin de vérifier que le titre peut être utilisé, d’en établir la titularité, d’organiser son éventuelle protection comme marque et de prévenir les usages concurrents. Cette stratégie doit être mise en œuvre le plus tôt possible, idéalement avant toute annonce publique ou campagne de communication. Il s’agirait ainsi de prendre les mesures suivantes :

1. Effectuer une recherche d’antériorité

2. Organiser la preuve et la titularité

3. Construire une stratégie de marque proportionnée

4. Réserver l’écosystème numérique

5. Surveiller et faire respecter les droits

Conclusion

La protection d’un titre doit être conçue avant sa divulgation commerciale. Le droit d’auteur protège les titres originaux ; la marque protège ceux qui remplissent une fonction distinctive ; la concurrence déloyale et le parasitisme peuvent sanctionner certains comportements fautifs. La décision ANIMAL FARM et 1984 rappelle néanmoins qu’un titre, même mondialement célèbre, ne devient pas automatiquement une marque.

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FAQ

Le titre d’une œuvre est-il automatiquement protégé ?

Il est automatiquement protégé par le droit d’auteur uniquement s’il est original. Aucun dépôt n’est alors exigé, mais la preuve de sa création et de sa date demeure essentielle.

Peut-on utiliser le même titre qu’un autre livre ou film ?

Une coexistence est parfois possible, sous réserve qu’aucun droit antérieur ne s’y oppose et que l’usage du titre ne crée pas de risque de confusion. Cette appréciation dépend notamment du genre des œuvres, de leur public, de leur présentation et de la notoriété du titre antérieur.

Combien de temps le titre d’une œuvre est-il protégé ?

Lorsqu’il est original, le titre bénéficie en principe de la durée de protection applicable à l’œuvre, soit jusqu’à soixante-dix ans après le décès de l’auteur.

Une enveloppe e-Soleau protège-t-elle le titre ?

L’e-Soleau ne confère aucun monopole. Elle permet d’horodater un document et de renforcer la preuve de son existence à une date donnée.

Comment protéger un titre à l’international ?

La stratégie doit être définie territoire par territoire, en combinant les règles locales de droit d’auteur, les dépôts nationaux ou régionaux de marques, les noms de domaine et les contrats. Une marque de l’Union européenne peut couvrir l’ensemble des États membres, sous réserve de satisfaire aux conditions d’enregistrement dans toute l’Union.

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.

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Comment éviter la contrefaçon de droit d’auteur lorsqu’on utilise l’intelligence artificielle ?

Introduction

Pour éviter la contrefaçon de droit d’auteur lorsqu’on utilise l’intelligence artificielle, l’entreprise doit contrôler trois étapes :

  • les documents et données envoyés à l’outil,
  • la consigne donnée à l’IA,
  • le contenu finalement diffusé.

Dans le vocabulaire de l’IA, ces éléments sont souvent appelés « input », « prompt » et « output ». L’input est la matière fournie au système, le prompt est l’instruction, et l’output est le texte, l’image, le code, la vidéo ou l’audio produit. Ces termes techniques décrivent le processus ; ils ne déterminent pas, à eux seuls, qui détient les droits ni si le résultat peut être exploité.

Or, même si le fournisseur autorise l’utilisation commerciale de l’output, il ne garantit pas nécessairement que celui-ci ne reproduit pas l’œuvre d’un tiers. Pour l’entreprise, le risque est concret : retrait d’une campagne, blocage par une plateforme, coûts de refonte, demande de licence, action en contrefaçon ou atteinte à la réputation. La réponse n’est pas d’interdire l’IA, mais d’appliquer des contrôles proportionnés à la valeur, à l’audience et à la durée d’exploitation du contenu.

Pourquoi un contenu généré par IA peut-il constituer une contrefaçon ?

En droit français, l’article L. 122-4 du Code de la propriété intellectuelle interdit de reproduire, représenter, adapter ou transformer une œuvre protégée sans l’accord de son auteur ou de ses ayants droit, c’est-à-dire des personnes ou entreprises auxquelles les droits ont été transmis. La « contrefaçon » désigne ici l’exploitation non autorisée d’éléments originaux d’une œuvre. L’utilisation d’une IA ne change donc pas la règle : l’entreprise qui diffuse un résultat reprenant de tels éléments peut engager sa responsabilité, même si la reprise a été générée automatiquement.

L’analyse ne porte pas seulement sur un pourcentage de ressemblance. La Cour de justice de l’Union européenne recherche si les choix créatifs de l’œuvre antérieure restent reconnaissables dans le contenu contesté (CJUE, 4 décembre 2025, affaires jointes C-580/23 et C-795/23). Une idée, un thème ou une ambiance générale ne suffit généralement pas. Le risque augmente lorsque l’output reprend une composition particulière, des formulations originales, un personnage individualisé, une succession de scènes, une mélodie ou d’autres éléments expressifs identifiables.

Les prompts demandant un contenu « dans le style de » un artiste doivent donc être traités avec prudence. Le style abstrait n’est pas, en principe, protégé comme une œuvre ; en revanche, la copie d’éléments précis peut être illicite.

D’autres fondements peuvent aussi être invoqués:

En pratique, une validation limitée au seul droit d’auteur peut donc être insuffisante.

Comment sécuriser les contenus et les instructions fournis à l’IA ?

Distinguer les deux situations dans lesquelles l’utilisateur s’expose à un risque

  • Lorsque l’utilisateur transmet lui-même une œuvre protégée à l’IA : par exemple une image, un texte, une vidéo ou une musique, il doit vérifier qu’il est autorisé à la copier, à la modifier et à l’utiliser pour générer un nouveau contenu. Le fait qu’un document soit accessible sur Internet ne signifie pas qu’il est libre de droits. Le risque est particulièrement important lorsque l’utilisateur demande à l’IA de reproduire l’œuvre, d’en conserver la composition ou d’en reprendre les éléments créatifs reconnaissables.
  • Lorsque l’utilisateur rédige uniquement un prompt, sans joindre de document : le résultat généré peut néanmoins ressembler fortement à une œuvre existante. L’utilisateur peut ne pas connaître cette œuvre et ne pas avoir demandé sa reproduction, mais cela ne suffit pas à écarter tout risque de contrefaçon. Avant toute publication ou exploitation commerciale, l’entreprise doit donc vérifier si le résultat reprend des éléments précis et reconnaissables d’une création antérieure. En cas de doute, il est préférable de régénérer le contenu, de le modifier de manière substantielle ou de renoncer à son utilisation.

Pour une présentation plus générale sur la protection des contenus générés par l’intelligence artificielle, nous vous invitons à consulter notre article : « Droit d’auteur et IA génératives ».

Écarter les prompts qui demandent ou facilitent la copie d’une oeuvre protégée

La consigne ne doit pas permettre la copie d’un contenu protégé. Demander de reproduire, poursuivre ou imiter fidèlement une œuvre identifiée crée un risque direct. À l’inverse, une consigne demandant une analyse originale, fondée sur des faits et sans reprise des formulations, du plan ou des exemples des sources réduit ce risque. Elle ne le supprime pas : l’output doit toujours être relu, comparé et, lorsque l’enjeu le justifie, validé juridiquement avant diffusion.

Les équipes devraient aussi éviter de cumuler, sans nécessité, le nom d’un auteur ou d’un artiste, le titre d’une œuvre, un personnage protégé, une marque et des instructions très précises sur la composition. Les prompts, versions successives, sources autorisées et modifications humaines doivent être conservés. Cette traçabilité aide à démontrer une démarche de création indépendante, accélère la validation interne et permet de répondre plus efficacement à une réclamation.

Comment contrôler un résultat généré par IA avant sa diffusion ?

Appliquer un contrôle proportionné au risque commercial

Avant toute diffusion externe, l’entreprise devrait appliquer un contrôle juridique préalable des droits avant publication. Le contrôle peut être léger pour un brouillon interne, mais il doit être renforcé pour une campagne publicitaire, un lancement de produit, un contenu à forte audience, un logiciel distribué ou une création exploitée dans plusieurs pays :

  • Identifier les éléments susceptibles d’être protégés et les œuvres, marques, personnes ou contenus auxquels l’output semble faire référence ;
  • Effectuer les recherches adaptées au format et vérifier si des choix créatifs reconnaissables ont été repris, sans se fier uniquement à un score automatique de similarité ;
  • Prendre une décision documentée : autoriser la diffusion, modifier substantiellement le contenu, générer une nouvelle version, obtenir une licence ou abandonner l’output.

Un logiciel de détection peut signaler une ressemblance, mais il ne remplace pas l’analyse humaine. Changer quelques mots, couleurs ou détails ne suffit pas si la structure créative essentielle reste reconnaissable. Le niveau de contrôle doit tenir compte de l’audience, du budget, des territoires, de la durée d’exploitation, de la visibilité de la marque et de la difficulté à retirer le contenu une fois publié. Plus le coût d’un retrait est élevé, plus la validation doit intervenir tôt.

Adapter la vérification au format utilisé

Textes et logiciels:

Pour un texte, il convient de rechercher les formulations inhabituelles, citations, titres, plans très spécifiques et passages longs. Pour un logiciel, il faut contrôler les mentions de licence, commentaires, blocs de code caractéristiques et dépendances. Un code fonctionnel peut intégrer des composants « open source » soumis à des obligations d’attribution, de partage sous la même licence ou de mise à disposition du code source. Ces obligations doivent être compatibles avec le modèle économique, la politique de cybersécurité et les engagements pris envers les clients.

Images, vidéos et contenus audio:

Pour les images, une recherche d’image inversée et une comparaison visuelle doivent porter sur la composition, les personnages, les décors, les logos et les détails distinctifs. Pour la vidéo et l’audio, il faut vérifier les extraits, scénarios, plans, paroles, mélodies, arrangements, interprétations et voix. Depuis le 2 août 2026, l’article 50 de l’AI Act et les lignes directrices de la Commission européenne prévoient aussi certaines obligations de transparence, notamment pour les hypertrucages, c’est-à-dire des contenus manipulés faisant croire qu’une personne a dit ou fait quelque chose. Signaler qu’un contenu a été généré ou modifié par IA peut être obligatoire, mais cette mention ne régularise pas une atteinte aux droits d’un tiers.

Quelle gouvernance juridique et opérationnelle mettre en place dans l’entreprise ?

Choisir l’outil à partir de garanties vérifiables

Avant d’autoriser un outil, les équipes juridiques, achats, sécurité et métiers devraient examiner cinq points :

  • les droits sur les inputs et outputs,
  • la réutilisation des données,
  • les usages interdits,
  • les garanties relatives aux droits des tiers,
  • l’indemnisation.

L’indemnisation est l’engagement éventuel du fournisseur de prendre en charge tout ou partie des coûts d’une réclamation. Une clause autorisant l’usage commercial règle seulement la relation avec le fournisseur : elle ne remplace ni une recherche de droits ni l’autorisation des titulaires dont les créations peuvent apparaître dans l’output.

L’article 53 de l’AI Act impose aux fournisseurs de modèles d’IA à usage général d’adopter une politique de conformité au droit d’auteur de l’Union et de publier un résumé suffisamment détaillé des contenus d’entraînement. Ces informations peuvent éclairer le choix d’un fournisseur, mais elles ne garantissent pas chaque output et ne transfèrent pas au fournisseur toute la responsabilité liée au contenu diffusé par l’entreprise.

Attribuer les responsabilités et conserver les preuves

Une politique interne efficace désigne les outils autorisés, les informations qui ne doivent jamais être transmises, les usages soumis à validation et le responsable de la décision finale. Elle peut classer les projets par niveau de risque. L’amélioration d’un brouillon interne appelle un contrôle limité ; une campagne publique, une voix clonée, du code intégré à un produit ou un visuel représentant une personne identifiable justifient une validation juridique et métier renforcée. Cette répartition évite que tous les projets soient ralentis de la même manière.

Les contrats avec les agences, studios et prestataires devraient imposer la déclaration du recours à l’IA, l’identification des outils utilisés, le respect des licences, la remise des prompts et sources lorsque cela est pertinent, ainsi qu’une garantie adaptée aux usages prévus. En interne, le dossier de validation devrait réunir les recherches, licences, versions écartées, retouches humaines et décision de publication. Cette documentation facilite une décision rapide de maintien, modification ou retrait du contenu et permet, si nécessaire, d’exercer un recours contre le prestataire responsable.

Pour approfondir la titularité des droits et l’organisation contractuelle, nous vous invitons à consulter nos articles: « Comment sécuriser ou céder ses droits sur une œuvre créée à l’aide d’une intelligence artificielle ? » ainsi que notre analyse « Peut-on utiliser librement l’intelligence artificielle au travail ? ».

Conclusion

Éviter la contrefaçon de droit d’auteur lorsqu’on utilise l’intelligence artificielle ne suppose pas de bloquer l’innovation. L’IA doit être traitée comme tout autre outil de production : sources autorisées, prompts qui ne demandent pas la copie, contrôle de l’output, validation humaine et contrats adaptés. La différence tient surtout à la vitesse de génération et au manque de visibilité sur l’origine exacte de certains résultats, ce qui rend la traçabilité indispensable.

Pour l’entreprise, l’objectif est de sécuriser la mise sur le marché sans imposer une revue juridique lourde à chaque usage. Une approche fondée sur le risque réserve l’analyse approfondie aux contenus les plus exposés. Lorsqu’un doute sérieux subsiste, la diffusion doit être suspendue jusqu’à l’obtention d’une licence, la création d’une version suffisamment différente ou une analyse juridique ciblée.

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FAQ

Une création réalisée avec l’aide d’une IA peut-elle être protégée par le droit d’auteur ?

Une protection peut être reconnue si le résultat reflète des choix créatifs humains précis, par exemple dans la sélection, la composition, la structure ou les retouches. Une consigne générale peut ne pas suffire. L’entreprise doit pouvoir identifier les contributions humaines et organiser par contrat la titularité des droits correspondants.

Une licence Creative Commons autorise-t-elle toujours l’utilisation d’une œuvre avec une IA ?

Non. Les licences Creative Commons n’autorisent pas toutes les mêmes usages. Il faut vérifier l’obligation de créditer l’auteur, l’usage commercial, les modifications et le partage sous la même licence. Fournir l’œuvre à l’IA, la transformer et exploiter l’output sont des actes distincts.

Une entreprise doit-elle informer ses clients qu’elle utilise une IA pour produire un contenu ?

Cela dépend du contrat, du secteur, du contenu et des règles applicables. Une information peut être nécessaire si l’usage de l’IA affecte les garanties promises, implique des données personnelles ou concerne un hypertrucage. Même lorsqu’elle n’est pas obligatoire, une clause claire réduit les incompréhensions sur la méthode de production et les responsabilités.

Combien de temps faut-il conserver les éléments prouvant le processus de création ?

Il n’existe pas de durée unique. Elle dépend de la durée d’exploitation, des garanties contractuelles, des délais d’action et de la valeur du projet. Pour une campagne importante, un logiciel ou un contenu réutilisable, il est prudent de conserver les prompts, sources, licences, versions et validations pendant toute l’exploitation et au-delà.

L’indemnisation proposée par un fournisseur d’IA protège-t-elle complètement l’entreprise ?

Rarement. Les garanties excluent souvent les réclamations liées aux prompts, aux modifications de l’output, aux contenus fournis par l’utilisateur ou à certains territoires. Elles peuvent aussi plafonner les remboursements. L’entreprise doit comparer la garantie au risque financier réel et vérifier que les usages et pays concernés sont couverts.

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.

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La saisie-contrefaçon : pourquoi est-elle un levier juridique majeur en matière de propriété intellectuelle ?

Introduction

La saisie-contrefaçon compte parmi les mécanismes probatoires les plus puissants du droit de la propriété intellectuelle. Autorisée par un juge et, en principe, exécutée sans avertissement préalable, elle permet au titulaire d’un droit de faire constater une atteinte présumée directement sur les lieux où se trouvent les produits, procédés, documents ou données litigieux.

Cette mesure reste toutefois strictement encadrée. Une requête imprécise, des opérations excédant l’autorisation judiciaire ou le non-respect du délai pour agir au fond peuvent fragiliser l’ensemble de la stratégie contentieuse.

L’établissement matériel des actes de contrefaçon

La contrefaçon peut être prouvée par tous moyens. La saisie-contrefaçon permet néanmoins de recueillir des éléments situés chez le contrefacteur présumé ou auprès d’un intermédiaire impliqué dans la fabrication, le stockage ou la distribution.

Selon l’autorisation accordée, le commissaire de justice peut :

  • Procéder à une description détaillée ;
  • Prendre des photographies, ;
  • Prélever des échantillons ; ou
  • Réaliser une saisie matérielle des produits litigieux et des documents qui s’y rapportent.

Les matériels et instruments utilisés pour fabriquer ou distribuer ces produits peuvent également être visés.

Ce dispositif peut être mobilisé pour protéger notamment une marque ou un nom commercial ; un brevet ou un procédé industriel ; un dessin ou modèle ; une œuvre, un logiciel ou une base de données ; une indication géographique ou une obtention végétale.

La saisie doit cependant demeurer conforme aux limites fixées par l’ordonnance. Elle ne confère pas au demandeur ou à l’expert qui l’assiste un pouvoir général d’investigation.

Identification de l’origine, des réseaux et de l’ampleur de la contrefaçon

L’enjeu ne consiste pas seulement à retrouver un produit contrefaisant. Pour obtenir une interdiction adaptée et une réparation effective, le titulaire doit souvent déterminer les quantités fabriquées, importées, stockées ou vendues ; la date de commencement de l’exploitation ; les fournisseurs, sous-traitants, distributeurs et clients ; les prix pratiqués et le chiffre d’affaires généré.

L’ordonnance peut ainsi autoriser l’examen de factures, bons de commande, inventaires, catalogues, fichiers commerciaux ou documents comptables. Dans un environnement numérique, elle peut également viser des fichiers de conception, historiques de versions, dépôts de code, journaux techniques ou correspondances électroniques, à condition que les recherches soient précisément circonscrites.

Vérification de la solidité des droits et des indices disponibles

Avant toute requête, nous devons vérifier la titularité du droit invoqué, sa validité apparente, son territoire de protection et la qualité pour agir du demandeur. Pour une marque, il convient notamment d’examiner son enregistrement, les produits et services couverts, les éventuelles inscriptions au registre et, lorsque la question se pose, les éléments permettant d’établir son usage sérieux.

La saisie-contrefaçon ne doit pas servir à rechercher au hasard l’existence d’une atteinte. La requête doit présenter des indices suffisamment circonstanciés : achat test, photographie, catalogue, offre en ligne, témoignage, facture, capture de page internet ou analyse technique.

Définition d’une mission judiciaire précise et proportionnée

La procédure est introduite par une requête non contradictoire devant le président du tribunal judiciaire compétent. Le caractère non contradictoire préserve l’effet de surprise, mais impose au requérant une présentation loyale et complète des circonstances pertinentes.

La requête doit identifier les lieux concernés, les droits invoqués, les opérations demandées, les catégories de documents recherchées, les personnes susceptibles d’assister le commissaire de justice et les mesures nécessaires à la protection des informations confidentielles.

Les précautions à adopter pour éviter l’annulation ou la contestation de la saisie

La première précaution à prendre consiste à respecter le délai impératif pour engager l’action au fond. La saisie-contrefaçon est une mesure provisoire. En matière de marques, le demandeur doit engager une action civile ou pénale dans un délai de vingt jours ouvrables ou de trente et un jours civils si ce délai est plus long, à compter de la saisie ou de la description. À défaut, l’intégralité de la mesure peut être annulée à la demande de la personne saisie.

L’assignation doit donc être préparée parallèlement à la requête, et non après la réception du procès-verbal.

La protection du secret des affaires et les données personnelles est une seconde précaution à prendre. Une saisie peut exposer des informations stratégiques étrangères au litige : formules, procédés, conditions commerciales, fichiers clients ou projets de recherche. Le juge peut ordonner leur placement sous séquestre provisoire, afin qu’elles ne soient pas immédiatement communiquées au demandeur.

Les données personnelles recueillies doivent, quant à elles, être pertinentes et limitées à ce qui est nécessaire pour préparer, exercer ou suivre l’action en justice. Leur accès, leur conservation et leur communication doivent rester proportionnés à cette finalité.

Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre article : Comment concilier saisie-contrefaçon et secret des affaires sans exposer les informations confidentielles de l’entreprise ?

Quelle méthode opérationnelle adopter ?

Avant la saisie :

  • auditer les droits et préserver les premiers indices ;
  • cartographier les lieux, acteurs, documents et systèmes pertinents ;
  • préparer simultanément la requête et l’action au fond.

Pendant la saisie :

  • suivre strictement l’ordonnance ;
  • documenter les difficultés et déclarations importantes ;
  • isoler les pièces confidentielles ou sans rapport avec le litige.

Après la saisie :

  • analyser immédiatement le procès-verbal et ses annexes ;
  • calculer sans délai la date limite pour agir ;
  • construire les demandes d’interdiction, d’information et d’indemnisation.

Conclusion

La saisie-contrefaçon constitue un levier juridique majeur en matière de propriété intellectuelle en ce qu’elle transforme des soupçons en preuves directement exploitables devant le juge. Elle permet de documenter l’atteinte, de remonter les circuits de fabrication et de distribution et d’évaluer l’ampleur économique des actes litigieux.

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FAQ

Une saisie-contrefaçon peut-elle être effectuée sans prévenir l’entreprise visée ?

L’ordonnance est rendue sur requête, sans débat contradictoire préalable, afin de prévenir la disparition ou la modification des preuves.

Peut-on saisir des ordinateurs et des courriels ?

Les données informatiques peuvent être décrites ou copiées si l’ordonnance le permet. Les recherches doivent être ciblées par période, catégorie de fichiers, emplacement ou mots-clés pertinents.

L’entreprise saisie peut-elle refuser l’accès à ses locaux ?

Elle peut formuler des réserves, solliciter l’assistance de son avocat et exercer des recours, mais ne doit pas faire obstacle à l’exécution régulière d’une ordonnance judiciaire.

Quelle différence existe-t-il entre saisie-contrefaçon et retenue douanière ?

La saisie-contrefaçon vise à constituer une preuve sous le contrôle du juge. La retenue douanière permet aux autorités douanières d’intercepter temporairement des marchandises suspectes, notamment aux frontières.

Que se passe-t-il si la saisie dépasse l’autorisation du juge ?

Les opérations irrégulières peuvent être contestées et, selon leur gravité, annulées. Une exécution disproportionnée peut également engager la responsabilité du demandeur.

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.

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Comment protéger un univers de fiction par la propriété intellectuelle ?

Introduction

Un univers de fiction ne se protège pas comme un bloc indivisible. La stratégie la plus solide repose sur une combinaison coordonnée de droits d’auteur, de marques, de contrats et de mesures de preuve, adaptée à chaque composante du monde créé et à chaque mode d’exploitation envisagé.

Une saga peut réunir des récits, des personnages, des cartes, des langues inventées, des symboles, des adaptations audiovisuelles, des musiques, des logiciels, des jeux vidéo et des produits dérivés. Chaque élément soulève une question distincte de protection, de titularité et de licence. Nous devons donc cartographier les actifs avant de chercher à les défendre.

Pourquoi la protection d’un univers de fiction doit-elle être cumulative ?

Un univers de fiction réunit des actifs de nature différente. Aucun droit ne les protège tous de la même manière. La stratégie doit donc commencer par une cartographie des éléments créatifs, des titulaires et des exploitations projetées, avant d’associer à chaque actif le droit pertinent.

Le droit d’auteur protège les expressions originales, non les idées

En application de l’article L. 111-1 du Code de la propriété intellectuelle (CPI), l’auteur d’une œuvre de l’esprit bénéficie, du seul fait de sa création, d’un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous. Dans un univers fictionnel, cette protection peut couvrir les textes, illustrations, cartes, dialogues, musiques, objets emblématiques et personnages suffisamment individualisés, à condition qu’ils portent l’empreinte de choix créatifs. Elle ne permet toutefois pas de monopoliser un genre, un archétype ou une idée narrative générale. La conservation des versions successives, fichiers sources, échanges et preuves de datation reste essentielle pour établir l’antériorité et l’apport de chaque auteur.

Les marques sécurisent les signes exploités commercialement

Les noms de saga ou de personnages, logos, emblèmes et expressions récurrentes peuvent être déposés lorsqu’ils sont distinctifs pour les produits et services visés. La marque ne protège pas l’histoire : elle identifie une origine commerciale. Le portefeuille doit donc correspondre aux activités réelles ou prévisibles, telles que l’édition, l’audiovisuel, les jeux, les événements et les produits dérivés. Une marque non exploitée sérieusement pendant cinq ans peut être exposée à la déchéance en application de l’article L. 714-5 du CPI.

Pour une présentation plus générale de la condition de l’usage sérieux en droit des marques, nous vous invitons à consulter notre article: « Usage sérieux et contentieux des marques : charge, nature et portée de la preuve ? »

Comment les contrats de licence encadrent-ils le développement d’un univers de fiction ?

À mesure que l’univers se développe, les droits peuvent être répartis entre auteurs, illustrateurs, studios, éditeurs, développeurs, plateformes et fabricants. Sa valeur dépend alors de la capacité à démontrer une chaîne de titularité claire, continue et opposable puis à encadrer précisément les exploitations consenties aux partenaires.

Sécuriser la chaîne des droits avant toute adaptation

Avant d’accorder une licence ou d’autoriser une adaptation, le titulaire d’un univers de fiction doit pouvoir démontrer qu’il détient effectivement les droits nécessaires sur ses différentes composantes.

Les contrats conclus avec les différents créateurs doivent donc identifier leurs contributions et préciser les droits cédés, les supports, territoires, durées, langues et modes d’exploitation. L’article L. 131-3 du Code de la propriété intellectuelle exige une délimitation précise du domaine de la cession.

Une chaîne de droits incomplète peut fragiliser une adaptation, un partenariat commercial ou la création de produits dérivés.

Pour en savoir davantage sur la cession de droits de propriété intellectuelle, nous vous invitons à lire notre page consacrée à ce sujet: « Accord de cession« .

Délimiter précisément les droits accordés à chaque licencié

Une fois la titularité sécurisée, les contrats de licence permettent d’autoriser des tiers à exploiter certains éléments de l’univers sans leur en transférer la propriété.

Chaque licence doit définir avec précision son périmètre et encadrer les conditions de développement des œuvres dérivées, conformément à l’article L.131-3 du CPI précédemment cité. Cela permet d’éviter qu’une adaptation ne dénature l’univers, ne crée des incohérences entre plusieurs exploitations ou ne rende incertaine la titularité des nouveaux personnages, récits ou éléments graphiques développés par un partenaire.

Encadrer les fan works sans affaiblir les droits

Les fan fictions, fan arts, mods et wikis peuvent soutenir la communauté, mais ils peuvent aussi reprendre des éléments protégés ou créer une confusion commerciale.

Le titulaire peut publier des lignes directrices précisant les usages qu’il autorise ou choisit de tolérer, notamment selon leur caractère commercial ou non commercial. Les projets dépassant ce cadre peuvent nécessiter une autorisation individuelle ou une licence.

Les règles doivent être publiques, cohérentes et compatibles avec les exceptions applicables, notamment la parodie ou le pastiche (Art. L. 122-5 4° du Code de la propriété intellectuelle).

Comment l’intelligence artificielle modifie-t-elle la protection des univers fictionnels ?

L’intelligence artificielle soulève deux enjeux pour les titulaires d’un univers de fiction. Les textes, images, personnages ou autres éléments de l’univers peuvent, d’une part, être utilisés pour entraîner des modèles. D’autre part, ces outils peuvent générer de nouveaux contenus reproduisant ou imitant certaines caractéristiques de cet univers.

Les titulaires doivent donc agir sur deux fronts : encadrer l’utilisation de leurs contenus par les fournisseurs d’IA et documenter la contribution humaine aux créations réalisées avec leur assistance.

Pour en savoir davantage sur la preuve de l’utilisation des oeuvres par l’IA, nous invitons à consulter notre article à ce propos:  » Comment la présomption d’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d’IA pourrait-elle rééquilibrer la preuve ?  »

Réserver les droits et surveiller les données d’entraînement

L’article 4 de la directive 2019/790 du 17 avril 2019 permet, sous conditions, la fouille de textes et de données, tout en autorisant une réservation appropriée des droits. Le règlement européen sur l’intelligence artificielle du 13 juin 2024 impose en outre certaines obligations de transparence et de conformité au droit d’auteur aux fournisseurs de modèles à usage général. Une gouvernance efficace combine inventaire des contenus en ligne, réservations techniques, preuves de publication, surveillance et prise en compte des recommandations de la CNIL.

Documenter la création humaine assistée par IA

Le rapport du CSPLA publié le 16 juillet 2026 confirme que la protection par le droit d’auteur demeure liée à des choix humains libres et créatifs perceptibles dans le résultat. De ce fait, lorsqu’un outil d’IA est utilisé pour développer un personnage, une illustration ou un récit, la protection par le droit d’auteur dépend de la possibilité d’identifier des choix humains libres et créatifs dans le résultat final.

Nous recommandons donc de conserver les prompts, sélections, itérations, retouches et décisions éditoriales. Cette traçabilité facilite la revendication des droits, la négociation des licences et l’analyse du risque de reproduction d’éléments préexistants.

Quels réflexes adopter pour protéger durablement un univers fictionnel ?

  • Cartographier les textes, personnages, décors, signes, logiciels et contributions.
  • Dater et documenter le processus créatif ainsi que la participation de chaque auteur.
  • Déposer les marques correspondant aux exploitations commerciales réelles.
  • Auditer les contrats avant toute adaptation, licence ou extension vers un nouveau média.
  • Encadrer les communautés de fans par une politique lisible et proportionnée.
  • Mettre en place une gouvernance IA couvrant l’entraînement, les sorties générées et la preuve de l’apport humain.
Comment protéger un univers de fiction par la propriété intellectuelle
 

Conclusion

La protection d’un univers de fiction par la propriété intellectuelle ne dépend pas d’un droit unique, mais d’une stratégie cohérente articulant droit d’auteur, marques, contrats, preuve et surveillance numérique. L’enjeu n’est pas d’enfermer un monde imaginaire, mais d’identifier les éléments réellement protégeables, de sécuriser leur exploitation et d’anticiper les nouvelles formes de création et de diffusion.

Le cabinet Dreyfus accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de la propriété intellectuelle.

Dreyfus & Associés est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.

FAQ

Comment réagir lorsqu’un tiers reprend seulement certains éléments d’un univers fictionnel ?

Il convient d’examiner les ressemblances concrètes entre les créations, plutôt que de se limiter à leur thème général. La reprise d’un personnage individualisé, de caractéristiques visuelles précises, de dialogues, de décors ou d’une combinaison originale d’éléments peut être illicite, même si l’ensemble de l’œuvre n’est pas reproduit. Une analyse au cas par cas permet de déterminer si une action fondée sur la contrefaçon, les marques ou la concurrence déloyale est envisageable.

Les créateurs intervenant sur un même univers détiennent-ils automatiquement les mêmes droits ?

Non. Les droits dépendent de la nature de chaque contribution, du statut des intervenants et des contrats conclus. Le fait de financer, superviser ou commander une création ne suffit pas toujours à transférer les droits d’auteur. Les contrats doivent donc identifier précisément les créations concernées, les droits cédés, les territoires, les supports et la durée d’exploitation.

Un titre de saga ou de jeu peut-il être déposé comme marque ?

Oui, à condition qu’il soit distinctif pour les produits et services concernés. Un titre trop descriptif, banal ou devenu indissociable du contenu de l’œuvre peut toutefois rencontrer des difficultés à l’enregistrement. Une recherche d’antériorités doit également être réalisée afin d’identifier les droits de tiers susceptibles de faire obstacle au dépôt ou à l’exploitation du signe.

Comment prouver la date de création d’un personnage ou d’un univers fictionnel ?

La protection par le droit d’auteur naît sans formalité, mais son titulaire doit pouvoir démontrer l’antériorité et le contenu de sa création. Il est donc recommandé de conserver les fichiers sources, brouillons, échanges et versions successives, et de recourir à un moyen de preuve daté, tel qu’un dépôt auprès d’un organisme spécialisé, une enveloppe e-Soleau ou un constat.

Un univers de fiction peut-il être protégé dans son ensemble ?

Il n’existe pas, en principe, de droit exclusif portant globalement sur un « univers ». Sa protection repose sur la combinaison de plusieurs droits applicables à ses différentes composantes : droit d’auteur sur les textes, illustrations, personnages ou décors, droit des marques sur les signes distinctifs, droit des dessins et modèles sur certains éléments visuels, voire concurrence déloyale en cas de reprise créant une confusion.

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique.

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Lignes directrices EUIPO 2026 : sept changements pour les marques de l’Union européenne

Un dépôt unique peut protéger une marque dans les 27 États membres de l’Union européenne. Cette portée unitaire explique pourquoi une évolution de la pratique de l’EUIPO peut modifier, à elle seule, le niveau de risque d’un projet de marque, d’une opposition ou d’une action en déchéance.

Entrée en vigueur le 1er juillet 2026 par la décision EX-26-09, cette édition n’est pas une réforme législative. Elle constitue toutefois le référentiel opérationnel des examinateurs et des praticiens. Elle conduit les praticiens à réévaluer le périmètre des recherches, la validité des droits invoqués, les libellés, les délais et la constitution de la preuve.

La publication officielle de l’EUIPO permet d’identifier sept changements particulièrement sensibles pour les portefeuilles de marques.

Indications géographiques : le principal changement de méthode

Un examen d’office qui dépasse la comparaison des produits

À la lumière des réformes législatives et des enseignements de l’arrêt T-239/23, rendu dans une procédure d’opposition sur le fondement de l’article 8, paragraphe 6, l’EUIPO a également clarifié sa pratique d’examen d’office au titre de l’article 7, paragraphe 1, sous j). L’Office peut soulever une objection au-delà des produits identiques ou comparables et des services liés si les informations disponibles révèlent un risque d’exploitation, d’affaiblissement, de dilution ou d’atteinte à la renommée d’une indication géographique.

La recherche d’antériorités ne peut plus se limiter aux marques. Elle doit intégrer les indications géographiques agricoles, vitivinicoles, artisanales et industrielles, les termes génériques, le consommateur européen et la composition des produits transformés. Le règlement (UE) 2023/2411 étend cette vigilance au textile, à la verrerie, à la bijouterie, à la porcelaine ou au mobilier.

Une limitation du libellé ne suffit pas toujours

Limiter un libellé aux produits conformes au cahier des charges peut créer une présomption favorable lorsque l’indication est utilisée pour des produits identiques ou des services liés.

Cette présomption reste réfragable. Une limitation ne permet pas de lever l’objection lorsque l’indication géographique est évoquée dans la marque, quels que soient les produits ou services concernés, ni lorsqu’elle est utilisée ou évoquée pour un produit transformé ou manufacturé dont le produit protégé constitue un ingrédient, une partie ou un composant.

En matière d’opposition, les registres de l’Union et les données étendues de GIview peuvent faciliter l’établissement d’une indication géographique. Les lignes directrices intègrent aussi l’arrêt T-406/24, PriSecco / Prosecco, et précisent le traitement des indications artisanales et industrielles. Pour les marques collectives composées d’un logo prévu par le cahier des charges d’une IG, l’Office n’objectera plus systématiquement qu’un tel signe sera perçu comme une indication géographique plutôt que comme une marque collective.

La stratégie de dépôt et de défense en droit des marques doit ainsi confronter le signe, le libellé, les registres d’IG et le message transmis au public avant toute décision de dépôt.

Indications géographiques et marques : l’examen dépasse la seule identité des produits.

Opposition : vérifier le droit, le calendrier et la procédure

L’arrêt de la Cour de justice du 5 février 2026, C-337/22 P, Ape tees / DEVICE OF APE HEAD, confirme qu’un droit antérieur invoqué dans une procédure d’opposition doit rester valable jusqu’à la décision. Un renouvellement omis, une radiation ou une titularité mal documentée peut fragiliser la procédure. Autrement dit, ce droit doit encore exister et produire ses effets lorsque l’EUIPO statue, y compris, le cas échéant, devant la chambre de recours. Il ne suffit donc pas qu’il ait existé au moment du dépôt de l’opposition.

La nouvelle édition modifie aussi le traitement de certains fondements. Lorsqu’un opposant invoque un droit qui n’est pas éligible au titre de l’article 8, paragraphe 4, l’opposition est désormais rejetée comme irrecevable, et non comme non étayée. Cette qualification permet une clôture plus précoce du dossier.

Pour une deuxième demande de prorogation ou une demande ultérieure, les parties n’ont plus à produire systématiquement de justificatifs. La demande doit néanmoins rester motivée et reposer sur des circonstances exceptionnelles.

D’autre part, après une première suspension conjointe de six mois, une nouvelle demande conjointe entraîne une prolongation automatique de 18 mois, dans la limite de deux ans, avec faculté de retrait unilatéral. La souplesse documentaire ne réduit donc pas l’exigence de pilotage du calendrier.

Comparaison des signes : la typographie ne crée pas un nouveau droit

Pour deux marques verbales, l’emploi de majuscules ou de minuscules n’a plus d’incidence sur la comparaison. « ORION », « Orion » et « orion » doivent être traités comme un même signe verbal.

À la lumière de la jurisprudence récente relative à l’appréciation du caractère distinctif intrinsèque dans l’analyse du risque de confusion, une lettre unique est désormais considérée comme présentant, en elle-même, un faible caractère distinctif lorsqu’elle n’est pas stylisée ou ne l’est que faiblement.

Pour les signes courts, une analyse de similarité structurée doit distinguer l’identité juridique du signe, sa proximité visuelle et l’impression d’ensemble créée par ses éléments graphiques.

Preuve et usage sérieux : construire le dossier avant le litige

La partie A, section 10, comporte désormais de nouveaux développements généraux sur les notions de preuve et de charge de la preuve dans les procédures devant l’EUIPO. Ces ajouts ne concernent toutefois pas spécifiquement la preuve de l’usage sérieux.

La preuve de l’usage sérieux demeure traitée dans la partie C relative aux procédures d’opposition, notamment dans la section 7 consacrée à la preuve de l’usage. L’édition 2026 enrichit plus particulièrement les explications et les exemples jurisprudentiels concernant l’appréciation et la définition des sous-catégories de produits et de services lorsque la marque est enregistrée pour une catégorie large.

L’édition 2026 enrichit les explications et les exemples jurisprudentiels relatifs à la détermination des sous-catégories autonomes de produits et de services. Lorsque la catégorie couverte par l’enregistrement est suffisamment large pour être divisée en sous-catégories autonomes, l’usage démontré pour certains produits peut ne maintenir la protection que pour la sous-catégorie correspondante, et non pour l’ensemble de la catégorie.

Les factures, catalogues, captures de sites internet, données de diffusion et supports publicitaires doivent, appréciés dans leur ensemble, permettre d’établir le lieu, la période, l’importance et la nature de l’usage, ainsi que les produits ou services concernés et la forme sous laquelle la marque a été utilisée. Chaque pièce ne doit donc pas nécessairement établir, à elle seule, l’ensemble de ces éléments. Toutefois, la multiplication des documents ne suffit pas lorsque les pièces, considérées globalement, ne permettent pas de démontrer un usage sérieux.

En pratique, la tenue d’une matrice de preuve peut faciliter le suivi de l’usage de la marque. Cette matrice peut recenser les pièces disponibles, leurs dates, les territoires concernés, les canaux de commercialisation, les produits ou sous-catégories couverts et les différentes formes sous lesquelles la marque est utilisée.

Dépôt, preuve d’usage et procédure : trois niveaux de vigilance à articuler.

Déchéance et conversion : mesurer les effets avant la demande

Une demande en déchéance pour défaut d’usage peut exceptionnellement être déclarée irrecevable lorsqu’elle constitue un abus de droit ou de procédure, au regard des critères et des circonstances exceptionnelles dégagés par la grande chambre dans la décision R 2445/2017-G, Sandra Pabst. L’abus ne résulte pas de la seule existence d’un intérêt commercial ou d’un contentieux connexe : il suppose des circonstances révélant un détournement de la finalité de la procédure en vue d’obtenir un avantage indu.

Une demande visant à fixer une date d’effet de la déchéance antérieure à la date de la demande n’a pas à être fondée sur un intérêt légitime. En pratique, le choix de cette date peut néanmoins avoir des conséquences sur des relations contractuelles, des actes antérieurement accomplis ou des procédures connexes.

Enfin, à la suite de la décision R 1508/2019-G, Zara, la partie E des lignes directrices précise l’examen d’une demande de conversion présentée après la déchéance pour défaut d’usage d’une marque de l’Union européenne ou d’un enregistrement international désignant l’Union européenne. Lorsque le titulaire sollicite la conversion pour un État membre en soutenant que la marque y a fait l’objet d’un usage sérieux, cette question doit être appréciée conformément au droit national de cet État. Le droit national applicable et les preuves d’usage territorialement pertinentes doivent donc être anticipés dans le cadre de la procédure de conversion, et non, de manière générale, avant l’introduction de toute procédure de nullité ou de déchéance.

La collaboration entre avocat et CPI dans les procédures complexes

Deux expertises complémentaires pour construire un dossier cohérent et exploitable.

L’avocat définit le fondement juridique, la stratégie procédurale et l’articulation avec les contentieux nationaux. Le conseil en propriété industrielle, également expert judiciaire, apporte une lecture technique du registre, du libellé, des signes et des preuves. Cette répartition évite de bâtir une argumentation pertinente sur un dossier factuel inexploitable.

Cas pratique composite, présenté à titre illustratif. Une entreprise prépare, sous six semaines, le lancement européen d’une gamme d’objets de table sous un nom évoquant une région. La recherche de marques ne révèle aucun obstacle décisif. La vérification conjointe identifie toutefois une indication géographique artisanale ou industrielle et un risque d’évocation que la limitation envisagée ne suffirait pas à neutraliser. L’avocat qualifie le risque au regard de l’article 7, paragraphe 1, sous j), tandis que le CPI vérifie GIview, les produits revendiqués et les variantes disponibles. Une nouvelle dénomination est retenue avant le dépôt et le libellé recentré sur les activités effectivement prévues. Le lancement peut être maintenu sans attendre une objection ni engager une refonte de marque après le début de la campagne.

Pour l’avocat prescripteur ou la direction juridique, formaliser cette analyse, ses sources et les alternatives écartées contribue aussi à la traçabilité de la décision et à la maîtrise de la responsabilité professionnelle.

Questions fréquentes

Les lignes directrices 2026 s’appliquent-elles aux procédures pendantes ?

Elles décrivent la pratique de l’Office depuis le 1er juillet 2026. Pour chaque dossier, il faut vérifier l’acte concerné, les dispositions transitoires, le règlement applicable et la jurisprudence. Une pratique antérieure ne crée pas automatiquement un droit acquis.

Que se passe-t-il si le droit antérieur expire pendant une opposition ?

Le droit invoqué doit rester valable jusqu’à la décision. Son statut, son renouvellement et la titularité doivent donc être surveillés pendant toute la procédure, et non uniquement au jour du dépôt de l’opposition.

Une limitation du libellé suffit-elle face à une indication géographique ?

Non. Elle peut créer une présomption favorable, mais celle-ci peut être renversée. En cas d’évocation ou de produit transformé incorporant le produit protégé, la limitation peut rester insuffisante.

Une deuxième prorogation est-elle accordée sans justification ?

Non. Les justificatifs ne sont plus systématiquement exigés, mais la demande doit être motivée et fondée sur des circonstances exceptionnelles. L’Office conserve son pouvoir d’appréciation.

Comment sécuriser l’usage sérieux d’une catégorie large ?

Chaque pièce doit être reliée à un produit, une période, un territoire et au signe utilisé. Il faut ensuite déterminer si cet usage justifie toute la catégorie ou seulement une sous-catégorie autonome.

Pourquoi faire confiance au cabinet Dreyfus

Nathalie Dreyfus est conseil en propriété industrielle et figure dans la liste nationale 2026 des experts agréés par la Cour de cassation, rubrique E-09.02 « Marques ». Elle est également inscrite sur la liste 2026 des experts près la Cour d’appel de Paris. Son référencement peut être vérifié dans l’annuaire du Conseil national des compagnies d’experts de justice.

Cette double compétence, en stratégie de marques et en expertise judiciaire, permet d’anticiper la manière dont un libellé, un droit antérieur ou une pièce sera discuté devant l’Office puis, le cas échéant, devant le juge.

Transformer les lignes directrices en décisions vérifiables

L’édition 2026 ne bouleverse pas les principes de la marque de l’Union européenne. Elle impose cependant une discipline plus exigeante : rechercher au-delà des marques, maintenir les droits invoqués, motiver les demandes procédurales et construire la preuve par produit et par territoire.

Pour auditer l’incidence de ces changements sur un dépôt, une opposition ou un portefeuille existant, contactez le cabinet Dreyfus pour un premier échange confidentiel.

Le cabinet Dreyfus et Associés est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en Propriété Intellectuelle.

Sources officielles

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Comment protéger les créations de mode en France grâce à la propriété intellectuelle ?

Introduction

L’industrie de la mode repose presque entièrement sur des actifs immatériels : un imprimé, une silhouette, un fermoir, un nom de collection. Ces créations, contrairement aux matières premières ou aux ateliers de fabrication, ne peuvent être verrouillées par une simple clé ou un cadenas : elles doivent être protégées juridiquement pour conserver leur valeur économique. Or les maisons de mode, du grand groupe de luxe à la jeune marque émergente, sont aujourd’hui confrontées à une triple pression : la multiplication de la contrefaçon en ligne, l’essor des marketplaces qui démultiplient les points de vente illicites, et l’apparition de nouveaux risques liés à l’intelligence artificielle, capable de générer ou de reproduire des designs en quelques secondes.

Face à cette réalité, aucun droit de propriété intellectuelle pris isolément ne suffit à couvrir l’ensemble des atteintes possibles. C’est la combinaison du droit des dessins et modèles, du droit d’auteur et du droit des marques, complétée par une stratégie de surveillance et d’action anti-contrefaçon, qui permet aux créateurs et aux maisons de mode de sécuriser durablement leurs collections, leur identité commerciale et leur avance concurrentielle.

I- Quels droits de propriété intellectuelle permettent de protéger une création de mode ?

Une création de mode peut être protégée par la combinaison de trois droits complémentaires : le droit des dessins et modèles, qui protège l’apparence du produit ; le droit d’auteur, qui protège les créations originales sans aucune formalité ; et le droit des marques, qui protège les signes distinctifs de la maison (nom, logo, forme).

À ces droits s’ajoutent des moyens de preuve de la date de création, comme l’enveloppe Soleau de l’INPI, le dépôt chez un notaire ou l’horodatage par blockchain, précieux en cas de litige. Ces différents niveaux de protection, détaillés ci-dessous, se cumulent et se renforcent mutuellement.

a) La protection par dessins et modèles : l’outil privilégié des créateurs de mode

Le dessin ou modèle protège l’apparence d’un produit (ses lignes, ses contours, ses couleurs, sa texture) dès lors que celle-ci remplit deux conditions cumulatives : la nouveauté (le design ne doit pas avoir été divulgué auparavant) et le caractère propre (il doit produire, sur l’utilisateur averti, une impression visuelle différente de celle produite par les designs antérieurs).

En pratique, le dépôt s’effectue auprès de l’INPI pour une protection nationale ou de l’EUIPO pour un dessin ou modèle de l’Union européenne, avec une durée de protection pouvant atteindre 25 ans (5 ans renouvelables quatre fois). Il existe également un régime de dessin ou modèle communautaire non enregistré, protégeant automatiquement toute création divulguée dans l’UE pendant 3 ans, sans formalité, un filet de sécurité particulièrement utile pour les collections à cycle de vie court.

Le cadre européen vient d’être profondément modernisé par le Règlement (UE) 2024/2822 et la Directive (UE) 2024/2823, entrés en application le 1er mai 2025 : élargissement de la définition de « produit » aux créations numériques, prise en compte des mouvements et animations, nouveau symbole , et extension des droits aux marchandises en transit sur le territoire de l’UE. Le cabinet Dreyfus détaille l’ensemble de ces évolutions et leurs implications stratégiques pour les titulaires de droits dans son guide complet de la réforme 2025 des dessins et modèles dans l’UE ainsi que dans son article sur les changements clés en vigueur depuis le 1er mai 2025. Pour le texte officiel, voir le Règlement (UE) 2024/2822 sur EUR-Lex.

b) Le droit d’auteur : une protection automatique mais difficile à démontrer

Le droit d’auteur protège les créations de mode dès leur création, sans dépôt ni formalité, à condition qu’elles soient originales, c’est-à-dire qu’elles portent l’empreinte de la personnalité de leur auteur (jurisprudence Cofemel, CJUE, 12 septembre 2019). Cette absence de formalisme est à la fois un atout et une faiblesse : en cas de litige, c’est au créateur qu’il revient de prouver la date et la paternité de sa création.

Plusieurs outils permettent d’établir cette preuve : l’enveloppe Soleau de l’INPI, le dépôt chez un notaire ou un huissier, ou, de plus en plus, l’horodatage par blockchain. Sur ce dernier point, la jurisprudence française commence à admettre cette preuve numérique, comme l’explique le cabinet Dreyfus dans son analyse de la décision du Tribunal judiciaire de Marseille du 20 mars 2025 : « La preuve par blockchain est-elle reconnue en matière de droit d’auteur ? ».

La durée de protection du droit d’auteur est la vie de l’auteur augmentée de 70 ans post mortem.

c) La marque : protéger l’identité commerciale d’une maison de mode

Le droit des marques permet de protéger les signes distinctifs d’une maison, sous plusieurs formes cumulables :

  • la marque verbale (le nom de la maison ou d’une collection) ;
  • le logo (marque semi-figurative) ;
  • la marque figurative (un motif, un symbole) ;
  • la marque tridimensionnelle, qui protège la forme même d’un produit ou d’un de ses éléments distinctifs.

Cette dernière catégorie est soumise à un examen strict par les offices, afin d’éviter qu’un simple monopole sur une forme fonctionnelle ne soit accordé au détriment de la concurrence. Elle a pourtant permis à Hermès d’obtenir une victoire retentissante : dans sa décision du 7 février 2025 (n° RG 22/09210), le Tribunal judiciaire de Paris a jugé que les sacs Kelly et Birkin étaient protégés à la fois par le droit d’auteur (au titre de leur originalité) et par la marque tridimensionnelle représentant leur fermoir et cadenas, condamnant une société commercialisant des sacs et un NFT reproduisant ces caractéristiques. Le cabinet Dreyfus en propose une analyse détaillée dans « Protection des sacs iconiques Kelly et Birkin : décision du Tribunal judiciaire de Paris du 7 février 2025 ».

II- Quels sont les principaux risques juridiques pour les marques de mode ?

a) La contrefaçon en ligne et sur les marketplaces

Les marketplaces ont démultiplié les canaux de vente, mais aussi les zones de vulnérabilité pour les titulaires de droits : sacs, cosmétiques, montres et vêtements contrefaits y sont proposés à bas prix, parfois via des « kits prêts à l’emploi » comprenant charte graphique, faux avis clients et photos copiées.

Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène en servant à la fois de vitrine et de canal de vente directe. Le cabinet Dreyfus détaille les dispositifs de signalement, les obligations imposées aux plateformes par le DSA et le DMA, ainsi que les stratégies de surveillance disponibles, dans « Renforcer la protection des droits de propriété intellectuelle face à la contrefaçon sur les marketplaces » et dans « Protection des marques à l’ère du numérique : enjeux et bonnes pratiques ».

Le rôle des opérateurs de plateformes reste toutefois encadré par une jurisprudence européenne nuancée : la CJUE a par exemple jugé, dans l’affaire Coty c/ Amazon (CJUE, 2 avril 2020, C-567/18), qu’un simple entrepositaire n’usant pas lui-même du signe litigieux n’engage pas sa responsabilité pour contrefaçon de marque, sauf connaissance du caractère illicite des produits stockés.

b) Les « dupes » et copies inspirées des produits de luxe

Le phénomène des « dupes » (imitations assumées, à bas coût, des codes visuels d’un produit de luxe sans reproduire directement la marque) brouille la frontière entre inspiration légitime et contrefaçon. Ces produits, largement popularisés sur les réseaux sociaux, exploitent les zones grises du droit : ils échappent souvent à l’action en contrefaçon de marque classique, ce qui oblige les titulaires de droits à combiner droit d’auteur, droit des dessins et modèles et actions en concurrence déloyale et parasitisme. Le cabinet Dreyfus analyse ce phénomène « les défis juridiques de la similarité des produits dans l’industrie de la mode », ainsi que les évolutions jurisprudentielles récentes en la matière dans « Concurrence déloyale et parasitisme : les évolutions jurisprudentielles ».

Une variante plus sophistiquée, désignée sous le terme de « Pingti », reproduit la qualité, la matière et les finitions d’un produit de luxe sans aucun logo apparent, rendant l’action en contrefaçon de marque inopérante et obligeant les titulaires à se retourner vers les dessins et modèles, le droit d’auteur ou la concurrence déloyale. Voir « L’essor des Pingti : une contrefaçon du luxe discret ».

c) L’upcycling et la personnalisation : un nouvel enjeu juridique

L’upcycling, la transformation créative de produits authentiques usagés en nouveaux articles à valeur ajoutée, pose une question inédite : jusqu’où la théorie de l’épuisement des droits (qui autorise la revente d’un produit authentique déjà mis sur le marché avec le consentement du titulaire) peut-elle couvrir une réutilisation transformatrice ?

Deux décisions récentes du Tribunal judiciaire de Paris apportent un éclairage déterminant :

  • TJ Paris, 10 avril 2025, n° 22/10720 (Hermès c/ Maison R&C / Atelier R&C) : une créatrice commercialisait des vestes en jean incorporant des empiècements découpés dans des foulards Hermès authentiques achetés en seconde main. Le tribunal a jugé que la transformation des foulards en vestes créait un produit distinct de celui initialement mis sur le marché, excluant l’application de l’épuisement des droits, et a condamné la créatrice pour contrefaçon de droit d’auteur et de marque ainsi que pour concurrence déloyale et parasitisme, à hauteur de plusieurs dizaines de milliers d’euros de dommages-intérêts. Le cabinet Dreyfus en propose une analyse complète dans « Upcycling de vestes composées de foulards Hermès de seconde main ». Le texte intégral du jugement est consultable ici.
  • TJ Paris, 12 février 2025, n° 22/09315 (Rolex c/ Skeleton Concept) dans une logique similaire, le tribunal a jugé que des montres Rolex ayant subi des modifications substantielles ne pouvaient plus être regardées comme les produits initialement mis sur le marché par le titulaire de la marque, la fonction essentielle de garantie d’origine étant compromise dès lors que le produit transformé risque d’être attribué, dans son état modifié, au titulaire de la marque lui-même.

Ces jurisprudences convergent vers un même principe : l’épuisement des droits protège la revente d’un produit authentique, mais ne s’étend pas à la commercialisation d’un produit nouveau résultant de sa transformation, un point de vigilance essentiel pour les acteurs de la mode durable et de la seconde main.

III – Quelle stratégie adopter pour protéger efficacement une marque de mode ?

a) – Mettre en place une stratégie de protection dès la création

Checklist essentielle :

  • Déposer les dessins et modèles avant toute communication publique, y compris sur les réseaux sociaux et en showroom ;
  • Enregistrer les marques stratégiques (verbales, figuratives, tridimensionnelles) auprès de l’INPI, de l’EUIPO ou via le système de Madrid pour une protection internationale ;
  • Sécuriser, dans les contrats avec les créateurs internes et externes, des clauses de cession de droits claires portant sur la titularité et l’exploitation des créations ;
  • Conserver des preuves de création horodatées (enveloppe Soleau, dépôt notarié, ou horodatage blockchain).

Le cabinet Dreyfus détaille les critères de dépôt et les stratégies de portefeuille dans « Droit des Dessins & Modèles » et présente le cadre général du secteur dans « Le droit de la mode en France : un cadre juridique stratégique pour l’industrie du luxe ».

b) Combiner protection juridique et stratégie anti-contrefaçon

Au-delà du dépôt, la défense effective d’une marque de mode repose sur trois leviers complémentaires :

Conclusion

Protéger les créations de mode en France suppose une approche combinée, articulant dessins et modèles, droit d’auteur et droit des marques, tout en anticipant les risques spécifiques liés à la contrefaçon en ligne, aux dupes et à l’upcycling. Dans un environnement où les technologies numériques et l’intelligence artificielle accélèrent la diffusion (et la copie) des créations, seule une stratégie de propriété intellectuelle proactive, construite dès la conception d’une collection, permet aux créateurs et aux maisons de mode de préserver durablement la valeur de leurs actifs immatériels.

Le cabinet Dreyfus accompagne ses clients dans la gestion de dossiers de propriété intellectuelle complexes, en proposant des conseils personnalisés et un soutien opérationnel complet pour la protection intégrale de leurs créations. Le cabinet Dreyfus est en partenariat avec un réseau mondial d’avocats spécialisés en propriété intellectuelle. N’hésitez pas à contacter le cabinet Dreyfus pour bénéficier d’un accompagnement stratégique adapté à votre marque.

Nathalie Dreyfus avec l’aide de toute l’équipe du cabinet Dreyfus

FAQ

1. Faut-il déposer un dessin ou modèle avant de présenter une collection ? Oui. La condition de nouveauté impose de déposer le dessin ou modèle avant toute divulgation publique, faute de quoi le créateur détruit lui-même la nouveauté de sa propre création (sous réserve du délai de grâce de 12 mois).

2. Quelle est la différence entre concurrence déloyale et contrefaçon dans le secteur de la mode ? La contrefaçon sanctionne la reproduction non autorisée d’un droit de propriété intellectuelle enregistré ou protégé (marque, dessin ou modèle, droit d’auteur), tandis que la concurrence déloyale et le parasitisme sanctionnent des comportements fautifs indépendants de tout droit privatif, comme la reprise des codes visuels d’un concurrent pour profiter indûment de sa notoriété.

3. Un créateur indépendant dispose-t-il des mêmes protections qu’une grande maison de mode ? Oui, les droits de propriété intellectuelle s’appliquent de la même manière quelle que soit la taille de l’entreprise ; seules les ressources consacrées à la surveillance et à la défense de ces droits diffèrent généralement entre un créateur indépendant et un grand groupe.

4. Comment l’intelligence artificielle complique-t-elle la protection des créations de mode ? Elle facilite la génération et la reproduction quasi instantanée de designs, ce qui complique la détection des contrefaçons en ligne et impose aux maisons de mode de renforcer leur surveillance numérique ainsi que la conservation de preuves d’antériorité horodatées.

5. Comment protéger une marque de luxe à l’international ? Via le système de Madrid (OMPI) pour un dépôt international simplifié, complété par des dépôts nationaux ciblés dans les principaux marchés de développement et de commercialisation, ainsi qu’une surveillance douanière et numérique coordonnée à l’échelle mondiale.

Cette publication a pour objet de fournir des orientations générales au public et de mettre en lumière certaines problématiques. Elle n’a pas vocation à s’appliquer à des situations particulières ni à constituer un conseil juridique

Sources juridiques

  • CJUE, 12 septembre 2019, Cofemel, C-683/17 (originalité en droit d’auteur).
  • Règlement (UE) 2024/2822 et Directive (UE) 2024/2823 sur les dessins et modèles, applicables au 1er mai 2025 (EUR-Lex).
  • Règlement (UE) n° 608/2013 concernant le contrôle, par les douanes, du respect des droits de propriété intellectuelle.
  • CJUE, 2 avril 2020, Coty c/ Amazon, C-567/18.
  • TJ Paris, 7 février 2025, n° RG 22/09210, Hermès (sacs Kelly et Birkin) ; EUIPO ; PIBD de l’INPI.
  • TJ Marseille, 20 mars 2025 (preuve par blockchain en droit d’auteur).
  • TJ Paris, 10 avril 2025, n° 22/10720, Hermès c/ Maison R&C (Legifrance).
  • TJ Paris, 12 février 2025, n° 22/09315, Rolex c/ Skeleton Concept.
  • Code de la propriété intellectuelle ; INPI (inpi.fr) ; EUIPO (euipo.europa.eu) ; système de Madrid (OMPI).
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